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	<title>Le collimateur</title>
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	<description>Le goût de la vérité n&#039;empêche pas la prise de parti</description>
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		<title>De Discord à Sebta : la fabrique d&#8217;Alger</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Oct 2026 19:29:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[POLITOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[algérie]]></category>
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					<description><![CDATA[Par : Hedi KENDIRE  Sur LCI, un spécialiste du renseignement a désigné les services algériens. Un an de faux comptes, de dépêches et de mots d&#8217;ordre lui donne raison ; le calendrier des prochaines semaines commande la vigilance. Un soir d&#8217;octobre, sur le plateau d&#8217;Yves Calvi, Vincent Crouzet a parlé du Maroc. L&#8217;écrivain, familier du &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Hedi KENDIRE </strong></p>
<p><strong>Sur LCI, un spécialiste du renseignement a désigné les services algériens. Un an de faux comptes, de dépêches et de mots d&rsquo;ordre lui donne raison ; le calendrier des prochaines semaines commande la vigilance.</strong></p>
<p><strong>Un soir d&rsquo;octobre, sur le plateau d&rsquo;Yves Calvi, Vincent Crouzet a parlé du Maroc. L&rsquo;écrivain, familier du renseignement, évoquait ces mouvements « Gen Z » qui essaiment d&rsquo;un continent à l&rsquo;autre ; puis, d&rsquo;une voix égale, il a dit que le mouvement marocain « a été énormément manipulé par les services de renseignement algériens ». La phrase est passée vite, comme passent les phrases à la télévision. À Rabat, à Oujda, à Tanger, on l&rsquo;a entendue.</strong></p>
<p><strong>Elle venait de Paris, d&rsquo;une chaîne nationale, d&rsquo;un homme sans dette envers le Royaume. Elle nommait ce que les Marocains avaient vu, des mois durant, défiler sur leurs écrans.</strong></p>
<p><strong>Des comptes nés la veille</strong></p>
<p><strong>Ils apparurent dans les premiers jours, par milliers : des profils sans visage, ouverts la veille, qui relançaient les consignes, les commentaient, leur prêtaient l&rsquo;autorité du nombre. Les spécialistes de cybersécurité cités par la presse marocaine en dressèrent le constat. Les rendez-vous changeaient de lieu à la dernière minute ; des cortèges partis vers une place débouchaient dans des rues où attendaient les casseurs. Le soir, les écrans montraient des voitures renversées, des vitrines étoilées, de la fumée.</strong></p>
<p><strong>Les mots suivirent. On releva , à partir du 25 septembre 2025, quelque 1 200 occurrences du terme « Makhzen », dont les pics épousaient ceux du hashtag #GenZ212. Les mêmes comptes parlaient de monarchie à abattre, ramenaient tout au Sahara, visaient le Souverain par son nom. Ce vocabulaire a une patrie. Il circule depuis cinquante ans dans les communiqués d&rsquo;Alger, avec ses tournures, ses épithètes, son ressentiment.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;agence et son miroir</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;APS fit le reste. L&rsquo;agence officielle, dont plus de 60 % de la rubrique internationale porte sur le Maroc selon un décompte relayé par Atalayar, suivit chaque rassemblement avec application ; chaque interpellation y devenait un symptôme, chaque rumeur un présage.</strong></p>
<p><strong>Au début d&rsquo;octobre, des appels anonymes invitèrent à leur tour la jeunesse algérienne à descendre dans la rue le 3, sous le nom de « GenZ 213 ». L&rsquo;agence s&#8217;emporta aussitôt contre Rabat, sous ce titre : « malgré sa mort clinique, le Makhzen n&rsquo;oublie pas l&rsquo;Algérie ». Les carrefours d&rsquo;Alger se couvrirent de fourgons ; les dépêches célébrèrent un État social sans défaut. La colère, admirable chez le voisin, devenait chez soi une maladie importée.</strong></p>
<p><strong>Le 30 juillet</strong></p>
<p><strong>Dix mois plus tard, la secousse revint par le nord, le jour de la Fête du Trône. </strong><strong>L&rsquo;analyste espagnol José María « Chema » Gil Garre en a reconstitué la mécanique, à la demande d&rsquo;institutions espagnoles, dans un rapport d&rsquo;environ soixante-dix pages : une campagne amorcée en juin, accélérée en juillet, plus de onze millions d&rsquo;impressions potentielles, et des groupes WhatsApp administrés depuis des numéros en +213. On y échangeait des horaires de car, des points de rendez-vous, le chemin de la digue de Tarajal, l&rsquo;état de la frontière heure par heure. Un groupe nommé « Hijma Kiraj Sebta » distribuait ses consignes dès le 28 juillet ; un autre, le 31, détournait les retardataires vers Melilla.</strong></p>
<p><strong>Sur les plages de Fnideq, des jeunes gens entraient dans l&rsquo;eau, de nuit, sur la foi de messages écrits ailleurs.</strong></p>
<p><strong>Les pages sans maître</strong></p>
<p><strong>En août, la machine reprit. Le 7, le collectif GenZ 212 démentit des convocations publiées sous son nom par des pages qu&rsquo;il ne contrôlait pas. La semaine dernière encore, une page anonyme à sa bannière exploitait les violences lycéennes en France pour pousser la jeunesse marocaine à l&rsquo;émeute, et la traitait de « plus faible des peuples ». Aucun Marocain n&rsquo;écrit cela de son peuple.</strong></p>
<p><strong>Le calendrier d&rsquo;Alger</strong></p>
<p><strong>Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 a fait de l&rsquo;autonomie sous souveraineté marocaine la base des négociations, par onze voix et sans opposition ; l&rsquo;Algérie s&rsquo;est tenue à l&rsquo;écart du vote. Le 20 octobre 2026, le projet américain est allé plus loin : l&rsquo;autonomie, seule solution réaliste ; la Minurso délestée de son référendum et changée en mission politique ; le maintien de la paix clos au 30 avril 2027 ; l&rsquo;attaque du 5 mai contre Smara condamnée. Le Conseil votera dans quelques jours.</strong></p>
<p><strong>Dans le même temps, les F-16 Block 70/72 Viper rejoignent les bases, les Apache AH-64E entrent en service, Nouaceur accueille une unité de fabrication de structures de F-16, et les Forces armées royales ont fait du drone une doctrine. Les manœuvres aux frontières, les communiqués martiaux, les parades d&rsquo;Alger ont perdu leur public.</strong></p>
<p><strong>Reste l&rsquo;écran. Il coûte peu : quelques centaines de comptes, une poignée d&rsquo;administrateurs, des cartes SIM. Aucune défense aérienne ne l&rsquo;intercepte.</strong></p>
<p><strong>Les répliques</strong></p>
<p><strong>Elles viendront. Autour du vote de New York d&rsquo;abord, puis à chaque date symbolique, à chaque drame d&rsquo;hôpital ou d&rsquo;examen, à chaque rendez-vous où le Maroc se montre au monde. Elles prendront la forme d&rsquo;une page anonyme, d&rsquo;une convocation apocryphe, d&rsquo;une vidéo arrachée à son contexte, d&rsquo;un groupe de messagerie à l&rsquo;indicatif étranger.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc a de quoi y répondre : une veille publique en sources ouvertes qui documente et publie, des rédactions qui vérifient avant de relayer, des citoyens qui savent lire l&rsquo;âge d&rsquo;un compte et l&rsquo;accent d&rsquo;un slogan. Il a surtout ce qu&rsquo;aucune ferme à trolls ne fabrique, une cohésion ancienne, éprouvée, que les écrans d&rsquo;Alger n&rsquo;ont jamais entamée.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Sahara : tout vient à point à qui a le droit et sait attendre</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/220945</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Oct 2026 12:06:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[POLITOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[résolution]]></category>
		<category><![CDATA[sahara marocain]]></category>
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					<description><![CDATA[Par : Hedi KENDIRE  À la veille du vote du 31 octobre, le projet américain pourrait ériger l&#8217;autonomie sous souveraineté marocaine en cadre exclusif de la négociation. Ce serait une consécration diplomatique, et le début d&#8217;un chantier plus ardu. Cinquante ans durant, le Maroc n&#8217;a jamais transigé sur son Sahara, tandis qu&#8217;un conflit anachronique sclérosait &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Hedi KENDIRE </strong></p>
<p><strong>À la veille du vote du 31 octobre, le projet américain pourrait ériger l&rsquo;autonomie sous souveraineté marocaine en cadre exclusif de la négociation. Ce serait une consécration diplomatique, et le début d&rsquo;un chantier plus ardu.</strong></p>
<p><strong>Cinquante ans durant, le Maroc n&rsquo;a jamais transigé sur son Sahara, tandis qu&rsquo;un conflit anachronique sclérosait le Maghreb. Le 31 octobre pourrait marquer une inflexion décisive. Si le Conseil de sécurité entérine le projet américain du 20 octobre, l&rsquo;autonomie cessera d&rsquo;être l&rsquo;une des solutions « les plus réalisables » pour devenir l&rsquo;unique horizon de la négociation. Ce serait la consécration d&rsquo;une évolution patiemment édifiée par Rabat, qui a préféré la constance à la précipitation, et les alliances à l&rsquo;invective. Tout vient à point à qui sait attendre, mais encore faut-il l&rsquo;intime conviction de son droit.</strong></p>
<p><strong>Un texte qui change d&rsquo;échelle</strong></p>
<p><strong>Le projet transformerait la MINURSO en MINUSO, éteindrait son mandat de maintien de la paix en avril 2027 et la convertirait en mission politique spéciale. Il tient l&rsquo;autonomie véritable pour la seule solution réalisable, érige le plan marocain actualisé en unique base de négociation et condamne l&rsquo;attaque du 5 mai 2026 contre Smara. L&rsquo;émoi est éloquent : lettre « urgente » du « polisario » à la présidence du Conseil, inquiétude à peine voilée à Alger devant la clôture d&rsquo;un statu quo propice à l&rsquo;atermoiement.</strong></p>
<p><strong>Ce texte n&rsquo;est pas une rupture. La résolution 2797 d&rsquo;octobre 2025 appelait déjà à négocier sur la base du plan d&rsquo;autonomie, et trois cycles de pourparlers ont suivi. Il parachève une diplomatie de sédimentation : Washington en 2020, Madrid en 2022, Paris en 2024, Londres en 2025, et des consulats à Laâyoune et Dakhla. Rabat a fait admettre la viabilité de sa proposition et l&rsquo;impraticabilité d&rsquo;un référendum enlisé depuis les années 1990. La constance n&rsquo;est pas l&rsquo;immobilisme : elle maintient le cap en ajustant les moyens.</strong></p>
<p><strong>Alger et le piège de l&rsquo;obstination</strong></p>
<p><strong>Sans confondre les peuples et les pouvoirs, il faut nommer les choses. Le pouvoir algérien sait que le Maroc ne renoncera pas à son Sahara. Ce qu&rsquo;il ne peut concevoir, c&rsquo;est une issue qui ne sonne pas comme le désaveu de son propre récit. La doctrine héritée de Boumédiène survit moins par sa fécondité que par la peur d&rsquo;en avouer l&rsquo;impasse. Érigée en posture d&rsquo;État, la formule النيف والخسارة, l&rsquo;honneur jusqu&rsquo;à la perte, traduit une dignité stérile : plutôt perdre ensemble que laisser l&rsquo;autre avancer. Le coût en est exorbitant : frontière close depuis 1994, Maghreb en déshérence, générations nées dans les camps de Tindouf. Une Algérie prospère serait une chance pour le Maroc. La souveraineté marocaine et la dignité algérienne ne sont pas les termes d&rsquo;un jeu à somme nulle.</strong></p>
<p><strong>La fin d&rsquo;un monopole</strong></p>
<p><strong>Le « polisario » menace de pratiquer la chaise vide, qui n&rsquo;a jamais inversé une dynamique. Il invoque l&rsquo;avis de la CIJ de 1975. Celui-ci reconnaissait pourtant des liens d&rsquo;allégeance entre le sultan et certaines tribus, sans écarter l&rsquo;autodétermination, et la probité interdit d&rsquo;en amputer une moitié. Plus décisive est la consultation prévue d&rsquo;interlocuteurs sahraouis du territoire, des camps et de la diaspora. Aucune organisation ne saurait soustraire indéfiniment sa prétention à la représentation exclusive à l&rsquo;épreuve du pluralisme. Le Maroc doit en faire un principe : rien sur l&rsquo;avenir du Sahara sans les élus du Sahara. Une diplomatie sûre d&rsquo;elle ne redoute pas la polyphonie.</strong></p>
<p><strong>Quant à Lagouira, une demande mauritanienne de clarification frontalière n&rsquo;est pas une revendication, et un marchandage supposé n&rsquo;est pas un fait. La coopération avec Nouakchott peut tisser des intérêts communs, jamais servir de monnaie d&rsquo;échange sur la souveraineté.</strong></p>
<p><strong>La victoire n&rsquo;est pas la ligne d&rsquo;arrivée</strong></p>
<p><strong>Une résolution ouvre un cycle plus exigeant, autour de trois chantiers.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;autonomie elle-même. Un plan n&rsquo;est pas un statut : il reste à définir le corps électoral, les compétences et la gestion des ressources. Les jeunes de Laâyoune et de Dakhla jugeront sur pièces. Une autonomie de façade, téléguidée depuis Rabat, offrirait aux adversaires du Maroc leur meilleur argument.</strong></p>
<p><strong>La vigilance. Le contentieux migrera vers l&rsquo;Union africaine, les prétoires européens et les réseaux sociaux. Il faudra y opposer des dossiers étayés plutôt que des anathèmes.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc lui-même. </strong></p>
<p><strong>Comment accorder au Sud des compétences étendues sans approfondir la décentralisation à Oujda, Agadir ou Fès ? L&rsquo;autonomie saharienne pourrait devenir le laboratoire d&rsquo;une refondation de l&rsquo;État. Un État fort n&rsquo;est pas celui qui concentre les décisions, mais celui qui sait déléguer sans se désunir.</strong></p>
<p><strong>La lettre R pourrait disparaître du sigle onusien, mais la question du consentement et de la légitimité changera seulement de théâtre. Après avoir convaincu le monde, le Maroc devra démontrer la réussite de son projet. Tout vient à point à qui a le droit et sait attendre. Mais la victoire véritable appartient à celui qui, après avoir attendu, sait bâtir. Et le chantier s&rsquo;annonce colossal et convoque une approche visionnaire et pragmatique. Bien loin des calculs partisans et de la politique politicienne.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Des mères qui travaillent, des fils qui refusent de se lever, des chantiers qui attendent …</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/220941</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Oct 2026 11:44:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[NOS CHRONIQUEURS]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[jeunesse]]></category>
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					<description><![CDATA[Par : Aziz DAOUDA  Il suffit parfois d’une conversation autour d’un café pour prendre la mesure d’un mal qui ronge silencieusement une société. Pas de grandes statistiques, pas de rapports interminables, pas de discours officiels. Juste un homme, un maçon, un ancien compagnon devenu patron, et une phrase qui en dit long sur l’état de &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Aziz DAOUDA </strong></p>
<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-219862" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/daoudas-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/daoudas-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/daoudas--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/daoudas--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/daoudas--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/daoudas--390x220.jpeg 390w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></p>
<p><strong>Il suffit parfois d’une conversation autour d’un café pour prendre la mesure d’un mal qui ronge silencieusement une société. Pas de grandes statistiques, pas de rapports interminables, pas de discours officiels. Juste un homme, un maçon, un ancien compagnon devenu patron, et une phrase qui en dit long sur l’état de notre rapport au travail.</strong></p>
<p><strong>Récemment, un ami qui venait d’acquérir un terrain et rêvait de bâtir sa propre maison m’a demandé si je pouvais lui recommander un bon maalem. J’ai immédiatement pensé à Si Abderrahim, celui qui avait construit la mienne il y a vingt-cinq ans. Un homme sérieux, honnête, compétent, que le temps avait transformé en chef d’une PME plutôt bien organisée et prospère. J’en gardais un excellent souvenir, professionnel autant qu’humain.</strong></p>
<p><strong>Je l’ai appelé. Nous nous sommes retrouvés autour d’un café. Nous avons évoqué le bon vieux temps, les souvenirs, les années passées. J’ai appris avec plaisir qu’il avait réussi, développé son activité et bâti une entreprise respectable. Puis, tout naturellement, je lui ai parlé du projet de mon ami et lui ai proposé de le rencontrer.</strong></p>
<p><strong>C’est alors que l’atmosphère a changé.</strong></p>
<p><strong>Son regard s’est assombri. Presque désolé, comme s’il allait m’annoncer une mauvaise nouvelle personnelle, il m’a répondu :</strong></p>
<p><strong>« Si Aziz, manthachemch m3ak. Manqderch. »</strong></p>
<p><strong>En substance : Si Aziz, je ne veux pas te mettre dans l’embarras, mais je ne peux pas.</strong></p>
<p><strong>Pas parce que le chantier n’était pas intéressant. Pas parce que le client n’avait pas les moyens. Pas parce que le marché manquait de travail. Non. Il ne pouvait tout simplement pas trouver les hommes nécessaires pour réaliser le projet.</strong></p>
<p><strong>La suite de notre conversation fut encore plus révélatrice. Il m’expliqua qu’il proposait entre 250 et 300 dirhams par jour, sans parvenir à recruter suffisamment d’ouvriers. Des tarifs que certains refusent malgré l’absence d&#8217;emploi et de revenus réguliers.</strong></p>
<p><strong>Si Abderrahim n’est pas un cas isolé.</strong></p>
<p><strong>Un pays qui cherche des travailleurs et des jeunes qui attendent leur heure</strong></p>
<p><strong>Mon interlocuteur a rapidement élargi la discussion à l’agriculture. Même problème pour la cueillette des olives où des exploitants proposent des rémunérations comparables, parfois attractives au regard des possibilités locales, et peinent pourtant à trouver des bras. Les récoltes attendent, les exploitants s&rsquo;inquiètent, les coûts augmentent.</strong></p>
<p><strong>Il me fit alors une remarque brutale, mais qui mérite réflexion. Dans certaines activités agricoles, les femmes restent les principales forces de travail, pendant qu&rsquo;une partie des hommes jeunes se repose, avec un seul projet en tête : lahrig, le départ vers l&rsquo;Europe.</strong></p>
<p><strong>Évidemment, il ne s’agit pas de prétendre que tous les jeunes refusent de travailler, ni que tous les salaires proposés sont justes. Il existe des employeurs peu scrupuleux, des conditions pénibles, des emplois saisonniers précaires et des rémunérations parfois insuffisantes au regard du coût de la vie. Ces réalités doivent être dénoncées elles aussi.</strong></p>
<p><strong>Mais il serait tout aussi malhonnête de fermer les yeux sur l&rsquo;autre réalité, celle des entreprises qui ont du travail, des artisans qui ont des commandes, des agriculteurs qui ont des récoltes à ramasser, et pourtant ils ne trouvent pas les personnes disposées à travailler.</strong></p>
<p><strong>Comment expliquer ce paradoxe ? Comment un pays peut-il connaître simultanément le chômage des jeunes et la pénurie de main-d&rsquo;œuvre dans plusieurs secteurs ?</strong></p>
<p><strong>La réponse ne tient pas en une seule cause. Mais elle oblige à regarder en face notre rapport à l&rsquo;effort, à la dignité professionnelle et à la responsabilité individuelle.</strong></p>
<p><strong>Ces femmes qui portent le poids de ceux qui devraient se tenir debout</strong></p>
<p><strong>Depuis des années, j&rsquo;observe tôt le matin, dans ma ville, ces femmes d&rsquo;un certain âge qui se dirigent vers leur travail. Certaines marchent, d&rsquo;autres prennent le bus. Elles sont agentes de nettoyage, employées par des sociétés de services, aides à domicile ou travailleuses chez des particuliers.</strong></p>
<p><strong>Elles partent pendant que la ville se réveille. Elles travaillent pendant que d&rsquo;autres dorment encore. Elles rentrent fatiguées, parfois épuisées, après une journée dont elles savent qu&rsquo;elle recommencera le lendemain.</strong></p>
<p><strong>Derrière chacune d&rsquo;elles, il y a une histoire que nous ne connaissons pas. Certaines sont veuves, d&rsquo;autres célibataires ou privées de ressources suffisantes. Beaucoup assument seules des responsabilités familiales. Certaines soutiennent légitimement un mari malade, un enfant en difficulté ou un proche qui ne peut pas travailler.</strong></p>
<p><strong>Mais il existe aussi une autre réalité, plus dérangeante, dont nous parlons trop peu ; celle des femmes qui travaillent pour entretenir des adultes parfaitement capables de gagner leur vie, mais qui ont fait de leur dépendance un mode d&rsquo;existence.</strong></p>
<p><strong>La mère se lève, travaille, se fatigue et ramène de quoi faire vivre le foyer. Le fils adulte reste à la maison. Il attend son argent de poche, sa cigarette, son café, parfois de quoi financer des habitudes autrement plus dangereuses. La sœur travaille pendant que son frère exige qu&rsquo;elle contribue à ses dépenses. Et lorsque l&rsquo;argent manque, c&rsquo;est encore vers celle qui se lève chaque matin que se tournent les regards.</strong><br />
<strong>Voilà le scandale.</strong></p>
<p><strong>La solidarité familiale est une vertu. L&rsquo;exploitation de sa propre mère ou de sa sœur est une honte.</strong><br />
<strong>Il faut oser le dire sans détour. Une société qui glorifie le sacrifice des femmes tout en tolérant l&rsquo;irresponsabilité de certains hommes finit par transformer la solidarité en servitude. Et une famille qui entretient indéfiniment un adulte capable de travailler, sans exiger de lui le moindre effort, croit peut-être lui rendre service. En réalité, elle risque de l&rsquo;enfermer dans une dépendance qui le diminuera toute sa vie.</strong></p>
<p><strong>Il ne s&rsquo;agit pas de condamner tous les jeunes sans emploi. Il s&rsquo;agit de distinguer ceux qui cherchent sans trouver, ceux que le système a abandonnés et ceux qui ont progressivement appris à ne plus chercher du tout.</strong></p>
<p><strong>Les NEET : victimes du système, mais pas toujours innocents</strong></p>
<p><strong>Le phénomène est désormais identifié par un terme utilisé dans les études sociales : les NEET, ces jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.</strong></p>
<p><strong>Derrière cette catégorie se cachent des réalités très différentes.</strong></p>
<p><strong>Il y a les jeunes sortis prématurément de l&rsquo;école, sans diplôme ni qualification. Il y a ceux que les défaillances de l&rsquo;orientation ont conduits dans des filières sans débouchés. Il y a ceux qui ont frappé à plusieurs portes sans obtenir de réponse. Il y a ceux qui vivent dans des territoires où les possibilités d&#8217;emploi sont rares, et ceux que la précarité, les difficultés familiales ou le découragement ont progressivement éloignés du marché du travail.</strong></p>
<p><strong>Les abandonner serait une faute politique et morale.</strong></p>
<p><strong>Notre système éducatif doit mieux préparer à la vie professionnelle. La formation professionnelle doit répondre davantage aux besoins réels des entreprises. L&rsquo;apprentissage doit retrouver sa place, et le passage de l&rsquo;école au métier doit devenir une voie valorisante, accessible et organisée.</strong></p>
<p><strong>Mais il faut également avoir le courage de parler d&rsquo;une autre partie du problème.</strong></p>
<p><strong>Tous les jeunes sans emploi ne sont pas des victimes du système. Certains sont aussi prisonniers de leurs propres choix, de leur confort immédiat, d&rsquo;une absence de discipline ou d&rsquo;une culture de la facilité. Ils préfèrent parfois un revenu irrégulier obtenu auprès de la famille à un travail qui exige ponctualité, endurance, apprentissage et responsabilité.</strong></p>
<p><strong>Il est plus facile de passer la journée au café que de se lever à l&rsquo;aube pour un chantier. Plus facile de critiquer le salaire proposé que de commencer par acquérir un savoir-faire. Plus facile de parler de départ vers l&rsquo;Europe que de bâtir patiemment une compétence chez soi.</strong></p>
<p><strong>Cette réalité ne concerne évidemment pas toute une génération. Mais il suffit qu&rsquo;une partie suffisamment importante de la jeunesse adopte cette attitude pour que les conséquences deviennent collectives.</strong></p>
<p><strong>Le problème s&rsquo;aggrave lorsque l&rsquo;environnement social encourage cette passivité.</strong></p>
<p><strong>Quand travailler de ses mains devient une humiliation</strong></p>
<p><strong>Nous avons progressivement installé une hiérarchie absurde entre les métiers. Le travail de bureau serait respectable, le travail manuel serait inférieur. Porter une chemise derrière un ordinateur serait une réussite ; porter une tenue de chantier serait une humiliation.</strong></p>
<p><strong>Certains parents préfèrent voir leur fils sans activité, installé au domicile familial, plutôt que de le voir devenir maçon, plombier, électricien, mécanicien ou ouvrier agricole.</strong></p>
<p><strong>Certains jeunes eux-mêmes redoutent davantage les moqueries de leur entourage que les conséquences de leur inactivité. Ils craignent le jugement de leurs amis, les remarques des voisins, les plaisanteries de ceux qui les surnomment bared lktef, celui qui ne se fatigue pas, qui reste les bras croisés. Et pourtant, ces mêmes jeunes peuvent finir par dépendre entièrement des femmes de leur famille, dont le travail est parfois moins rémunéré et moins valorisé que celui qu&rsquo;ils refusent d&rsquo;accomplir.</strong></p>
<p><strong>Quel renversement des valeurs !</strong></p>
<p><strong>Le maçon qui construit une maison, le mécanicien qui répare un véhicule, l&rsquo;agriculteur qui nourrit une population et l&rsquo;électricien qui sécurise une installation rendent des services indispensables. Ils créent de la richesse, acquièrent une expertise et peuvent, avec le temps, devenir des artisans recherchés, des chefs d&rsquo;entreprise et des employeurs.</strong></p>
<p><strong>Si Abderrahim en est la démonstration vivante. Il a appris son métier par compagnonnage, à force d&rsquo;observation, de gestes répétés, de discipline et d&rsquo;expérience. Il est passé du statut d&rsquo;apprenti à celui de maalem, puis de patron. Il n&rsquo;a pas attendu qu&rsquo;un poste prestigieux lui soit offert. Il a appris, travaillé et construit.</strong></p>
<p><strong>Son parcours rappelle une vérité élémentaire, celle qu’un métier manuel n&rsquo;est pas une voie de relégation. Il peut être une voie d&rsquo;émancipation, d&rsquo;indépendance et de réussite.</strong></p>
<p><strong>La honte n&rsquo;est pas de commencer au bas de l&rsquo;échelle. La honte est de mépriser ceux qui travaillent tout en exigeant qu&rsquo;ils financent notre inactivité.</strong></p>
<p><strong>De la passivité à la délinquance, la pente peut devenir dangereuse</strong></p>
<p><strong>Il serait naïf de croire que l&rsquo;oisiveté prolongée est toujours sans conséquences. Lorsqu&rsquo;un jeune n&rsquo;a ni emploi, ni formation, ni projet, ni perspective, il peut finir par chercher ailleurs les moyens de financer ses dépenses.</strong></p>
<p><strong>Certains se contentent de vivre aux crochets de leur entourage compatissant. D&rsquo;autres s&rsquo;enferment dans des conduites addictives. D&rsquo;autres encore basculent dans la délinquance, attirés par l&rsquo;illusion de gains rapides qui semblent ne demander ni qualification ni effort.</strong></p>
<p><strong>J&rsquo;ai rencontré des détenus dans deux établissements pénitentiaires où j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de participer à des activités en leur faveur. Ces rencontres rappellent combien les parcours sont divers. Certains ont été victimes de leur environnement, d&rsquo;autres ont connu des ruptures profondes, et d&rsquo;autres encore ont fait des choix dont ils doivent répondre.</strong></p>
<p><strong>La prison n&rsquo;est évidemment pas la conséquence mécanique du chômage, et il serait injuste de stigmatiser les jeunes sans activité. Mais nous ne pouvons ignorer qu&rsquo;une société qui laisse durablement des personnes sans perspectives, sans cadre et sans exigence prend le risque de voir certaines d&rsquo;entre elles se tourner vers des voies destructrices.</strong></p>
<p><strong>Le travail ne résout pas tout. Il ne protège pas de toutes les difficultés. Mais il donne un rythme, une utilité sociale, une autonomie et souvent une raison de se projeter dans l&rsquo;avenir. Lorsqu&rsquo;on prive durablement une partie de la jeunesse de ces repères, il ne suffit pas de s&rsquo;étonner ensuite des conséquences.</strong></p>
<p><strong>Lahrig : rêve d&rsquo;une vie meilleure ou fuite devant ses responsabilités ?</strong></p>
<p><strong>Le projet migratoire est devenu, pour certains jeunes, une sorte de programme de vie. Ils ne savent pas toujours quel métier ils veulent exercer, quelle compétence ils souhaitent acquérir ni quel projet ils veulent construire. Mais ils savent qu&rsquo;ils veulent partir.</strong></p>
<p><strong>Partir où ? Faire quoi ? Dans quelles conditions ? Avec quelles qualifications ? Ces questions passent souvent au second plan, comme si le simple fait de franchir une frontière garantissait une existence meilleure.</strong></p>
<p><strong>L&rsquo;Europe n&rsquo;est pas un paradis où l&rsquo;argent tombe du ciel. Le travail manuel que certains refusent au Maroc, ils peuvent être contraints de l&rsquo;accepter à l&rsquo;étranger, dans des conditions plus difficiles, loin de leurs proches et sans le soutien familial dont ils bénéficiaient chez eux. A cela s&rsquo;ajoutent les obstacles administratifs, la précarité, les discriminations et, pour certains parcours irréguliers, les risques d&rsquo;exploitation ou de détention.</strong></p>
<p><strong>Je ne condamne pas l&rsquo;émigration en elle-même. Partir pour étudier, se former, travailler légalement, découvrir d&rsquo;autres horizons ou saisir une opportunité est parfaitement légitime. La mobilité peut enrichir un individu et contribuer au développement de son pays. Mais faire de lahrig l&rsquo;unique horizon, sans projet, sans qualification et sans préparation, c&rsquo;est confondre le déplacement géographique avec la réussite personnelle. On ne construit pas un avenir simplement en changeant de pays. On le construit en devenant capable d&rsquo;apporter quelque chose, où que l&rsquo;on soit.</strong></p>
<p><strong>Et il y a une contradiction que nous devons regarder en face avec responsabilité. Un jeune peut refuser un travail manuel chez lui par orgueil, puis accepter à l&rsquo;étranger un travail encore plus pénible, pour un employeur qui ne lui accordera pas nécessairement le respect qu&rsquo;il attendait. Si le problème était uniquement le travail, pourquoi celui-ci deviendrait-il acceptable dès lors qu&rsquo;il est effectué loin de la famille et du regard des voisins ?</strong></p>
<p><strong>La question mérite d&rsquo;être posée.</strong></p>
<p><strong>Un pays ne peut pas avancer en laissant ses forces productives au repos</strong></p>
<p><strong>Le Maroc a besoin de compétences, d&rsquo;entrepreneurs, d&rsquo;artisans, d&rsquo;ouvriers qualifiés, de techniciens et de travailleurs agricoles. Il a besoin de personnes capables de transformer les investissements en réalisations concrètes.</strong></p>
<p><strong>Lorsqu&rsquo;un chantier ne démarre pas faute d&rsquo;ouvriers, ce n&rsquo;est pas seulement un entrepreneur qui est pénalisé. C&rsquo;est un logement qui tarde à être construit, une activité économique qui est freinée et une chaîne de métiers qui perd du temps et de l&rsquo;argent.</strong></p>
<p><strong>Lorsqu&rsquo;une récolte ne peut être ramassée faute de main-d&rsquo;œuvre, ce sont des revenus agricoles qui sont menacés, des efforts et des ressources dilapidés. Lorsque les entreprises ne trouvent pas les compétences recherchées, elles limitent leurs activités, reportent leurs projets ou cherchent ailleurs les moyens de produire.</strong></p>
<p><strong>Cette situation appelle une responsabilité partagée.</strong></p>
<p><strong>Les pouvoirs publics ne peuvent pas se contenter de publier des chiffres sur le chômage. Les entreprises ne peuvent pas invoquer le manque de travailleurs sans examiner leurs salaires, leurs conditions de travail et leurs possibilités de formation. Les familles ne peuvent pas dénoncer le chômage tout en décourageant les métiers manuels qu’ils jugent dégradant. Et les jeunes ne peuvent pas réclamer leur place dans la société tout en refusant systématiquement les efforts qui permettent de la construire.</strong><br />
<strong>La dignité ne se décrète pas. Elle se pratique.</strong></p>
<p><strong>Alors, que faire ?</strong></p>
<p><strong>Il ne sert à rien de moraliser si l&rsquo;on ne propose aucune issue. Le problème est à la fois économique, éducatif, culturel et familial. Les solutions doivent donc agir sur plusieurs fronts.</strong></p>
<p><strong>1. Réhabiliter concrètement les métiers manuels.</strong></p>
<p><strong>Il faut montrer la réussite des artisans, des techniciens et des ouvriers qualifiés, valoriser leurs parcours dans les écoles et les médias et faire comprendre qu&rsquo;un métier appris sérieusement peut offrir une véritable carrière. Le maalem doit redevenir une figure de compétence et de réussite, et non un statut que l&rsquo;on accepte par défaut.</strong></p>
<p><strong>2. Réformer l&rsquo;apprentissage et faciliter l&rsquo;accès au premier métier.</strong></p>
<p><strong>Il faut développer des formations courtes, pratiques et certifiantes, construites avec les entreprises et les artisans. L&rsquo;apprentissage doit permettre à un jeune de se former sur le terrain, sous la responsabilité d&rsquo;un professionnel, avec des règles claires, une rémunération adaptée, une protection effective et de véritables perspectives d&#8217;embauche.</strong></p>
<p><strong>Le retour au compagnonnage dès un jeune âge pour ceux qui le désirent doit redevenir possible sans que le maalem soit condamné mais plutôt encouragé. La protection des mineurs contre l&rsquo;exploitation est indispensable, mais elle ne doit pas conduire à dévaloriser l&rsquo;apprentissage encadré des jeunes.</strong></p>
<p><strong>3. Rendre le travail attractif, sans entretenir l&rsquo;assistanat.</strong></p>
<p><strong>Les employeurs doivent proposer des rémunérations transparentes, des conditions dignes, des horaires raisonnables et des possibilités de progression. Les pouvoirs publics doivent lutter contre les abus, mieux encadrer les emplois saisonniers et faciliter la mise en relation entre travailleurs et entreprises.</strong></p>
<p><strong>En parallèle, les dispositifs d&rsquo;aide sociale doivent protéger ceux qui en ont réellement besoin tout en encourageant, lorsque cela est possible, le retour vers l&#8217;emploi, la formation et l&rsquo;autonomie. La solidarité doit être un tremplin, pas une condamnation à la dépendance.</strong></p>
<p><strong>4. Responsabiliser les familles.</strong></p>
<p><strong>C&rsquo;est sans doute le chantier le plus délicat, car il touche à l&rsquo;intimité des foyers et aux habitudes sociales. Mais les parents doivent pouvoir soutenir un enfant en difficulté sans être condamnés à entretenir indéfiniment un adulte qui refuse toute responsabilité.</strong></p>
<p><strong>Un jeune qui ne trouve pas d&#8217;emploi doit être aidé à chercher, à se former et à construire un projet. Un jeune qui refuse toute possibilité raisonnable doit aussi être confronté à ses responsabilités. Aimer son enfant, ce n&rsquo;est pas financer éternellement son immobilisme.</strong></p>
<p><strong>5. Organiser une véritable stratégie nationale de mobilisation de la main-d&rsquo;œuvre.</strong></p>
<p><strong>Les secteurs qui manquent de travailleurs doivent être identifiés précisément. Les besoins en maçons, plombiers, électriciens, ouvriers agricoles et techniciens doivent être rapprochés des formations disponibles. Les collectivités, les entreprises, les centres de formation et les agences d&#8217;emploi doivent travailler ensemble, avec des résultats mesurables : jeunes formés, contrats signés, compétences acquises et emplois durables créés.</strong></p>
<p><strong>6. Faire de l&rsquo;émigration un projet, et non un mirage.</strong></p>
<p><strong>Il faut mieux informer les jeunes sur les réalités du marché du travail à l&rsquo;étranger, développer les voies légales de mobilité, les partenariats de formation et la reconnaissance des qualifications. Le départ doit pouvoir être un choix préparé, et non le refuge d&rsquo;un jeune qui n&rsquo;a jamais réussi à trouver sa place dans son propre pays.</strong></p>
<p><strong>La dignité commence le jour où l&rsquo;on cesse d&rsquo;attendre que les autres nous entretiennent</strong></p>
<p><strong>Je repense à Si Abderrahim. Il y a vingt-cinq ans, il était le maalem à qui j&rsquo;avais confié la construction de ma maison. Aujourd&rsquo;hui, il dirige une entreprise et pourrait offrir du travail à d&rsquo;autres. Il a réussi grâce à un métier, à l&rsquo;expérience, à l&rsquo;effort et à la confiance que ses clients lui ont accordée. Et pourtant, cet homme qui a du travail, des commandes et la volonté de développer son activité se retrouve incapable de recruter suffisamment de bras.</strong></p>
<p><strong>Ce paradoxe devrait nous interpeller davantage que bien des discours.</strong></p>
<p><strong>Nous ne pouvons pas réclamer une économie forte tout en méprisant les métiers qui la font fonctionner. Nous ne pouvons pas dénoncer le chômage tout en encourageant nos enfants à attendre indéfiniment le travail idéal. Nous ne pouvons pas célébrer le sacrifice de nos mères et de nos sœurs tout en acceptant que certains adultes vivent durablement à leurs dépens.</strong></p>
<p><strong>Et nous ne pouvons pas demander à l&rsquo;État de résoudre tous les problèmes si nous refusons, dans nos propres foyers, d&rsquo;assumer notre part de responsabilité.</strong></p>
<p><strong>Il faut bien sûr combattre les injustices du système, améliorer les salaires, former les jeunes, créer des emplois et offrir des perspectives. Mais il faut aussi réhabiliter une vérité que nous avons trop souvent reléguée au second plan. Chacun doit, autant que ses capacités le lui permettent, contribuer à sa propre existence et à celle de la collectivité.</strong></p>
<p><strong>La honte n&rsquo;est pas de travailler dans la maçonnerie, dans les champs ou sur un chantier. La honte est de pouvoir travailler mais de choisir de vivre aux dépens d&rsquo;une mère qui s&rsquo;épuise ou d&rsquo;une sœur qui se sacrifie. La honte n&rsquo;est pas de commencer modestement mais de mépriser l&rsquo;effort tout en exigeant les fruits du travail des autres. La honte n&rsquo;est pas de vouloir partir à l&rsquo;étranger. C&rsquo;est de faire de la fuite son seul projet, sans jamais chercher à acquérir les moyens de réussir, ici ou ailleurs.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc n&rsquo;a pas seulement besoin de créer davantage d&#8217;emplois. Il a besoin de reconstruire une culture de la responsabilité, de l&rsquo;effort et de la dignité professionnelle. Une culture dans laquelle le travailleur est respecté, l&#8217;employeur est responsable, la solidarité protège sans asservir et le jeune comprend que son avenir ne peut pas reposer éternellement sur les épaules de sa famille.</strong></p>
<p><strong>Une société ne se juge pas seulement au nombre d&#8217;emplois qu&rsquo;elle crée. Elle se juge aussi à la valeur qu&rsquo;elle accorde à ceux qui travaillent, à la place qu&rsquo;elle donne à ceux qui veulent apprendre et à la fermeté avec laquelle elle refuse de transformer l&rsquo;oisiveté en droit acquis.</strong></p>
<p><strong>Le travail n&rsquo;est pas une punition. C&rsquo;est une liberté. Et la première des libertés est de ne pas avoir à tendre la main à ceux que l&rsquo;on prétend aimer.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Météo dimanche 25 octobre : Formations brumeuses ou bruines locales près des côtes Atlantiques</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/220939</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Oct 2026 11:01:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[maroc]]></category>
		<category><![CDATA[météo]]></category>
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					<description><![CDATA[Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour le dimanche 25 octobre 2026 : &#8211; Temps assez chaud sur le Sud des Provinces sahariennes. &#8211; Ciel passagèrement nuageux sur les provinces sud avec quelques ondées éparses. &#8211; Formations brumeuses ou bruines locales, la matinée et la nuit, près des côtes &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="w-full clearfix text-[#6C6C6C] leading-[1.7] font-sans text-[0.95rem] font-normal">
<div class="article-content">
<p><strong>Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour le dimanche 25 octobre 2026 :</strong></p>
<p><strong>&#8211; Temps assez chaud sur le Sud des Provinces sahariennes.</strong></p>
<p><strong>&#8211; Ciel passagèrement nuageux sur les provinces sud avec quelques ondées éparses.</strong></p>
<p><strong>&#8211; Formations brumeuses ou bruines locales, la matinée et la nuit, près des côtes Atlantiques.</strong></p>
<p><strong>&#8211; Rafales de vent assez fortes sur les provinces Sud, avec chasse-poussières, par endroits.</strong></p>
<p><strong>&#8211; Température minimale de l&rsquo;ordre de 03/09°C sur l&rsquo;Atlas, le Rif et les Hauts Plateaux Orientaux, de 20/26°C sur les Provinces Sud, de 15/20°C sur le Sud-est, les plaines de Tadla, Rhamna, et le Souss et de 10/15°C partout ailleurs.</strong></p>
<p><strong>&#8211; Température en hausse sur la majeure partie du Royaume.</strong></p>
<p><strong>&#8211; Mer belle sur la Méditerranée, belle à peu agitée sur le Détroit, agitée à temporairement forte entre Mehdia et Tarfaya, et peu agitée à agitée ailleurs.</strong></p>
</div>
</div>
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</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Grande Mosquée de Paris, ou quand les services secrets algériens s’invitent à la prière</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/220933</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ziad Alami]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Oct 2026 21:56:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[POLITOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[annexe du renseignement algérien]]></category>
		<category><![CDATA[grande mosquée de Paris]]></category>
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					<description><![CDATA[Alors que la France compte ses dégâts (3 000 commerces vandalisés ou pillés) suite aux émeutes inédites des 17 et 18 octobre, surgit la question lancinante et inévitable: comment et pourquoi la France en est-elle arrivée là? La vie chère peut-elle justifier à elle seule ce séisme social d’ampleur, dont l’épicentre a été localisé à &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alors que la France compte ses dégâts (3 000 commerces vandalisés ou pillés) suite aux émeutes inédites des 17 et 18 octobre, surgit la question lancinante et inévitable: comment et pourquoi la France en est-elle arrivée là? La vie chère peut-elle justifier à elle seule ce séisme social d’ampleur, dont l’épicentre a été localisé à Paris mais dont les répliques ont touché bien des métropoles françaises? Qu’en est-il (aussi) de la « main » du régime algérien dans ce séisme qui, au-delà de ses implications sociales douloureuses, peut même coûter une note financière à la France ? </strong></p>
<p><strong>L’aveu est la reine des preuves. </strong></p>
<p><strong>Le 20 courant, un <a href="https://algeriepatriotique.com/2026/10/20/feux-criminels-de-jijel-commandites-depuis-paris-la-vengeance-de-la-jeunesse-franco-algerienne/">média</a> proche du renseignement militaire algérien s’est fendu d’un article où il se réjouissait maladivement du fait qu’”une frange de la jeunesse née et élevée en France, issue de l’immigration algérienne, a délibérément ciblé les symboles les plus sacrés de la République française”. “Alors que les plateaux de télévision français, squattés par des politiciens et des journalistes à la xénophobie décomplexée, s’en donnent à cœur joie pour vomir le mot “racaille”, une réalité bien lourde s’écrit dans les rues : celle d’une jeunesse qui a décidé de faire payer à la France les drames de l’Algérie, dans une logique de pure vengeance transnationale”, fanfaronne ce média fondé par Lotfi Nezzar, fils de l&rsquo;ancien ministre de la Défense de la « <em>Décennie noire</em> » avec son long cortège funèbre (200 000 morts). </strong></p>
<p><strong>Grande Mosquée de Paris, une annexe des services secrets algériens</strong></p>
<p><strong>Autre indicateur, et non des moindres : le lanceur d’alerte franco-algérien Chawki Benzehra a pointé, sur le plateau de Cnews, le rôle interlope de la Grande Mosquée de Paris qui, de lieu de culte musulman, est devenue une annexe des services secrets algériens. « La Grande Mosquée de Paris organise des colonies de vacances enseignant la haine anti-France », a-t-il dénoncé, en appelant à « libérer cette institution de l’emprise de la junte militaire qui est en train de l’utiliser pour transformer la diaspora algérienne en une arme contre la France afin de déstabiliser le pays ». </strong></p>
<blockquote class="twitter-tweet">
<p dir="ltr" lang="fr">« La Grande Mosquée de Paris organise des colonies de vacances enseignant la haine anti-France. » Mon intervention aujourd’hui dans l’émission #facalinfo sur Cnews, au sujet de la dimension revancharde des violences commises par des casseurs qui ont vécu le 17 octobre comme une vengeance contre le colonialisme et du rôle du régime algérien qui a alimenté la haine anti-France.</p>
<p>— Chawki Benzehra (@ChawkiBenzehra) <a href="https://x.com/ChawkiBenzehra/status/2113004091232092327?ref_src=twsrc%5Etfw">October 21, 2026</a></p></blockquote>
<p><script async src="https://platform.x.com/widgets.js" charset="utf-8"></script></p>
<p><strong><em>C</em>onstruite en 1926 avec des bras marocains, sous la direction du sultan Moulay Youssef qui l&rsquo;a inaugurée en 1926, la Grande Mosquée de Paris est devenue progressivement un outil de propagande au service de l&rsquo;agenda algérien destructeur. Une « conversion » qui s&rsquo;est faite malheureusement au nez et à la barbe des services français qui n&rsquo;ont rien vu venir&#8230; </strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Météo samedi 24 octobre : Ciel peu à passagèrement nuageux avec parfois ondées sur les plaines nord et centre, l’Oriental et le Rif</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/220931</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Oct 2026 09:54:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIÉTÉ]]></category>
		<category><![CDATA[maroc]]></category>
		<category><![CDATA[météo]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecollimateur.ma/?p=220931</guid>

					<description><![CDATA[Voici les prévisions météorologiques de ce samedi 24 octobre 2026 :  Des pluies ou averses, avec risque d’orage, sont attendues sur l’Atlas et ses régions voisines et par endroits sur les provinces sahariennes. Des ondées et orages sont à prévoir sur le Sud-est et l’intérieur du Souss. Le ciel sera peu à passagèrement nuageux avec parfois ondées &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Voici les prévisions météorologiques de ce samedi 24 octobre 2026 : </strong></p>
<p><strong>Des pluies ou averses, avec risque d’orage, sont attendues sur l’Atlas et ses régions voisines et par endroits sur les provinces sahariennes.</strong></p>
<p><strong>Des ondées et orages sont à prévoir sur le Sud-est et l’intérieur du Souss.</strong></p>
<p><strong>Le ciel sera peu à passagèrement nuageux avec parfois ondées sur les plaines nord et centre, l’Oriental et le Rif.</strong></p>
<p><strong>Des rafales de vent modérées sur les côtes centre et le Sud du Haut Atlas.</strong></p>
<p><strong>La température minimale sera de l’ordre de 05/11°C sur l’Atlas, le Rif et l’Oriental, de 17/22°C sur les provinces sud, le Sud-est, le Souss, Chiadma et les plaines de Tadla et Rehamna et de 12/17°C partout ailleurs.</strong></p>
<p><strong>La température sera en hausse sur les provinces sud et Chiadma et en baisse ou peu variable ailleurs.</strong></p>
<p><strong>La mer belle sera à peu agitée sur la Méditerranée et sur le Détroit, agitée entre Mehdia et Tarfaya et peu agitée à agitée sur le reste du littoral atlantique.</strong></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>« Zone grise » sacrée Grand Prix du 26è Festival National de Théâtre</title>
		<link>https://lecollimateur.ma/220921</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le collimateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 21:12:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[KALÉIDOSCOPE]]></category>
		<category><![CDATA[26è Festival national de théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[zone grise]]></category>
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					<description><![CDATA[La pièce de théâtre « Zone grise » a été sacrée vendredi Grand Prix du 26è Festival national de théâtre de Tétouan. La distinction de cette œuvre confirme le « pari » artistique de leCollimateur.ma qui y avait dédié, sous l&#8217;excellente plume de notre consœur Fouzia ELBAYED, un article. Nous le reproduisons in extenso.  Zone grise : dramaturgie de &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La pièce de théâtre « Zone grise » a été sacrée vendredi Grand Prix du 26è Festival national de théâtre de Tétouan. La distinction de cette œuvre confirme le « pari » artistique de leCollimateur.ma qui y avait dédié, sous l&rsquo;excellente plume de notre consœur Fouzia ELBAYED, un <a href="https://lecollimateur.ma/220749">article</a>. Nous le reproduisons in extenso. </strong></p>
<hr />
<p><strong>Zone grise : dramaturgie de l&rsquo;obsession, esthétique de l&rsquo;incertitude et crise de la vérité </strong></p>
<p><strong>Par : Fouzia ELBAYED</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-220756" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/Fouzia-Elbayed-3.webp" alt="" width="200" height="270" /></p>
<p><strong>Le théâtre contemporain accorde une place croissante à l’exploration des territoires instables de la subjectivité, aux mécanismes de la mémoire et aux formes de déstabilisation du réel. Dans cette perspective, l’association « Créateurs et Innovateurs » avec le soutien du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication – secteur de la Culture, et en coopération avec des organismes artistiques et théâtraux spécialisés présente le spectacle « Zone grise », écrit par Chaimae El Mzine et mis en scène par Ayoub Abounnasr, présentée le 18 octobre 2026 dans le cadre de la programmation officielle de la 26ᵉ édition du Festival National du Théâtre à Tétouan.</strong></p>
<p><strong>Cette troupe propose une matière dramaturgique qui articule crise psychologique, conflit conjugal et interrogation philosophique sur les conditions de production de la vérité. Interprété par Hanan Al Allam, Ismail Alaoui et Mohammed Chahir, le spectacle prend pour point de départ l’effondrement professionnel et psychique d’un avocat dont la relation conjugale devient progressivement le lieu d’une expérience obsessionnelle.</strong></p>
<p><strong>L’action se déroule dans l’espace domestique du protagoniste, après la perte de son emploi à la suite d’une affaire judiciaire décisive. La prise en charge du même dossier par son épouse introduit un déséquilibre dans la relation conjugale. Le doute s’installe, la jalousie se transforme en obsession et les souvenirs interfèrent avec les événements présents. À mesure que la perception du protagoniste se fragilise, les frontières entre faits, interprétations et projections imaginaires deviennent incertaines. Le spectateur est alors confronté à une représentation du réel dont la cohérence se trouve constamment mise à l’épreuve.</strong></p>
<p><strong>Le titre « Zone grise » constitue, à cet égard, une première clé de lecture. Il désigne un espace intermédiaire dans lequel les catégories opposées — vérité et mensonge, réalité et illusion, lucidité et égarement — cessent de fonctionner comme des repères parfaitement stables. Cette indétermination ne relève pas seulement du contenu narratif : elle est susceptible de devenir un principe d’organisation dramaturgique et esthétique, déterminant la construction des personnages, la temporalité, la circulation de l’information et la relation entre la scène et le public.</strong></p>
<p><strong>L’hypothèse défendue dans cette analyse est que « Zone grise » peut être appréhendée comme une dramaturgie de l’obsession, dans laquelle la crise d’un individu devient le moyen d’interroger les mécanismes de construction du réel. La comparaison avec le répertoire théâtral international, notamment les œuvres de Luigi Pirandello, August Strindberg, Jean-Paul Sartre, Edward Albee et Arthur Miller, permet de préciser les enjeux de cette démarche, sans présumer d’influences directes qui ne seraient pas documentées.</strong></p>
<p><strong>Notre analyse porte ainsi sur trois dimensions complémentaires : la construction dramaturgique du doute, les modalités esthétiques de représentation de la subjectivité et la portée philosophique et sociale du conflit.</strong></p>
<p><strong>Une dramaturgie de l’obsession : de la crise identitaire à la désorganisation du réel</strong></p>
<p><strong>La perte de l’emploi de l’avocat constitue le premier événement structurant de l’intrigue. Sur le plan dramaturgique, elle remplit la fonction d’un événement déclencheur qui rompt l’équilibre antérieur du personnage et ouvre un processus de désorganisation psychologique et relationnelle.</strong></p>
<p><strong>La portée de cet événement dépasse cependant sa dimension professionnelle. Pour un avocat, dont l’identité est associée à la maîtrise du raisonnement, à la connaissance des procédures et à la capacité de distinguer les faits des interprétations, la perte de statut peut représenter une atteinte profonde à l’image de soi. Le personnage se trouve ainsi confronté à une contradiction fondamentale : celui qui est professionnellement chargé d’établir la vérité devient progressivement incapable de faire confiance à sa propre perception.</strong></p>
<p><strong>Cette contradiction constitue l’un des ressorts potentiellement les plus féconds de la pièce. Elle permet d’articuler deux niveaux de conflit : un conflit extérieur, lié aux conséquences de l’affaire judiciaire, et un conflit intérieur, marqué par l’effondrement des certitudes personnelles. La crise psychique apparaît alors comme le lieu où se rencontrent l’échec social, la fragilité identitaire et la peur de perdre l’autre.</strong><br />
<strong>Cette construction peut être rapprochée du théâtre d’Arthur Miller, en particulier de La Mort d’un commis voyageur (1949). Dans cette œuvre, l’échec professionnel de Willy Loman compromet les représentations idéalisées qu’il entretient de lui-même et de sa place dans la société. Chez Miller, la désagrégation individuelle ne peut être dissociée des valeurs sociales qui définissent la réussite, la reconnaissance et la dignité.</strong></p>
<p><strong>La comparaison avec « Zone grise » permet de poser une question essentielle : dans quelle mesure la crise de l’avocat relève-t-elle d’une fragilité strictement individuelle, et dans quelle mesure traduit-elle la violence symbolique d’un système social qui associe la valeur de l’individu à son statut professionnel ? Cette dimension développée dans le spectacle, confère au drame une portée qui dépasse la seule sphère psychologique.</strong></p>
<p><strong>La jalousie comme mécanisme de production du réel</strong></p>
<p><strong>Le conflit conjugal constitue le second foyer de la dramaturgie. L’épouse, qui suit le même dossier judiciaire, occupe une position susceptible de bouleverser les rapports de pouvoir au sein du couple. Le soupçon d’une relation extraconjugale, formulé par le protagoniste, introduit une dynamique dans laquelle l’interprétation tend progressivement à se substituer à la preuve.</strong></p>
<p><strong>La jalousie ne fonctionne plus alors comme une émotion passagère, mais comme un mécanisme de perception. Le personnage ne se contente pas de soupçonner une trahison : il organise progressivement les faits, les souvenirs et les comportements de son épouse autour de cette hypothèse. Chaque élément peut devenir une confirmation, tandis que les informations contradictoires risquent d’être réinterprétées de manière à préserver la conviction initiale.</strong></p>
<p><strong>La dramaturgie de l’obsession repose ainsi sur une transformation fondamentale : le doute, qui pourrait constituer une démarche de vérification, se referme sur lui-même et devient un système interprétatif autonome.</strong></p>
<p><strong>Cette logique rappelle certains mécanismes du théâtre d’August Strindberg, notamment dans Mademoiselle Julie (1888) et La Danse de mort (1900). Chez Strindberg, les relations intimes deviennent des espaces de lutte où le désir, la domination, le ressentiment et l’insécurité psychologique altèrent la capacité des personnages à reconnaître les motivations de l’autre. Le conflit conjugal ne se réduit pas à un désaccord explicite ; il engage une lutte pour le pouvoir, la définition de la réalité et la maîtrise de l’identité adverse.</strong></p>
<p><strong>Dans « Zone grise », cette perspective invite à examiner la jalousie comme une forme de pouvoir exercé sur le réel. Le protagoniste tente de résoudre l’incertitude en imposant une interprétation aux événements. Mais plus il cherche à maîtriser la situation, plus il risque de s’enfermer dans un univers où les signes inversés ne renvoient plus à une réalité vérifiable, mais aux projections de sa propre conscience.</strong></p>
<p><strong>L’intérêt dramaturgique d’un tel dispositif dépend de la capacité de l’écriture à rendre ce processus perceptible. Il ne suffit pas que le personnage exprime sa jalousie : il faut que celle-ci modifie ses actes, transforme ses rapports avec les autres personnages et provoque des conséquences irréversibles dans l’action.</strong></p>
<p><strong>Une dramaturgie de l’ambiguïté : entre suspense et indétermination</strong></p>
<p><strong>Le texte de « Zone grise » suggère une progression dans laquelle les souvenirs et les événements présents s’entremêlent, rendant difficile l’identification de ce qui s’est effectivement produit. Cette organisation rapproche la pièce des dramaturgies modernes qui déplacent le centre de gravité du théâtre : au lieu de demander uniquement ce qui va arriver, elles interrogent la possibilité même de connaître ce qui est arrivé.</strong></p>
<p><strong>Il convient pour nous ici de distinguer dans la lecture de la pièce deux formes d’ambiguïté.</strong></p>
<p><strong>1. La première est narrative : elle repose sur la rétention d’informations, les révélations successives et les contradictions entre les versions des personnages. Elle entretient le suspense en différant la résolution de l’intrigue.</strong></p>
<p><strong>2. La seconde est épistémologique : elle met en question les conditions selon lesquelles un événement peut être reconnu comme vrai. Même lorsqu’une information est révélée, le spectateur demeure confronté à la possibilité que sa signification soit incertaine, parce que la mémoire, la subjectivité et les affects en modifient l’interprétation.</strong></p>
<p><strong>3. La seconde forme présente un intérêt philosophique supérieur. Une dramaturgie de l’incertitude ne consiste pas à rendre tous les événements incompréhensibles, mais à organiser précisément les conditions du doute.</strong></p>
<p><strong>Cette problématique trouve un écho majeur dans Six personnages en quête d’auteur (1921) de Luigi Pirandello. La pièce met en crise la distinction entre la réalité vécue et sa représentation théâtrale : les personnages revendiquent la vérité de leur histoire, tandis que sa mise en scène révèle l’impossibilité d’une reproduction parfaitement fidèle de l’expérience.</strong></p>
<p><strong>Le rapprochement avec « Zone grise » ne signifie pas que les deux œuvres reposent sur un dispositif identique. Chez Pirandello, la crise est explicitement métathéâtrale ; dans le spectacle marocain « Zone grise », elle semble se concentrer sur l’instabilité de la perception individuelle et de la mémoire. Leur parenté réside dans une interrogation commune : la vérité est-elle une donnée que l’on découvre, ou une construction dont les conditions doivent elles-mêmes être examinées ?</strong></p>
<p><strong>La construction des personnages : subjectivité, altérité et rapports de pouvoir</strong></p>
<p><strong>Le personnage principal sur scène, Ismail ALAOUI, présente une configuration dramaturgique particulièrement intéressante en raison du décalage entre sa fonction sociale et son état psychologique. En tant qu’avocat, il est associé à une pratique de la rationalité, à la confrontation des témoignages et à l’évaluation des preuves. Pourtant, comme l’a remarqué le public, dans sa vie privée, il semble progressivement perdre les capacités de discernement qui fondent son identité professionnelle.</strong></p>
<p><strong>Ce paradoxe permet de concevoir le personnage comme une figure de la raison en crise. Son effondrement ne tient pas nécessairement à l’absence de facultés intellectuelles, mais à leur subordination aux mécanismes affectifs. La peur de perdre son épouse, l’humiliation liée à la perte de son emploi et l’incertitude concernant son avenir deviennent des forces qui déforment son rapport au monde.</strong></p>
<p><strong>Le personnage pourrait ainsi être interprété à travers la notion de mauvaise foi développée par Jean-Paul Sartre dans L’Être et le Néant (1943), puis mise en jeu, selon d’autres modalités, dans son théâtre. La mauvaise foi désigne un processus par lequel le sujet entretient avec lui-même un rapport de dissimulation, en évitant d’affronter certaines dimensions de sa liberté et de sa responsabilité.</strong></p>
<p><strong>Cette référence ne permet pas d’affirmer que le protagoniste de « Zone grise » relève nécessairement de la mauvaise foi au sens sartrien. Elle fournit néanmoins un outil d’analyse : le personnage cherche-t-il réellement à connaître la vérité, ou cherche-t-il plutôt à confirmer une interprétation qui lui permet de donner un sens à sa souffrance ? Son besoin de certitude pourrait dissimuler une difficulté plus profonde à reconnaître sa propre vulnérabilité.</strong></p>
<p><strong>La portée critique du personnage dépend alors de sa capacité à dépasser la représentation d’un homme simplement victime de son trouble. Un personnage dramaturgiquement complexe est simultanément affecté par les circonstances et responsable, au moins partiellement, des actes par lesquels il y répond.</strong></p>
<p><strong>Le rôle de l’épouse, joué par Hanane EL ALLAM, occupe une position décisive dans le dispositif dramatique, puisqu’elle devient l’objet des soupçons du protagoniste tout en conservant, potentiellement, une autonomie professionnelle et personnelle.</strong></p>
<p><strong>Sa participation au même dossier judiciaire peut être comprise comme un élément de redistribution des rôles au sein du couple. Elle intervient dans un domaine qui contribuait auparavant à définir l’identité sociale de son mari. Cette situation peut faire apparaître des tensions relatives à la reconnaissance, à l’autorité et à la place respective des deux partenaires.</strong></p>
<p><strong>Il importe toutefois de ne pas réduire ce conflit à une opposition schématique entre un homme jaloux et une femme émancipée. Cette lecture est justifiée si le texte initial et si la vision de la mise en scène établissait clairement cette dimension.</strong></p>
<p><strong>Notre analyse allait plutôt porter sur le degré d’autonomie dramaturgique accordé au personnage féminin. Possède-t-elle ses propres contradictions ? Ses paroles révèlent-elles une histoire qui ne se limite pas à la perception de son époux ? Ses décisions influencent-elles réellement la progression de l’intrigue ?</strong></p>
<p><strong>Ces interrogations sont essentielles, car l’altérité de l’épouse constitue l’une des conditions du conflit. Si elle est réduite à une figure énigmatique destinée à entretenir les soupçons, le spectacle risque de reproduire le regard possessif du protagoniste sans parvenir à le mettre véritablement à distance. En revanche, si elle dispose d’une subjectivité propre, le conflit devient une confrontation entre deux individus dont les expériences et les interprétations peuvent diverger.</strong></p>
<p><strong>Cette question rejoint les préoccupations du théâtre contemporain concernant la représentation des rapports de genre et la distribution de la parole. La qualité dramaturgique du personnage féminin se mesure notamment à sa capacité de résister à une définition entièrement imposée par le personnage masculin.</strong></p>
<p><strong>La présence de Mohammed CHAHIR sur scène a ouvert la possibilité d’une structure triangulaire dans laquelle ce troisième personnage pourrait agir comme témoin, médiateur, contradicteur ou révélateur ou le double du personnage principal.</strong></p>
<p><strong>Sur le plan dramaturgique, cette troisième présence peut être déterminante dans une pièce fondée sur le doute. Elle est susceptible d’introduire une version alternative des événements, de déplacer les soupçons ou de mettre en évidence les contradictions du protagoniste. Elle peut également remplir une fonction plus subtile : rendre visible le fait que la vérité se construit dans un réseau de relations et de discours, et non dans la seule conscience d’un individu. L’efficacité de ce dispositif dépend de la nécessité de chaque intervention. Le troisième personnage ne doit pas uniquement ajouter une énigme supplémentaire ; son rôle a contribué à transformer la compréhension du conflit.</strong></p>
<p><strong>L’espace dramatique : la maison comme lieu d’enfermement psychique</strong></p>
<p><strong>Le choix de situer l’action dans la maison de l’avocat revêt une importance dramaturgique particulière. La maison est traditionnellement associée à l’intimité, à la protection et à la stabilité. Or, dans « Zone grise », cet espace devient le théâtre d’une dégradation progressive de la confiance et de la sécurité affective. Le lieu domestique peut ainsi être interprété comme un espace paradoxal : il protège les personnages du regard extérieur tout en intensifiant leur confrontation. Les tensions qui pourraient être contenues dans l’espace public se développent ici sans médiation, au sein d’un univers où chaque geste et chaque silence peuvent acquérir une signification disproportionnée.</strong></p>
<p><strong>Cette transformation de l’espace quotidien en lieu d’oppression rappelle le dispositif de Huis clos (1944) de Jean-Paul Sartre. Dans cette pièce, l’enfermement spatial permet de matérialiser la dépendance des personnages au regard d’autrui. L’espace ne constitue pas un simple décor ; il devient une condition de l’action et un opérateur philosophique.</strong></p>
<p><strong>La différence demeure importante : chez Sartre, l’enfermement possède une dimension métaphysique explicite, tandis que, dans « Zone grise », il semble lié à la crise conjugale et à la déstabilisation psychologique du protagoniste. La comparaison permet néanmoins de poser une question esthétique centrale : comment l’espace scénique peut-il traduire une contrainte qui n’est pas uniquement physique, mais également affective et mentale ?</strong></p>
<p><strong>La scénographie comme écriture dramaturgique</strong></p>
<p><strong>La scénographie d’Asmae Hammouch et les costumes participent nécessairement à l’identité visuelle du spectacle, mais leur efficacité ne peut être évaluée à partir des seuls crédits artistiques. Dans une œuvre centrée sur les obsessions et l’instabilité du réel, la scénographie pourrait remplir plusieurs fonctions : installer un cadre domestique reconnaissable, matérialiser la séparation entre les personnages, organiser des zones de visibilité et d’opacité, ou encore traduire les transformations de l’espace mental. Sur ce, il convient donc pour nous et pour le spectateur de distinguer ici la scénographie illustrative de la scénographie dramaturgique.</strong></p>
<p><strong>La première fournit un environnement cohérent avec le récit. La seconde participe activement à la production du sens : elle organise les déplacements, conditionne les rapports de force et modifie la manière dont le spectateur perçoit l’action. Une porte, un miroir, une fenêtre ou un espace inaccessible peuvent, par exemple, acquérir une valeur dramatique lorsqu’ils déterminent ce qui peut être vu, caché ou imaginé. Mais ces objets ne deviennent signifiants que par leur utilisation effective dans le spectacle. Le critère esthétique essentiel est donc celui de la nécessité : les éléments visuels installés à l’envers, sont-ils simplement présents sur scène, ou interviennent-ils dans la construction du sens et de l’expérience dramatique ?</strong></p>
<p><strong>Lumière, son et temporalité : les possibilités d’une esthétique de l’incertitude</strong></p>
<p><strong>La confusion entre passé et présent pose un problème spécifiquement théâtral : comment représenter une temporalité qui ne se déroule plus de manière strictement linéaire ? La lumière peut contribuer à différencier les régimes temporels, à isoler certains personnages ou à modifier la perception d’un même espace. Le son peut créer des récurrences, faire surgir des traces du passé ou produire une discontinuité entre ce qui est entendu et ce qui est visible.</strong></p>
<p><strong>Sur le plan esthétique, l’intérêt des dispositifs dépendrait de leur articulation avec l’action. Une rupture lumineuse, une répétition sonore ou une modification du rythme ne devraient pas seulement signaler un trouble psychologique. Elles devraient également transformer le rapport du spectateur à l’événement représenté. Une esthétique de l’incertitude exige donc une organisation précise de l’indétermination. La scène peut troubler les repères du public, mais elle doit conserver une cohérence dramaturgique suffisante pour que ce trouble devienne une expérience de pensée plutôt qu’une simple désorientation.</strong></p>
<p><strong>Le jeu de l’acteur : incarner l’obsession sans la réduire à la pathologie</strong></p>
<p><strong>L’interprétation constitue un enjeu majeur pour un spectacle dont le matériau dramatique repose sur la fragilité psychologique et la déformation de la perception. Le metteur en scène Ayoub ABOUNASR a fait en quelques sorte que le travail des trois comédiens — Hanan Al Allam, Ismail Alaoui et Mohammed Chahir — appelle, dans cette perspective, une réflexion sur les rapports entre intériorité, corporéité et expression scénique.</strong></p>
<p><strong>La représentation de l’obsession pose une difficulté spécifique : comment donner une forme visible à un processus mental sans recourir à des signes conventionnels qui réduiraient le personnage à une figure stéréotypée de la folie ?</strong></p>
<p><strong>Une interprétation nuancée peut s’appuyer sur la précision du geste, les ruptures du rythme, les hésitations, les silences et les variations de la voix. L’obsession devient alors perceptible non seulement à travers les paroles, mais aussi dans la manière dont le corps réagit à une situation, anticipe une menace ou se trouve incapable de sortir d’un comportement répétitif.</strong></p>
<p><strong>Le silence acquiert une fonction dramatique importante dans cette pièce. Il traduit une impossibilité de formuler une pensée, une résistance à la parole de l’autre voire un moment pendant lequel le personnage principal construit intérieurement une interprétation. Il devient ainsi une action, plutôt qu’une simple absence de dialogue.</strong></p>
<p><strong>Cette conception du jeu demande du metteur en scène un travail d’articulation étroite entre le texte, le corps et le rythme de la représentation. Parce que le comédien ne doit pas uniquement exprimer un état psychologique préexistant : il doit rendre visible sa transformation au cours de l’action. La même exigence s’applique au personnage de l’épouse. Son jeu doit permettre de distinguer ce qui relève de ses intentions propres de ce que le protagoniste projette sur elle. Une telle distinction est fondamentale si le spectacle entend maintenir une véritable ambiguïté plutôt que de confirmer automatiquement le point de vue de l’avocat.</strong></p>
<p><strong>La dramaturgie de la mémoire : temporalités disloquées et représentation du réel</strong></p>
<p><strong>La mémoire constitue l’un des axes essentiels de « Zone grise ». Son intervention dans l’action contribue à fragiliser la distinction entre les événements vécus et les significations que le protagoniste leur attribue.</strong></p>
<p><strong>Dans une dramaturgie conventionnelle, le passé est généralement présenté comme un ensemble d’événements antérieurs qui permettent d’expliquer le présent. Dans une dramaturgie de la subjectivité, au contraire, le passé peut revenir sous une forme fragmentaire, contradictoire ou affectivement transformée. Le souvenir n’est plus une simple information : il devient une force qui agit sur le présent.</strong></p>
<p><strong>Cette construction voulue par l’écrivaine du texte et par le metteur en scène ouvre la possibilité d’une temporalité discontinue, dans laquelle le spectateur doit réviser constamment son interprétation des scènes. Une telle organisation peut être rapprochée de La Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Dans cette pièce, les souvenirs de Willy Loman s’entrelacent avec les événements présents et rendent perceptible la désagrégation de son rapport à la réalité. Le passé n’est pas simplement raconté ; il est incorporé à la structure même de l’action théâtrale.</strong></p>
<p><strong>La comparaison permet de dégager un critère important pour l’analyse de « Zone grise » : le retour des souvenirs produit-il une transformation de la compréhension du personnage, ou sert il principalement à répéter des informations déjà connues ?</strong></p>
<p><strong>Dans le premier cas, la mémoire possède une véritable fonction dramaturgique. Elle contribue à révéler les contradictions du protagoniste, à réorganiser les rapports entre les personnages et à mettre en question la fiabilité des perceptions. Dans le second, elle risque de devenir un procédé répétitif, qui entretient l’atmosphère sans faire progresser l’action. L’enjeu esthétique réside donc dans la transformation du temps en matière dramatique. La mémoire doit agir sur le présent, le modifier et, éventuellement, rendre impossible le retour à une interprétation initiale.</strong></p>
<p><strong>Le titre Zone grise : une métaphore esthétique et philosophique</strong></p>
<p><strong>Le titre possède une valeur programmatique. Il annonce un univers dans lequel les oppositions binaires perdent leur évidence et où le spectateur est conduit à examiner les limites de ses propres certitudes. Le gris ne représente pas nécessairement l’absence de vérité. Il peut désigner l’espace de confrontation entre plusieurs versions du réel, plusieurs mémoires ou plusieurs interprétations dont aucune ne s’impose immédiatement comme définitive. Cette métaphore prend tout son sens lorsque l’on distingue trois niveaux d’incertitude.</strong></p>
<p><strong>Le premier concerne les faits : que s’est-il réellement passé dans l’affaire judiciaire et dans la relation conjugale ? Le deuxième concerne les sujets : dans quelle mesure les personnages sont-ils capables de comprendre leurs propres motivations et celles des autres ? Le troisième concerne le spectateur : à partir de quels indices construit-il son interprétation de ce qu’il voit ?</strong></p>
<p><strong>La portée esthétique du spectacle dépendrait de la manière dont ces trois niveaux interagissent. Si le public dispose d’informations contradictoires, il est amené à produire des hypothèses. Si ces hypothèses sont ensuite remises en question, son activité interprétative devient une composante de l’expérience théâtrale.</strong></p>
<p><strong>Cette participation intellectuelle rapproche potentiellement « Zone grise » de certaines dramaturgies modernes dans lesquelles le spectateur ne reçoit pas une vérité entièrement constituée, mais doit reconstruire les relations entre les événements, les discours et les personnages. La comparaison avec Pirandello est ici pertinente, celui-ci met en crise les rapports entre le personnage, l’acteur et la représentation. « Zone grise », d’après son synopsis, semble plutôt interroger les mécanismes subjectifs par lesquels une réalité devient croyable. Dans les deux cas, la représentation théâtrale peut devenir un lieu de réflexion sur les conditions de la connaissance. Le titre ne prendrait donc toute sa portée que si l’ambiguïté annoncée se traduisait concrètement dans la structure de l’œuvre et dans ses choix esthétiques.</strong></p>
<p><strong>Synthèse comparative avec le répertoire théâtral international</strong></p>
<p><strong>Les rapprochements précédents permettent de situer « Zone grise » dans une constellation dramaturgique qui associe le drame psychologique, le conflit conjugal et la crise de la représentation du réel.</strong></p>
<p><strong>Auteur et œuvre</strong><br />
<strong>Problématique centrale</strong><br />
<strong>Apport comparatif pour Zone grise</strong></p>
<p><strong>Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur (1921)</strong><br />
<strong>Instabilité de la vérité et crise de la représentation</strong><br />
<strong>Examiner les rapports entre événements, souvenirs et versions contradictoires</strong></p>
<p><strong>August Strindberg, La Danse de mort (1900)</strong></p>
<p><strong>Destruction du lien conjugal et lutte pour le pouvoir</strong><br />
<strong>Étudier la jalousie comme mécanisme de domination et de déstabilisation</strong></p>
<p><strong>Jean-Paul Sartre, Huis clos (1944)</strong><br />
<strong>Dépendance au regard d’autrui et enfermement</strong><br />
<strong>Interroger la manière dont le regard de l’épouse affecte l’identité du protagoniste</strong></p>
<p><strong>Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf ? (1962)</strong><br />
<strong>Illusion, violence verbale et fragilité de l’intimité</strong><br />
<strong>Évaluer la capacité du dialogue à devenir un instrument de conflit et de révélation</strong></p>
<p><strong>Arthur Miller, La Mort d’un commis voyageur (1949)</strong></p>
<p><strong>Échec social, mémoire et désagrégation identitaire</strong></p>
<p><strong>Relier la crise psychologique aux conséquences de la perte professionnelle</strong></p>
<p><strong>Ces œuvres ne constituent pas des modèles auxquels « Zone grise » devrait nécessairement se conformer. Elles offrent plutôt des instruments critiques permettant d’interroger sa singularité. La comparaison internationale ne doit pas non plus conduire à mesurer mécaniquement une œuvre marocaine à l’aune de références européennes ou américaines. L’intérêt de cette mise en perspective consiste à inscrire le spectacle dans une histoire partagée des formes théâtrales, tout en laissant ouverte la question de sa contribution propre au théâtre marocain contemporain.</strong></p>
<p><strong>La singularité d’une œuvre ne réside pas uniquement dans le caractère universel de ses thèmes, mais dans la manière dont elle les transforme en une expérience esthétique située, portée par une écriture, une sensibilité et des choix scéniques particuliers.</strong></p>
<p><strong>Enfin, « Zone grise », de Chaimae El Mzine, mise en scène par Ayoub Abounnasr et interprétée par Hanan Al Allam, Ismail Alaoui et Mohammed Chahir, présente, à travers les éléments narratifs précités, un dispositif dramaturgique qui associe la crise identitaire, l’obsession conjugale et l’incertitude de la perception.</strong></p>
<p><strong>La perte professionnelle de l’avocat constitue le point de départ d’un processus dans lequel le doute se transforme progressivement en principe d’organisation du réel. La maison devient le lieu d’une confrontation entre les personnages, tandis que la mémoire et les soupçons contribuent à fragiliser la distinction entre les événements et leurs interprétations.</strong></p>
<p><strong>La mise en perspective avec Pirandello, Strindberg, Sartre, Albee et Miller fait apparaître les principales dimensions de ce dispositif : la relativité des représentations, la violence de l’intimité, le pouvoir du regard d’autrui, la fragilité de l’identité sociale et la discontinuité de la mémoire.</strong></p>
<p><strong>La question centrale est alors de savoir si le spectacle parvient à transformer l’obsession en un véritable principe dramaturgique et esthétique. L’obsession ne devient pleinement théâtrale que lorsqu’elle affecte la structure de l’action, les rapports entre les personnages, le rythme de la représentation et la position du spectateur.</strong></p>
<p><strong>Dans cette perspective, « Zone grise » peut être envisagée comme une tentative d’exploration des limites de la connaissance individuelle. Elle pose une question qui dépasse le seul conflit conjugal : comment distinguer la réalité de ce que nos peurs, nos désirs et nos souvenirs nous conduisent à croire ? Sa portée philosophique potentielle réside précisément dans cette tension. La vérité ne se confond ni avec la certitude subjective ni avec l’accumulation des soupçons. Elle suppose un effort de discernement, la confrontation des interprétations et la reconnaissance de la possibilité de se tromper.</strong></p>
<p><strong>La zone grise ne serait donc pas seulement le territoire de l’indécision. Elle pourrait représenter l’espace critique où le sujet est contraint de remettre en question ses propres certitudes. La singularité dramaturgique de « Zone grise » se situerait ainsi dans sa capacité à faire de l’obsession individuelle une interrogation théâtrale sur la fragilité du réel, sur la responsabilité du sujet et sur la difficulté de connaître autrui sans le réduire à ses propres représentations.</strong></p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
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		<title>[VIDEO] Festival Maghrébin du Film: hommage à l&#8217;actrice oujdie Noufissa Benchehida</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 19:44:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Le Festival international du film du Maghreb a rendu hommage, lors de sa quinzième édition, à l&#8217;actrice marocaine Noufissa Benchehida, originaire d&#8217;Oujda, pour l&#8217;ensemble de sa carrière artistique et sa contribution à l&#8217;enrichissement du paysage cinématographique et télévisuel marocain. &#160; &#160; Cet hommage revêt une signification particulière pour l&#8217;artiste, profondément attachée à sa ville natale, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le Festival international du film du Maghreb a rendu hommage, lors de sa quinzième édition, à l&rsquo;actrice marocaine Noufissa Benchehida, originaire d&rsquo;Oujda, pour l&rsquo;ensemble de sa carrière artistique et sa contribution à l&rsquo;enrichissement du paysage cinématographique et télévisuel marocain.</strong></p>
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<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Cet hommage revêt une signification particulière pour l&rsquo;artiste, profondément attachée à sa ville natale, où elle est revenue partager ce moment de reconnaissance artistique avec le public.</strong></p>
<p><strong>La passion de Noufissa Benchehida pour le théâtre a débuté durant ses années d&rsquo;école, avant qu&rsquo;elle n&rsquo;entreprenne une formation artistique et ne se lance dans le cinéma et la télévision.</strong></p>
<p><strong>Elle s&rsquo;est fait connaître du public marocain grâce à la série « Al-Qadiya » (L&rsquo;Affaire), dans laquelle elle incarnait l&rsquo;inspectrice de police scientifique Zainab Al-Hajami. Elle a également joué dans des films notables, tels que « Aida » d&rsquo;Idriss El Marini, « Un kilomètre dans mes chaussures » de Saïd Khallaf et « À la recherche du pouvoir perdu » de Mohamed Ahed Bensouda.</strong></p>
<p><strong>Benchehida a remporté le prix de la meilleure actrice au Festival du film africain FESPACO 2017 pour sa performance dans le film « À la recherche du pouvoir perdu », et a également été récompensée pour d&rsquo;autres contributions au cinéma.</strong></p>
<p><strong>Son hommage à Oujda salue une carrière artistique riche et variée de plus de vingt ans et célèbre une artiste qui s&rsquo;est imposée grâce à différents rôles dans le théâtre et le cinéma marocains. </strong></p>
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		<title>MAHMOUD ARCHANE FACE À LA MÉMOIRE DES ANNÉES DE PLOMB : QUAND LA TRIBUNE PARLEMENTAIRE DEVIENT UN TRIBUNAL DE L’HISTOIRE</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 18:04:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Par : Mohamed KHOUKHCHANI Quelle mouche a donc piqué Mahmoud Archane pour qu’il choisisse la tribune parlementaire afin de s’en prendre à ses détracteurs, au risque de raviver les blessures encore ouvertes des années de plomb ? Il est des prises de parole qui, au lieu d’éclairer le débat public, réveillent les douleurs d’une mémoire &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par : Mohamed KHOUKHCHANI</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-220845" src="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/khukhus-.jpeg" alt="" width="1080" height="608" srcset="https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/khukhus-.jpeg 1080w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/khukhus--300x169.jpeg 300w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/khukhus--1024x576.jpeg 1024w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/khukhus--768x432.jpeg 768w, https://lecollimateur.ma/wp-content/uploads/2026/10/khukhus--390x220.jpeg 390w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /><br />
<strong>Quelle mouche a donc piqué Mahmoud Archane pour qu’il choisisse la tribune parlementaire afin de s’en prendre à ses détracteurs, au risque de raviver les blessures encore ouvertes des années de plomb ?</strong></p>
<p><strong>Il est des prises de parole qui, au lieu d’éclairer le débat public, réveillent les douleurs d’une mémoire collective que le temps n’a pas effacée. L’intervention de Mahmoud Archane, le 21 octobre 2026, à la Chambre des conseillers, à l’occasion des discussions consécutives à la présentation du programme gouvernemental par la Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, appartient manifestement à cette catégorie.</strong></p>
<p><strong>Au lieu de concentrer son intervention sur les orientations du nouvel exécutif, les engagements annoncés et les attentes pressantes des citoyennes et des citoyens, l’ancien commissaire de police a choisi de répondre aux critiques suscitées par sa participation aux consultations politiques, en s’en prenant à ses détracteurs et en les qualifiant notamment de « cinquième colonne ». Il a même lancé un défi en proposant une confrontation télévisée pour déterminer, selon ses propres termes, qui seraient les véritables bourreaux.</strong></p>
<p><strong>Mais depuis quand la télévision constitue-t-elle le lieu approprié pour trancher des accusations aussi graves que celles qui se rapportent à la torture, aux détentions arbitraires et aux autres violations des droits humains ?</strong></p>
<p><strong>Des accusations qui ne peuvent être balayées d’un revers de main.</strong></p>
<p><strong>Le nom de Mahmoud Archane est associé, depuis de nombreuses années, à des témoignages et à des accusations concernant les violations commises durant les années de plomb, notamment au centre de détention et d’interrogatoire de Derb Moulay Chérif, à Casablanca.</strong></p>
<p><strong>Ces accusations, portées publiquement par des victimes présumées et relayées par des organisations de défense des droits humains, ne sauraient être assimilées à de simples querelles entre acteurs politiques. Elles touchent à une question fondamentale : celle du droit des victimes à la vérité, à la reconnaissance des souffrances endurées et, lorsque les conditions légales le permettent, à l’établissement des responsabilités.</strong></p>
<p><strong>Il convient néanmoins de distinguer les témoignages, les accusations et les responsabilités judiciairement établies. La gravité des faits allégués exige précisément que la vérité soit recherchée avec rigueur, dans le respect des droits de toutes les personnes concernées.</strong></p>
<p><strong>Ce rappel n’atténue en rien l’exigence de justice. Il en constitue, au contraire, une condition essentielle.</strong></p>
<p><strong>La colère des organisations de défense des droits humains.</strong></p>
<p><strong>La réaction collective rendue publique le 23 octobre par cinq organisations marocaines de défense des droits humains témoigne de la profondeur du malaise provoqué par cette intervention.</strong></p>
<p><strong>L’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), le Forum marocain pour la vérité et la justice (FMVJ), l’association Adala pour le droit à un procès équitable, l’Institut Prometheus pour la démocratie et les droits humains et Le Médiateur pour la démocratie et les droits humains ont dénoncé des propos qu’ils considèrent comme une atteinte à la mémoire des victimes et une tentative de discréditer ceux qui réclament la vérité.</strong></p>
<p><strong>Leur réaction soulève une question qui dépasse la personne de Mahmoud Archane : peut-on prétendre consolider l’État de droit tout en laissant les blessures du passé devenir l’objet de confrontations médiatiques où les victimes risquent une nouvelle fois de se sentir reléguées au second plan ?</strong></p>
<p><strong>La réconciliation nationale ne signifie ni l’oubli imposé ni l’effacement des responsabilités. Elle suppose la reconnaissance des souffrances, la préservation de la mémoire et la mise en œuvre des garanties destinées à empêcher la répétition des violations.</strong></p>
<p><strong>Les années de plomb ne sont pas une page blanche.</strong></p>
<p><strong>Le Maroc a engagé, avec l’Instance équité et réconciliation, un processus important de reconnaissance des violations passées et de réparation de leurs conséquences. Cette expérience a marqué une étape significative dans le traitement institutionnel des atteintes graves aux droits humains.</strong></p>
<p><strong>Mais le travail de mémoire ne peut être réduit à une cérémonie officielle, à un rapport historique ou à une formule politique.</strong></p>
<p><strong>Il interpelle encore les institutions, les responsables publics et les générations qui n’ont pas directement connu cette période. Car une société qui aspire à renforcer ses institutions démocratiques doit pouvoir regarder son histoire en face, sans instrumentalisation partisane, sans intimidation des témoins et sans déni des souffrances.</strong></p>
<p><strong>Dès lors, le véritable enjeu n’est pas de savoir qui remportera une confrontation télévisée. Il est de déterminer comment les témoignages peuvent être recueillis, comment les archives peuvent être préservées et comment les mécanismes judiciaires appropriés peuvent contribuer à établir la vérité.</strong></p>
<p><strong>La mémoire des victimes n’est ni une arme de propagande ni une monnaie d’échange politique. Elle constitue une exigence de dignité humaine et de responsabilité collective.</strong></p>
<p><strong>Le Parlement mérite mieux que des règlements de comptes.</strong></p>
<p><strong>La Chambre des conseillers est une institution constitutionnelle dont les débats doivent contribuer au contrôle de l’action gouvernementale, à l’évaluation des politiques publiques et à la représentation des intérêts de la nation.</strong></p>
<p><strong>Que des responsables politiques y expriment leurs désaccords est parfaitement légitime. Qu’ils interrogent le gouvernement sur ses choix, contestent ses orientations ou défendent les intérêts de leurs électeurs relève même de leur mission.</strong></p>
<p><strong>Mais lorsque la discussion sur un programme gouvernemental se transforme en confrontation autour d’accusations liées aux violations des droits humains, il appartient à chacun de mesurer la portée de ses paroles et de respecter la dignité des personnes concernées.</strong></p>
<p><strong>La liberté d’expression ne saurait être confondue avec un droit de disqualifier ceux qui réclament vérité et justice. Pas plus que la présomption d’innocence ne saurait servir à balayer les témoignages de victimes présumées sans examen sérieux.</strong></p>
<p><strong>Quant à la proposition de Mahmoud Archane d’organiser un débat télévisé, elle appelle une réponse simple : le débat public peut contribuer à éclairer l’opinion, mais il ne remplace ni une enquête indépendante ni une procédure judiciaire équitable.</strong></p>
<p><strong>Si les accusations sont contestées, c’est par la confrontation rigoureuse des témoignages, des documents et des faits que les responsabilités doivent être examinées, et non par la surenchère verbale.</strong></p>
<p><strong>Une question demeure : quel message adresse-t-on aux victimes ?</strong></p>
<p><strong>Au-delà de la controverse immédiate, une interrogation persiste : quel message les institutions marocaines adressent-elles aux victimes des années de plomb et à leurs familles lorsque des personnalités associées à cette période reviennent au premier plan de la vie politique sans que les interrogations sur leur passé aient trouvé de réponse satisfaisante ?</strong></p>
<p><strong>La question ne porte pas sur le droit d’un citoyen à participer à la vie politique. Elle porte sur la cohérence entre les engagements proclamés en faveur des droits humains et la manière dont les institutions affrontent les héritages douloureux de leur propre histoire.</strong></p>
<p><strong>La confiance démocratique ne se décrète pas. Elle se construit par la transparence, la reconnaissance des souffrances, le respect des victimes et l’égalité de tous devant la loi.</strong></p>
<p><strong>Au fond, Mahmoud Archane peut contester les accusations portées contre lui et défendre publiquement sa version des faits. Mais les victimes présumées et les organisations qui les soutiennent ont, elles aussi, le droit de faire entendre leur voix, sans être assimilées à une quelconque entreprise de déstabilisation.</strong></p>
<p><strong>La véritable grandeur d’un État de droit ne réside pas dans sa capacité à faire taire les controverses, mais dans sa volonté de permettre à la vérité d’émerger, quelles que soient les personnes concernées.</strong></p>
<p><strong>Les années de plomb appartiennent à l’histoire du Maroc, mais les exigences de vérité, de justice et de non-répétition appartiennent à son présent et à son avenir.</strong></p>
<p><strong>Et c’est précisément pour cette raison que la mémoire des victimes mérite mieux qu’un duel télévisé : elle mérite des réponses, des garanties institutionnelles et, lorsque le droit le permet, une justice indépendante.</strong></p>
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		<title>Aéroport de Rabat-Salé : déploiement du dispositif de dépose-bagages automatisée “Self Bag Drop” (ONDA)</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Oct 2026 12:31:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ACTUALITÉ]]></category>
		<category><![CDATA[ÉCONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Aéroport de Rabat-Salé]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;Aéroport de Rabat-Salé est désormais doté des dispositifs de dépose-bagages automatisée « Self Bag Drog », ouvrant la voie à un déploiement progressif dans l&#8217;ensemble des aéroports du Royaume, a annoncé, vendredi, Airports of Morocco (anciennement Office national des Aéroports – ONDA). « Après une première mise en service avec Royal Air Maroc à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, &#8230;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L&rsquo;Aéroport de Rabat-Salé est désormais doté des dispositifs de dépose-bagages automatisée « Self Bag Drog », ouvrant la voie à un déploiement progressif dans l&rsquo;ensemble des aéroports du Royaume, a annoncé, vendredi, Airports of Morocco (anciennement Office national des Aéroports – ONDA).</strong></p>
<p><strong>« Après une première mise en service avec Royal Air Maroc à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, le dispositif Self Bag Drop entre dans une nouvelle phase de déploiement à l’échelle nationale. L’objectif est de généraliser progressivement cette technologie dans les aéroports du Royaume afin de réduire les temps d’attente, d’optimiser le traitement des bagages et d’offrir aux voyageurs davantage d’autonomie », indique Airports of Morocco dans un communiqué.</strong></p>
<p><strong>L’aéroport Rabat-Salé constitue la première étape de cette généralisation. Six kiosques de dépose-bagages en libre-service viennent d’être installés au Terminal 2 pour les passagers de la compagne Ryanair. Cette nouvelle installation marque le passage à une logique de déploiement élargi, appelée à transformer durablement les opérations d’enregistrement dans les aéroports marocains.</strong></p>
<p><strong>Le dispositif repose sur un principe simple. Après leur enregistrement, les voyageurs peuvent déposer eux-mêmes leurs bagages en soute grâce à un parcours guidé et entièrement automatisé. Selon les estimations opérationnelles, cette technologie permet un gain potentiel de temps de 50 à 75%.</strong></p>
<p><strong>Près des deux tiers des flux de passagers des aéroports de Maroc sont désormais concernés par cette évolution du parcours aéroportuaire. Cette proportion illustre le potentiel de transformation du dispositif et l’importance de son déploiement à l’échelle du réseau national.</strong></p>
<p><strong>Le déploiement du Self Bag Drop vient compléter les autres avancées engagées par Airports of Morocco, notamment la généralisation progressive de la carte d’embarquement mobile et le dispositif Pax Check. Ces solutions permettent de simplifier chaque étape du parcours, depuis l’accès à l’aéroport jusqu’à l’embarquement, en s’appuyant sur des technologies éprouvées et des procédures plus fluides.</strong></p>
<p><strong>« Airports of Morocco fait ainsi de la digitalisation un outil de performance, de qualité de service et d’amélioration de l’expérience des millions de voyageurs qui empruntent chaque année les aéroports du pays », conclut le communiqué.</strong></p>
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