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Mutu et Diaz : le penalty comme sacrifice

Par: Marco BARATTO

Par: Marco BARATTO *

Le football n’est pas qu’un jeu. Dans certains contextes, il devient un révélateur des tensions politiques, sociales et identitaires. Les penalties manqués d’Adrian Mutu en 2008 et de Brahim Diaz lors de la finale de la Coupe d’Afrique en sont deux exemples frappants.

En 2008, le match Italie–Roumanie se déroule dans un contexte marqué par un racisme violent envers les Roumains vivant en Italie. Incendies de voitures, agressions, discours stigmatisants : la communauté roumaine est sous pression. Une victoire de la Roumanie aurait pu devenir un symbole dangereux.

Le penalty de Mutu, arrêté par Buffon, met fin aux espoirs roumains. Mais il évite aussi que le football ne devienne un catalyseur de violences.

Mutu porte seul la responsabilité sportive de l’échec. Pourtant, avec le recul, son geste prend une autre dimension. Il a assumé la défaite pour préserver une paix déjà fragile. Son sacrifice est celui d’un homme conscient que certaines victoires coûtent trop cher.

La finale de la Coupe d’Afrique oppose deux nations passionnées. Le penalty accordé au Maroc dans les dernières minutes provoque colère et menaces de quitter le terrain. Brahim Diaz manque son tir, et le Sénégal s’impose ensuite.

L’erreur de Diaz est vécue comme un drame national. Mais elle empêche aussi que la tension ne dégénère en désordres majeurs, au Maroc comme à l’étranger. Comme Mutu, Diaz sacrifie sa gloire personnelle pour préserver l’équilibre collectif.

Mutu et Diaz ne sont pas seulement des sportifs. Ils sont des hommes qui ont compris que le bien commun peut dépasser l’honneur individuel. Leur échec devient un acte de courage silencieux. Dans un monde où le football est souvent instrumentalisé, ils incarnent une autre forme d’héroïsme : celle du sacrifice conscient.

* Essayiste et analyste politique italien

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