
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’ingénierie des rêves brisés et le sifflet de l’ingratitude
Tu étais assis seul devant l’écran en cette nuit de janvier 2026, enveloppé par le silence de la pièce alors que ton être vibrait des espoirs de tout un peuple. Cette finale entre le Maroc et le Sénégal était bien plus qu’un match ; c’était l’évocation d’un demi-siècle d’attente. Tu regardais Bounou garder ses cages et El Aynaoui panser sa blessure à la tête pour continuer le combat.
Mais tu sentais une « algorithme » obscure se tramer ; un chaos orchestré détournant le jeu de son esprit sportif. Et quand le sifflet final a retenti, actant le vol de cette coupe, ce n’est pas la chute sportive que tu pleurais, mais le film des « sifflets traîtres » qui ont jalonné ton parcours chaque fois que tu approchais d’un nouveau sommet.
N’étais-tu pas, toi « l’enfant de Guercif », l’« ingénieur » des équilibres difficiles à Meknès ?
Souviens-toi des couloirs du Complexe « Ibtissama » (2009-2011). Tu n’y étais pas un simple gestionnaire, mais un « maestro » de l’humain, dirigeant quarante cadres au milieu d’un océan de douleurs. Rappelle-toi ces matins où tu entrais dans l’espace des personnes âgées ; tu lisais dans leurs yeux le naufrage de l’automne et tu leur rendais, par tes mots, la chaleur d’une famille. Puis, tu rejoignais les enfants des rues, ceux qui avaient fait du trottoir leur patrie, et tu t’asseyais parmi eux, non pas en costume de responsable, mais en père tentant de réparer une enfance en lambeaux. Tu « ingéniais » l’espoir à partir du néant, au point de devenir pour tous le « distributeur de sourires ».
Mais quel paradoxe cruel ! Alors que tu veillais sur les femmes en détresse et que tu parcourais les quatre ailes du centre pour garantir la dignité de chaque étranger, ta propre maison sombrait dans une « éclipse » silencieuse. Tu offrais la lumière à chaque recoin de Meknès, et tu rentrais affronter l’obscurité privée ; la joie avait déserté ton foyer lorsque l’élan de ta fille, « l’ingénieure inachevée », s’est brisé.
Imagine cette scène : ton téléphone brûle d’appels, les dossiers d’urgence s’empilent, et tu réponds présent même au cœur de la nuit. Tu étais l’« ingénieur » des solutions pour les citoyens, ouvrant les portes fermées et arrachant les droits aux griffes de la bureaucratie. Tu dessinais les cartes du futur pour les autres, mais tu restais impuissant face à l’« algorithme » du destin qui frappait ta fille. Elle, ton chef-d’œuvre, entrée à l’ENSA en 2012, représentait la plus belle tour de ton édifice personnel. Mais un séisme psychique en a ébranlé les fondations, te laissant face à ce dilemme philosophique : comment celui qui a sauvé des centaines d’âmes à « Ibtissama » peut-il être incapable de protéger le sourire de sa propre enfant ?
Le plus poignant fut le sifflet de l’ingratitude de tes camarades. Dès que le vacarme des fonctions s’est tu, ton téléphone est devenu un morceau de fer froid. Aucun de ceux dont tu avais « ingénié » la carrière ou servi les intérêts n’a appelé pour demander : « Mohamed, comment va ta fille ingénieure ? ». Tu as compris là que l’ingratitude d’un compagnon avec qui tu as partagé le pain et les rêves est des milliers de fois plus meurtrière que le sifflet d’un arbitre volant une coupe d’or. On guérit d’un trophée perdu, mais la cicatrice de la trahison fraternelle reste indélébile.
Pourtant, relève la tête ! Car le Maroc qui a perdu un match gagne aujourd’hui les paris de l’Histoire par sa souveraineté. Ta réussite, de l’instituteur au chef de cabinet, est un rouage de cette ascension.
Tu as fini par comprendre que la plus haute forme d’« ingénierie » n’est pas celle qui bâtit des édifices ou gère des institutions, mais ta capacité à réparer l’âme quand elle se brise. Si les coupes d’or se volent, si les sifflets trahissent et si les promesses des camarades s’évaporent, le sourire que tu as jadis semé dans le cœur d’un orphelin ou d’un vieillard solitaire reste le seul port qu’aucune tempête n’osera détruire. Repose-toi désormais, mon cœur, car tu n’es pas né pour récolter les louanges, mais pour laisser une trace.
