
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Il y a des allergies saisonnières, bénignes, que l’on traite à coups d’antihistaminiques. Et puis, il y a des allergies chroniques, profondes, presque existentielles. Celles qui ne relèvent ni de la médecine ni de la biologie… mais d’un imaginaire politique en crise. Bienvenue dans ce que l’on pourrait appeler, avec un brin d’ironie, la “marocophobie chromatique aiguë”.
Car oui, selon certains épisodes récents survenus dans des enceintes sportives, il semblerait que le drapeau marocain ne soit plus simplement un symbole national. Non. Il est devenu — tenez-vous bien — un objet hautement inflammable, une sorte de projectile psychologique, capable de déclencher des réactions de panique à la seule vue de ses couleurs.
Au fond, que reproche-t-on vraiment à ce rectangle rouge orné d’une étoile verte ? D’être trop visible ? Trop assumé ? Ou pire encore… trop associé à un pays qui avance ?
Quand un drapeau devient un “acteur politique”.
Dans certaines sphères officielles, le drapeau marocain semble avoir acquis un statut inédit : celui d’« acteur politique non déclaré ». Il ne flotte plus, il dérange. Il ne représente plus, il provoque. On ne le hisse plus… on l’évite soigneusement, comme on contourne un sujet qui fâche.
Lors d’un récent événement sportif en Algérie, des précautions presque chirurgicales auraient été prises pour éviter toute “contamination visuelle”. Une scène surréaliste où l’on se demande si l’on assiste à un match de football… ou à une opération de confinement symbolique.
Car enfin, depuis quand un drapeau constitue-t-il une menace sécuritaire ?
Soyons sérieux deux minutes — ou presque. Si un simple morceau de tissu provoque autant de crispation, c’est qu’il ne s’agit plus vraiment de tissu. C’est autre chose. Une projection. Un miroir, peut-être, dans lequel certains refusent de se regarder.
Le drapeau marocain, dans ce contexte, devient un révélateur. Il ne fait rien, mais il dit tout. Il ne parle pas, mais il dérange. Et surtout, il rappelle — de manière silencieuse mais insistante — qu’un pays peut exister autrement que dans la crispation permanente.
Une bataille perdue d’avance.
Interdire un drapeau, c’est un peu comme vouloir interdire une idée : cela fonctionne… jusqu’au moment où cela ne fonctionne plus du tout.
Car le problème avec les symboles, c’est qu’ils ne vivent pas uniquement sur les mâts. Ils vivent dans les esprits. Et là, aucune réglementation, aucune consigne protocolaire ne peut les atteindre.
À force de vouloir cacher le drapeau marocain, on finit par lui donner une visibilité qu’il n’avait même pas demandée. Une sorte de marketing involontaire, version géopolitique.
Le paradoxe de la peur.
Les États sûrs d’eux ne redoutent pas les symboles des autres. Ils les ignorent, au pire. Ils les respectent, au mieux. Mais ils ne les traquent pas comme des objets subversifs.
Lorsqu’un drapeau devient un problème, ce n’est jamais à cause de lui. C’est parce qu’il renvoie à quelque chose de plus profond : un déficit de confiance, une difficulté à convaincre, une incapacité à rivaliser autrement que par le déni.
En somme, le drapeau marocain ne fait pas peur pour ce qu’il est… mais pour ce qu’il représente.
Rouge comme une évidence, vert comme une persistance.
Le rouge n’est pas qu’une couleur. C’est une continuité. Une mémoire. Une présence historique qui ne s’efface pas sur simple décision administrative.
Quant à l’étoile verte, elle semble avoir un talent particulier : celui de réapparaître là où on ne l’attend pas. Un peu comme une idée tenace, difficile à contenir, encore plus difficile à effacer.
Conclusion : une allergie sans remède ?
La vérité, aussi ironique soit-elle, est simple : on ne guérit pas d’une allergie en supprimant l’objet… mais en traitant la cause.
Et dans ce cas précis, la cause n’est ni rouge, ni verte.
Elle est ailleurs. Profondément ailleurs.
En attendant, le drapeau marocain continue de flotter — parfois dans le vent, parfois dans les esprits — avec une insolente sérénité.
Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange le plus.



