CARNETS SECRETS

Les Ports de la Vie (11). Mémoires d’un enfant de Guercif (1954–2026)

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Réflexions sur le temps présent : Le stade, miroir des nations

LE RECTANGLE VERT, LES FRONTIÈRES… ET LES CHEMINS DE LA VIE.

Alors que le Maroc vibre au rythme de la CAN 2025, tu fais halte dans le fil de tes souvenirs. Le football, que tu observes aujourd’hui comme un fait social et politique, réveille en toi une autre lecture, plus intime. Car si, dans le jeu, le but n’est jamais le fruit du hasard, la vie, elle, t’a longtemps semblé avancer sans plan écrit.

Sur un terrain de football, rien n’est laissé à l’improvisation : défense, milieu, attaque, gardien, tous œuvrent dans une harmonie pensée à l’avance. Chaque mouvement trouve sa source dans les consignes de l’entraîneur et de son staff, répétées durant les entraînements, ajustées selon l’adversaire, orientées vers un objectif clair : marquer sans se découvrir.

Et pourtant, ton propre parcours n’a pas obéi à cette logique apparente.

DU JEU COLLECTIF À LA DESTINÉE PERSONNELLE

Tu le sais aujourd’hui, avec le recul : l’amélioration des conditions de vie de ta famille — ce passage progressif du manque à une relative dignité — n’a pas été le fruit d’un projet mûrement planifié.

Lorsque tu devins, lors de ta première année dans la fonction publique, professeur de sciences naturelles, puis plus tard bénéficiaire d’une formation te permettant d’enseigner la langue française, tu n’avais pas tracé ce chemin à l’avance.

Ni avant l’obtention du baccalauréat, ni même après, tu n’imaginais intégrer le secteur de l’éducation et de la formation pour assurer à ta famille une vie plus stable. Ta famille, alors, se débattait dans la pauvreté, confrontée au manque sur presque tous les plans. Tu avançais, porté davantage par la nécessité que par une vision construite.

Ce n’est que bien plus tard — lorsque tu dispensais des cours de langue et de littérature françaises, puis lorsque tu devins formateur au même centre pédagogique où tu avais toi-même été formé à partir de l’année scolaire 1992-1993 — que la prise de conscience s’imposa.

CE QUE LE FOOTBALL T’A APPRIS SUR LA VIE

Tu compris alors une vérité simple et essentielle :

● lorsque les choses sont planifiées, les surprises diminuent ;

● lorsque les objectifs sont définis, l’avenir se construit avec lucidité.

Atteindre un résultat exige de fixer un cap, d’anticiper les obstacles et de confier la conduite du projet à des personnes compétentes dans leur domaine. Qu’il s’agisse de football, d’études ou de construction d’une existence digne, aucune réussite durable ne s’improvise.

Ce que tu cherches à transmettre ici n’est ni une leçon moralisatrice ni une certitude absolue, mais une expérience vécue : sans trajectoire pensée, on subit ; avec un chemin tracé, on agit.

LE STADE COMME RÉVÉLATEUR DES NATIONS

C’est à la lumière de cette conviction que tu observes aujourd’hui le football dans notre région. Alors que le Maroc accueille l’Afrique avec organisation, sérénité et ouverture, certains voisins transforment le sport en exutoire de frustrations politiques.

Chez eux, le football perd son caractère pacifique. D’une simple compétition disputée dans l’esprit du jeu, il devient un moment d’acharnement : contre le Maroc, contre l’arbitrage jugé hostile, contre la FIFA accusée de complot. Dirigeants, joueurs, supporters, réseaux sociaux et parfois même médias participent à cette mise en scène de la défaite refusée.

Incapables d’obtenir par la diplomatie ce que l’histoire et la résolution 2797 du Conseil de Sécurité du 31 octobre 2025 ont consacré concernant la marocanité du Sahara, ils ont déplacé le conflit vers le rectangle vert. Mais là encore, la vérité finit par s’imposer : le score ne ment pas.

LE TRIOMPHE DU RÉEL ET LA LEÇON POUR DEMAIN

La sélection algérienne n’a pas atteint le dernier carré. Face au Nigeria, le résultat fut clair : 2-0.

Au lieu de l’autocritique, les accusations.

Au lieu de la remise en question, le refuge dans le soupçon.

Toi qui as consacré ta vie à enseigner, tu sais que l’échec n’est fécond que lorsqu’il est assumé. Refuser de reconnaître ses limites, c’est se condamner à les répéter — pour un individu comme pour une nation.

Le football redeviendra un jeu.

Mais l’histoire retiendra ceux qui ont su planifier, construire et accueillir, et ceux qui ont préféré crier au complot faute d’avoir su se préparer.

C’est peut-être là, finalement, le sens profond de ce chapitre : offrir aux générations futures — parents, élèves, étudiants, éducateurs et même sportifs — non une morale, mais une boussole.

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