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Les lundis de KHOUKHCHANI. Rendre aux jeunes Marocains leur juste place politique

Pour un Pacte générationnel

 

 

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

​L’anomalie démocratique : Un pays jeune, une élite figée.

​Au Maroc, la jeunesse n’est pas une catégorie que l’on consulte par simple courtoisie : elle constitue le cœur battant du pays. Avec les moins de 35 ans représentant environ un tiers de la population nationale selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), cette force numérique devrait être le moteur naturel de nos institutions. Pourtant, un fossé persistant sépare cette réalité démographique des centres de décision.

​La question n’est plus d’ordre sociologique ; elle est devenue un enjeu de crédibilité démocratique. Une sous-représentation chronique des jeunes dans les instances élues fragilise le contrat social et nourrit un désengagement politique alarmant chez une génération pourtant instruite, connectée et exigeante.

​Le verrou de la transhumance : protéger les parcours militants.

​L’un des obstacles majeurs à l’ascension de la jeunesse reste la mobilité opportuniste de responsables politiques chevronnés. Ce phénomène de « nomadisme électoral », où des élus changent d’étiquette à l’approche de chaque scrutin, transforme trop souvent les partis en simples véhicules électoraux plutôt qu’en pépinières de talents.

​Lorsqu’un « notable » migre d’une formation à une autre en emportant son assise électorale, il est quasi systématiquement récompensé par une position de tête. Ce faisant, il relègue aux positions inéligibles les jeunes cadres qui ont investi des années de militantisme au sein de l’organisation. Pour le jeune engagé, le message est dévastateur : la logistique électorale immédiate d’un transhumant pèse plus lourd que la fidélité et la compétence.

​Pour assainir ces trajectoires, trois leviers s’imposent :
● ​Un délai de carence électorale : Empêcher tout candidat ayant changé d’affiliation moins de 18 mois avant un scrutin de briguer une tête de liste.
● ​La sanctuarisation des investitures : Réserver un quota minimal de circonscriptions « gagnables » aux militants de moins de 40 ans, les protégeant des parachutages de dernière minute.
● ​La transparence interne : Généraliser des processus de désignation supervisés pour que la base puisse arbitrer entre la rente d’un notable et le renouveau d’un cadre local.

​S’inspirer des modèles de réussite internationale.

​Le renouvellement générationnel ne se décrète pas, il s’organise par des mécanismes institutionnels éprouvés ailleurs :
● ​Le levier financier (France) : En conditionnant une partie du financement public à des critères stricts de représentativité, on transforme l’incitation morale en une obligation comptable pour les partis.
● ​Les quotas institutionnels (Rwanda) : La réservation de sièges spécifiques assure une présence visible et constante des moins de 30 ans, empêchant la reproduction automatique des mêmes élites.
● ​L’alternance sur les listes (Pays nordiques) : La pratique systématique de l’alternance générationnelle sur les listes proportionnelles garantit que la jeunesse soit perçue non comme une menace, mais comme une garantie de vitalité.

​Quatre piliers pour une réforme systémique au Maroc.

​Pour passer de l’intention à l’action, le Maroc doit instaurer un cadre à la fois contraignant et incitatif :

1. ​Conditionner le financement public : L’État devrait majorer les subventions des partis au prorata du nombre de jeunes investis dans des circonscriptions compétitives et effectivement élus.
2. ​Instaurer une alternance obligatoire : Sur les listes proportionnelles, imposer un candidat de moins de 40 ans toutes les deux positions pour garantir une visibilité réelle.
3. ​Investir dans le capital civique : Créer une École nationale de leadership public et des fonds dédiés aux campagnes des jeunes candidats pour transformer leur potentiel académique en impact politique.
4. ​Institutionnaliser le mentorat : Favoriser la transmission d’expérience entre générations plutôt que la confrontation, pour assurer une continuité sereine de l’État.

​La stabilité par le renouvellement.

​Le risque pour nos institutions n’est pas l’ouverture, mais l’inertie. Une jeunesse exclue des centres de décision finit par se détourner des urnes, tandis qu’une jeunesse associée aux responsabilités devient la co-gestionnaire du destin national.

​Le Maroc a su innover dans de nombreux chantiers stratégiques, de l’industrie aux réformes sociétales. Il est temps d’ouvrir celui du Pacte générationnel. Il ne s’agit pas d’opposer les âges, mais d’assurer la pérennité de la nation par son renouvellement naturel. La jeunesse marocaine ne demande pas un privilège, elle réclame une chance équitable. Et cette chance doit désormais être organisée par la loi.

 

 

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