
Par: Mohamed KHOUCHCHANI

À l’aube du 25 avril 2026, le Mali s’est réveillé dans un cauchemar longtemps redouté. Dans l’une des opérations terroristes les plus complexes et coordonnées de l’histoire du Sahel, des groupes djihadistes et séparatistes ont lancé une attaque simultanée visant la capitale Bamako et plusieurs villes stratégiques. Ce qui rend l’événement exceptionnel, ce n’est pas seulement son ampleur et son timing, mais l’identité de ses acteurs : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM), bras officiel d’Al-Qaïda au Sahel, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), coalition séparatiste à dominante touarègue. L’attaque n’était pas une simple opération militaire, mais un message politique retentissant portant une signature géographique et politique claire, qui a remis sur le devant de la scène les questions sur le rôle réel de l’Algérie dans la déstabilisation de son voisin.
Détails de l’attaque : une « ingénierie inversée de la terreur ».
Les attaques se sont distinguées par un niveau de coordination sans précédent, ciblant Bamako et Kati (fief du pouvoir militaire), Ségou, Gao (nord du pays) et Kidal (bastion historique des Touaregs). Les objectifs incluaient des sites hautement sensibles, notamment la base militaire de Kati et l’aéroport international de Bamako, contraint à une fermeture temporaire. Le Front de libération de l’Azawad a revendiqué le contrôle « total » de la ville de Kidal, une évolution qualifiée dans les cercles militaires et sécuritaires de « séisme stratégique ».
FLA/JNIM have reportedly taken over the Malian army position in Bourem, northern Mali. pic.twitter.com/I1qVwMeLdZ
— Brant (@BrantPhilip_) April 25, 2026
Bamako a fait état de 16 blessés parmi civils et militaires, et affirmé avoir « neutralisé » des « centaines » de terroristes, sans que les médias internationaux puissent vérifier ce bilan. Ce qui est certain, c’est que les attaques ont révélé une fragilité terrain plus large que ne le laissent entendre les communiqués officiels : les combats ont duré des heures, et des corps ont été vus dans les rues de Kidal et Gao.
L’alliance contre-nature : Al-Qaïda et les séparatistes ensemble.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a officiellement revendiqué les attaques dans un communiqué relayé par le groupe de surveillance SITE, affirmant les avoir menées « en coordination » avec le Front de libération de l’Azawad. L’organisation a déclaré que ces « victoires sont le fruit d’un travail coordonné » contre l’armée malienne et ses alliés russes, exprimant sa volonté d’éloigner la Russie du conflit.
Ce rapprochement n’est pas nouveau. Le chef du GSIM, Iyad Ag Ghaly, était lui-même un ancien chef séparatiste touareg avant d’embrasser la mouvance djihadiste et de prêter allégeance à Al-Qaïda. Ag Ghaly, classé terroriste par les États-Unis et l’ONU, ancien diplomate malien expulsé d’Arabie saoudite pour ses contacts avec des extrémistes, fait toujours l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale émis en 2017.
En résumé : ce qui s’est passé est une réédition du scénario de 2013, quand le groupe Ansar Dine, fondé par Ag Ghaly, avait tenté de s’emparer de Bamako en coordination avec Al-Qaïda au Maghreb islamique.
L’énigme géopolitique : pourquoi maintenant ?
La question la plus pressante est : pourquoi cette alliance entre Al-Qaïda et les séparatistes lance-t-elle une attaque aussi sensible à ce moment précis ? La réponse réside dans un contexte géopolitique aigu.
Quinze jours avant les attaques, le 10 avril 2026, le Mali a officiellement annoncé le retrait de sa reconnaissance de la pseudo « rasd » et déclaré son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie comme « seule solution crédible ». La décision intervient après « une analyse approfondie de la question du Sahara et de son impact sur la paix et la sécurité régionales », selon le communiqué du ministère malien des Affaires étrangères.
Ce revirement diplomatique soudain, après des années de reconnaissance malienne de l’entité fantoche, n’allait pas rester sans réponse. En Algérie, qui considère le dossier du Sahara comme une question existentielle, la décision malienne a été accueillie comme une « punition régionale » utilisant les leviers sécuritaires disponibles. L’Algérie, qui avait joué le rôle de médiateur dans l’« Accord de paix et de réconciliation » de 2015, avait vu le Conseil militaire malien annoncer début 2024 la « fin » de cet accord « avec effet immédiat ». Ainsi, l’Algérie a perdu sa seule carte diplomatique au Mali.
Les accusations maliennes croissantes : le voisin impitoyable.
Quelques jours avant les attaques, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a accusé des pays voisins « d’héberger et de soutenir des groupes terroristes, ou d’accueillir des forces ennemies menant des opérations contre nous ». Bien qu’il n’ait pas nommé l’Algérie, le timing et le contexte rendaient l’allusion claire. Le Niger s’est joint aux mêmes accusations contre des pays voisins, signe d’une tendance régionale à faire face au rôle algérien.
Dans un développement parallèle, des législateurs américains ont présenté un projet de loi visant à classer le « Polisario » comme « organisation terroriste », après que des rapports de renseignement ont révélé des relations étroites entre le Polisario et des groupes terroristes opérant dans la région sahélo-saharienne, y compris Al-Qaïda au Maghreb islamique et l’« État islamique dans le Grand Sahara », fondé par le « dissident » du Polisario Adnane Abou Walid al-Sahraoui.
L’Algérie : de médiateur régional à « soutien au terrorisme » ?
Les accusations contre l’Algérie ne sont pas seulement une narration malienne ; elles sont étayées par de multiples rapports sécuritaires et de renseignement. Des analyses de services de renseignement occidentaux indiquent que l’Algérie joue un « double jeu » au Sahel : elle prétend lutter contre le terrorisme, tout en permettant aux groupes terroristes de prospérer, voire en les utilisant comme levier de pression politique via ses unités spéciales loyalistes.
De nombreux rapports concordants confirment que le GSIM bénéficie d’un soutien direct en provenance de zones situées hors des frontières sahéliennes, notamment de l’Algérie, via des réseaux de financement, d’armement, de ravitaillement et de déplacement de combattants. De plus, le massif montagneux du Hoggar en Algérie a été pendant des années un lieu de rencontre entre Iyad Ag Ghaly et le défunt Mohamed Abdelaziz, chef du Polisario.
Le refus persistant de l’Algérie d’une coopération totale dans la lutte antiterroriste a renforcé cette thèse. Malgré les rapports faisant état d’une coopération sécuritaire avec le Niger, le déni algérien de tout rôle dans les attaques est resté la position officielle.
Réactions internationales : condamnations officielles et manœuvres diplomatiques.
Les États-Unis ont condamné les attaques, les qualifiant d’« acte terroriste », et ont exprimé leur solidarité avec le peuple et le gouvernement maliens. L’Union africaine a également condamné les attaques, les décrivant comme « des tentatives délibérées de déstabiliser le pays ». Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dénoncé ces actes, exprimé sa solidarité avec les Maliens et appelé à un soutien international coordonné face à la menace grandissante. L’Organisation de la coopération islamique a également condamné les attaques et réaffirmé son attachement à la sécurité du Mali. Quant à la Russie, elle a qualifié les attaques d’« actes criminels visant à saper la sécurité et la stabilité ».
Mais sur le terrain, la Russie semble elle-même peiner à soutenir ses alliés, après avoir réduit l’engagement de ses forces du « Corps africain » (successeur de Wagner) dans les opérations de terrain, laissant l’armée malienne supporter une charge plus lourde. Parallèlement, l’armée malienne a poursuivi ses opérations, affirmant avoir tué des centaines de terroristes et mené des ratissages à grande échelle.
Conclusion : le Sahel entre stabilité et chaos.
Ce qui s’est passé le 25 avril 2026 n’est pas une simple attaque terroriste, mais un tournant dans le conflit régional. La coordination étroite entre le Front de libération de l’Azawad séparatiste et le GSIM djihadiste dirigé par Iyad Ag Ghaly, opérant sous une couverture algérienne, a révélé une nouvelle stratégie visant à créer une réalité de terrain difficile à inverser.
Le timing de l’attaque – quelques jours seulement après le revirement malien sur le dossier du Sahara – prouve que le terrorisme n’est pas seulement un phénomène sécuritaire, mais un outil géopolitique par excellence. Alors que l’Algérie parle de son souci de la stabilité régionale, les faits de terrain dressent un tout autre tableau, qui menace de transformer l’ensemble de la région sahélo-saharienne en un vaste champ de règlements de comptes régionaux.
Le Mali se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : soit l’armée, avec le soutien de ses alliés, remporte une victoire décisive rétablissant la stabilité, soit nous entrons dans une nouvelle phase de déchirure régionale où l’Algérie redessine de nouvelles frontières de zones d’influence en utilisant les outils du terrorisme. Les jours à venir seront certainement décisifs pour déterminer le visage du Sahel pour les décennies à venir.





