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« L’autre proxy iranien que le monde ignore »: l’ancien envoyé de Trump au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, signe une tribune à charge contre le « polisario »

Dans une tribune publiée dans le prestigieux média américain « Semafor », Jason Greenblatt, ancien envoyé du président Trump au Moyen-Orient (2017-2019), avertit contre la menace que fait planer un autre mandataire de l’Iran, bien réel mais souvent oublié, en l’occurrence la milice du « polisario ». « Ignorer cet autre allié iranien serait une grave erreur », prévient le diplomate américain. Voici une traduction in extenso de sa tribune publiée sous le titre: « La guerre par procuration iranienne que le monde ignore ». 

Par: Jason D. Greenblatt*

« Alors que les États-Unis et Israël s’opposent directement à l’Iran, l’attention s’est surtout portée sur le Moyen-Orient. Mais un autre allié iranien étend discrètement son influence ailleurs, et presque personne n’y prête attention.

Maintenant que l’agression de Téhéran est enfin confrontée de front, ignorer ce bras armé serait une grave erreur.

Ce théâtre d’opérations se situe en Afrique du Nord. L’acteur principal est le Front Polisario.

Depuis des décennies, l’Iran perfectionne une stratégie visant à cultiver des mouvements armés non étatiques loin de ses frontières. Ces groupes émergent souvent comme de petits mouvements insurrectionnels ou séparatistes se présentant comme des acteurs politiques, mais agissant en réalité comme des organisations militantes et terroristes lourdement armées. Ils reçoivent de Téhéran un encadrement idéologique, une formation, des fonds et des armes. Avec le temps, ils déstabilisent les gouvernements, menacent la sécurité régionale et servent les ambitions de l’Iran sans que Téhéran ait à intervenir directement dans les combats.

Le monde a déjà constaté où mène cette stratégie au Liban, au Yémen et à Gaza, et les conséquences ont été dévastatrices.

Au Liban, le Hezbollah, initialement une milice, s’est transformé en une puissante organisation terroriste qui a sapé l’État libanais et soumis la souveraineté du pays à Téhéran. Au Yémen, les Houthis, partis d’une insurrection locale, sont devenus une force capable de menacer le transport maritime international, plongeant le pays dans des années de guerre et de désastre humanitaire. Le Hamas a joué un rôle similaire à Gaza.

Ces résultats sont le fruit de la stratégie délibérée de Téhéran, et le même schéma se répète en Afrique du Nord.

Le Front Polisario opère dans et autour du Sahara marocain, parfois appelé Sahara occidental. Il aspire à établir un État indépendant, la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976 lors du conflit armé qui l’opposait au Maroc. Rabat administre la majeure partie du territoire et considère le Polisario comme une milice armée menaçant son intégrité territoriale et la stabilité régionale. Aujourd’hui, seul un petit nombre de gouvernements reconnaissent la RASD, et plusieurs pays qui l’avaient reconnue par le passé lui ont retiré leur reconnaissance.

Les États-Unis ont clairement affirmé leur position en 2020 lorsque le président Donald Trump a formellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara marocain. Cette décision a renforcé le soutien de Washington à un allié de longue date : en 1777, le Maroc est devenu le premier pays à reconnaître les États-Unis et demeure l’un des partenaires les plus importants de l’Amérique en matière de sécurité en Afrique du Nord.

La reconnaissance de Trump a également constitué un élément de la percée diplomatique qui a conduit le Maroc à normaliser ses relations avec Israël dans le cadre des accords d’Abraham en décembre 2020, un coup diplomatique que de nombreux observateurs jugeaient autrefois impossible.

Les relations de l’Iran avec le Front Polisario sont bien antérieures à ces événements. Téhéran a reconnu la soi-disant République arabe sahraouie démocratique dès 1980, et ses liens avec le Polisario se sont renforcés depuis.

Le Maroc a accusé à plusieurs reprises l’Iran et le Hezbollah de fournir entraînement, soutien logistique et armes aux combattants du Polisario. Lorsque l’Iran s’intègre à des groupes armés comme le Polisario, son objectif n’est pas un soutien symbolique. Téhéran y gagne en influence, en capacité opérationnelle et en aptitude à déstabiliser des régions par le biais de groupes armés interposés plutôt que par une confrontation directe.

Les États-Unis n’ont pas désigné le Front Polisario comme organisation terroriste étrangère et le décrivent généralement comme un mouvement armé séparatiste impliqué dans un conflit territorial. Cependant, l’absence de désignation officielle n’élimine pas le risque stratégique.

L’histoire nous adresse un avertissement clair.

Pendant des années, le Hezbollah a été perçu sur la scène internationale comme un acteur politique complexe, et non comme ce qu’il était en train de devenir : un groupe armé supplétif de l’Iran qui a fini par dominer le système politique et sécuritaire libanais tout en plongeant le pays dans l’effondrement économique. Au Yémen, les Houthis ont suivi une trajectoire similaire avant de devenir une force capable de menacer le commerce maritime mondial.

* Ancien représentant spécial du président Trump pour les négociations internationales (2017-2019)

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