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L’Heure de l’Éclipse pour les Dinosaures de la Politique

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

​Le 7 février 2026 marque un tournant décisif dans l’histoire de la scène politique marocaine. En passant le flambeau à Mohamed Chouki lors du congrès d’El Jadida, Aziz Akhannouch n’a pas seulement réorganisé les instances du RNI ; il a lancé un défi de modernisation à l’ensemble d’une classe partisane trop souvent perçue comme un conservatoire de gloires passées. Le message envoyé est limpide : le Maroc de 2026 ne peut plus être dirigé avec les logiciels de 1978.

​Le RNI et le PAM : La Stratégie du Renouvellement

​Le RNI semble avoir saisi l’urgence du moment. En propulsant Chouki — un profil de manager pragmatique — avant même l’expiration naturelle de son mandat, Aziz Akhannouch opère une manœuvre tactique visant à protéger le bilan gouvernemental tout en offrant un visage neuf pour les prochaines échéances. Dans cette même dynamique, le PAM tente de rompre avec l’image du leader providentiel via une direction collégiale menée par Fatima Ezzahra El Mansouri et Mehdi Bensaid. Ces deux formations ont compris que pour séduire un électorat jeune et exigeant, il faut impérativement dépersonnaliser le pouvoir.

​Le Mur du Conservatisme : Istiqlal et les Forteresses Verrouillées

​À l’inverse, l’Istiqlal s’ancre dans une stabilité qui frise l’inertie. Si Nizar Baraka maintient l’équilibre des grandes familles, le parti peine à faire émerger une relève audacieuse. C’est cependant du côté de l’USFP, du PJD et du MP que le fossé est le plus criant. Le cas de Driss Lachgar (USFP) est symptomatique d’un verrouillage absolu par modification statutaire, tandis que le rappel d’Abdelilah Benkirane (PJD) sonne comme un aveu d’impuissance créative. Au Mouvement Populaire, malgré l’élection de Mohamed Ouzzine, l’influence persistante de la vieille garde suggère un rajeunissement de façade plutôt qu’une mutation réelle.

​Anatomie des Pouvoirs : Qui est le plus démocratique ?

​Pour comprendre pourquoi certains partis stagnent, il faut regarder comment ils choisissent leurs chefs. Le contraste est saisissant :
● ​Le Modèle « Top-Down » (RNI/PAM) : Ici, la sélection est chirurgicale, presque managériale. Au RNI, le choix de Chouki répond à une logique d’efficacité dictée par le sommet. C’est une « démocratie de résultats ».
● ​Le Paradoxe du PPS : Le parti du « Livre » souffre d’un mal subtil : la cooptation intellectuelle. Sous couvert de « consensus militant », le PPS a transformé son Bureau Politique en un cercle fermé où Nabil Benabdallah règne depuis 2010. Le mécanisme de sélection y est si verrouillé par la hiérarchie que toute émergence spontanée de la jeunesse est perçue comme une menace pour la « ligne du parti ». C’est une démocratie de façade où le débat d’idées sert souvent de paravent à une gérontocratie inamovible.
● ​Le Cas du PJD : Historiquement, il possédait le mécanisme le plus démocratique. Pourtant, ce mécanisme a été utilisé pour ramener un leader du passé, prouvant que la procédure ne vaut rien sans vision d’avenir.
● ​Le Verrouillage de l’USFP : L’USFP illustre la dérive où les instances de sélection sont captées par une garde rapprochée, rendant toute compétition interne purement symbolique.

​L’Impératif Statutaire : Pour un Renouvellement Irréversible

​Pour que ce rajeunissement ne soit pas qu’un effet de mode, les partis doivent inscrire la rupture dans leurs textes fondateurs via des réformes audacieuses :
● ​La limitation stricte des mandats : Deux mandats maximum pour tout Secrétaire Général (finis les règnes de 15 ans ou plus au PPS ou à l’USFP).
● ​L’institutionnalisation de la parité générationnelle : Imposer au moins 40 % de membres de moins de 45 ans dans les bureaux politiques et comités exécutifs.
● ​Le parrainage de la relève : Obliger les sortants à former un binôme issu de la jeunesse pour assurer une transmission de compétences réelle.
● ​Le scrutin par liste ouverte : Pour que les jeunes cadres ne soient plus les éternels seconds derrière les notables lors des législatives.

​Pour une Génération « Moulay Hassan » aux Commandes

​Le Maroc ne peut plus se permettre d’être une gérontocratie partisane alors que sa force vive réside dans sa jeunesse. Cette jeunesse s’identifie naturellement à la modernité et à l’énergie portées par le Prince Héritier Moulay Hassan, qui incarne une nouvelle génération de dirigeants préparés aux défis technologiques, diplomatiques et climatiques du XXIe siècle.

Il est désormais impératif que les leaders de demain soient issus de cette génération montante. L’éclipse des « dinosaures » n’est plus une recommandation, c’est une nécessité vitale. Si les partis historiques refusent d’institutionnaliser ce renouvellement, ils s’exposent à une insignifiance électorale inéluctable face à un pays qui, lui, avance déjà sans eux.

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