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Les dimanches de DAOUDA. Smara, le « polisario » et l’entreprise suicidaire

Par: Aziz DAOUDA

Une nouvelle fois, Smara, ville emblématique du sud du Maroc, a été visée. Encore une fois, des projectiles tirés par le « polisario » sont venus rappeler que derrière les discours figés de la diplomatie régionale subsiste une réalité bien plus brutale: celle d’un état et d’un mouvement armé qui refusent l’évolution du dossier du Sahara vers une solution politique réaliste et définitive.

Pourquoi Smara tout particulièrement ?

C’est probablement pour la symbolique. C’est un centre du soufisme marocain et c’est là que les tribus de la région prêtaient allégeance aux sultans de l’Empire chérifien. C’est aussi de là que part la nouvelle jonction routière avec la Mauritanie. Une route appelée à jouer un rôle important dans le développement de la région et le désenclavement du Sahel.

Cette fois, pourtant, quelque chose a changé. Le monde ne s’est pas contenté d’observer en silence les agissements hasardeux du « polisario ». Les condamnations ont été rapides, fermes et explicites. Les USA, à travers leur représentation à l’ONU mais aussi leur ambassade à Alger, ont adopté un ton particulièrement ferme. La France également, a condamné sans ambiguïté ces attaques visant une zone civile. L’Espagne, l’UE, les Émirats Arabes Unis et des dizaines d’autres pays ont aussi exprimé leur mécontentement. Et pendant ce temps-là, Alger s’est murée dans un silence révélateur.

Ce silence n’est pas neutre. Il est politique.

Car il devient chaque jour plus difficile de soutenir que l’Algérie n’est «pas partie au conflit» tout en hébergeant, armant, finançant et protégeant diplomatiquement un mouvement qui revendique ouvertement des opérations terroristes contre le Maroc. Le décalage entre le discours officiel algérien et la réalité géopolitique devient désormais trop visible pour être crédible.

L’attaque de Smara intervient surtout à un moment très particulier du dossier saharien. Depuis plusieurs années déjà, la dynamique internationale évolue clairement en faveur du Maroc. La reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur les provinces du Sud a ouvert une séquence diplomatique nouvelle. L’Espagne a changé radicalement de position. La France a progressivement renforcé son soutien au plan d’autonomie et ne voit d’avenir à la région que sous souveraineté marocaine. Plusieurs pays africains, arabes et latino-américains ont consolidé leurs positions en faveur de Rabat.

Et voilà que le Japon, puissance mondiale réputée pour son extrême prudence diplomatique, vient lui aussi rejoindre le mouvement des États qui considèrent désormais le plan marocain comme la seule base sérieuse et crédible pour le règlement d’un conflit artificiel qui n’a que trop duré. Ce n’est pas un détail. Lorsqu’un pays comme le Japon bouge, cela signifie que les équilibres internationaux ont profondément changé.

Face à cette dynamique, le Polisario se retrouve enfermé dans une impasse stratégique. Son discours «révolutionnaire» sans révolution, appartient à un autre âge. Sa capacité de mobilisation internationale s’érode. Son narratif tiers-mondiste ne séduit plus grand-monde dans un contexte dominé par les impératifs de stabilité, d’intégration économique et de sécurité régionale. De plus en plus, les États se rendent compte de l’arnaque.

Tindouf n’est pas peuplé de ressortissants ayant fui le Maroc. Il s’agit plutôt d’une majorité de différentes origines séquestrées à l’intérieur d’une zone militaire sans aucun droit, et d’une minorité de Marocains originaires de la région en question.

Dès lors, que reste-t-il au Polisario ?

La tension militaire.

Non pas pour gagner une guerre qu’il sait impossible à remporter, mais pour tenter de peser sur les futures négociations et surtout sur l’avenir de la MINURSO. Car derrière les attaques sporadiques se cache une logique politique précise, sans doute pas l’idée du seul « polisario »: empêcher toute normalisation définitive du dossier et maintenir artificiellement l’idée d’un «conflit ouvert» au moins jusqu’au terme de la présidence Trump.

Qu’est-ce qu’ils seraient heureux à Tindouf et Alger de voir le mandat de la MINURSO renouvelé ! Cela signifie bien sûr un conflit d’égal à égal, mais surtout la persistance de la zone tampon volontairement mise à disposition de la MINURSO par le Maroc, frange que le « polisario » appelle mensongèrement et grossièrement zone libérée!

Cependant, avec la nouvelle donne, le « polisario » et son parrain algérien savent parfaitement qu’avec le temps, le statu quo profite de moins en moins à leur cause. Paradoxalement, ils savent aussi qu’une résolution définitive et rapide du conflit consacrerait leur échec stratégique historique. Alors ils jouent la montre, qu’advienne que pourra.

Faire durer le conflit est devenu l’objectif principal d’Alger.

Non pour parvenir à une issue, mais précisément pour éviter qu’une solution ne s’impose définitivement autour de l’autonomie sous souveraineté marocaine. Le maintien d’une tension permanente permet à l’Algérie de conserver un levier géopolitique contre le Maroc, d’alimenter une rivalité régionale devenue structurelle et de détourner une partie de ses propres fragilités internes.

Dans cette logique, chaque avancée diplomatique marocaine provoque mécaniquement une montée des tensions orchestrées par le « polisario ». Chaque ouverture internationale vers Rabat entraîne une tentative de sabotage politique ou sécuritaire. Les Américains ne sont pas dupes. En véritables maîtres à bord, ils demandent le démantèlement sans délai des camps.

Le problème pour Alger est que le contexte international n’est plus celui des années 1970 ou 1980. Ils viennent de le palper à Ankara. Les grandes puissances regardent aujourd’hui le Sahara à travers le prisme de la stabilité, de la lutte contre le terrorisme au Sahel, des routes commerciales atlantiques et des investissements stratégiques africains. Ainsi, ils ne peuvent compter ni sur la Russie ni sur la Chine, dont les intérêts économiques au Maroc ne sont pas des moindres.

Et dans cette équation, le Maroc apparaît de plus en plus comme un pôle le stabilité tandis que le « polisario » donne l’image d’un acteur de déstabilisation.

L’attaque de Smara risque donc de produire exactement l’effet inverse de celui recherché. Au lieu de relancer la centralité diplomatique du « polisario », elle accélère son isolement. Au lieu de fragiliser le Maroc, elle conforte ceux qui considèrent désormais que l’initiative marocaine d’autonomie représente la seule issue crédible.

Le temps diplomatique joue aujourd’hui contre Alger et son poulain. Et c’est précisément ce qui rend la période actuelle particulièrement dangereuse. On ne sait pas ce qui peut se passer dans la tête de desperados ayant perdu 50 ans de leur vie et un paquet de milliards de dollars pour se voir dire basta. The game is over.

La proposition de Joe Wilson et de Jimmy Panetta a beaucoup gagné en soutien au Congrès américain. Ils sont désormais 12 co-parrains. Cela comptera beaucoup dans un avenir proche. L’attaque de Smara et celles du Mali leur donne raison et davantage de crédibilité.

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