
Par: Aziz DAOUDA

Il fallait oser. Ibrahim Ghali l’a fait. Depuis les camps de Tindouf, cet espace hors droit et hors temps, le chef du « polisario » a cru bon d’annoncer sa disponibilité à « partager la facture de la paix » avec le Maroc. Il faut en préciser le contexte pour bien comprendre le dessein. La déclaration a été faite la veille du départ pour Madrid où l’ambassade américaine, ce dimanche-ci, abriterait une réunion où le Maroc exposerait son plan d’autonomie pour les provinces du sud. Soit dit au passage réunion à laquelle la Mauritanie participerait… et l’Algérie aussi… Cette Algérie qui se disait à elle-même qu’elle n’était pas concernée par les pourparlers y est représenté par le même ministre des affaires étrangère qui naguère n’en n’acceptait même pas l’idée…
La déclaration est si grotesque qu’elle mérite d’entrer directement au musée des absurdités diplomatiques contemporaines. Car enfin, parlons sérieusement : comment partager une facture quand on n’a jamais payé quoi que ce soit ? Comment parler de paix quand on a bâti toute son existence politique sur le refus systématique de toute solution ? Comment évoquer le compromis quand on vit sous perfusion financière, politique et sécuritaire du pays hôte, incapable du moindre geste autonome ?
Ibrahim Ghali n’est pas un acteur de la paix. Il en est le coût, accumulé depuis près d’un demi-siècle.
Le plus pathétique dans cette sortie n’est pas tant son contenu que ce qu’elle révèle : un mouvement à bout de souffle, réduit à recycler un vocabulaire technocratique faute d’avoir encore une idéologie crédible. Après la « lutte armée » fantasmée, après les menaces creuses de guerre totale, après les centaines de communiqués martiaux rédigés pour entretenir l’illusion auprès d’un public captif, voici venu le temps de la mendicité politique sous couvert de responsabilité.
Le « polisario » ne libère rien, ne construit rien, ne propose rien. Il bloque, retarde, confisque. Et maintenant, il veut facturer. Mais facturer quoi? De quelle facture parle exactement Ghali ? Celle des dizaines d’années de séquestration de populations sahraouies privées de tout droit élémentaire ? Celle des aides humanitaires internationales détournées, revendues et opportunément réinvesties loin de Tindouf ? Celle du capital humain sacrifié sur l’autel d’un séparatisme devenu obsolète ? Ou celle de la survie artificielle d’un appareil politico-militaire qui n’existe que parce qu’il est entretenu par d’autres ? Ces autres aujourd’hui à bout de souffle.
Il faut être d’un cynisme achevé pour parler de paix après avoir vécu ou tout au moins cru à la guerre même fictive, pendant cinquante ans.
La soudaine conversion de Ghali au langage de la modération n’est évidemment pas le fruit d’une illumination morale. Elle est dictée par la panique. Panique face à l’évolution irréversible du dossier. Panique face au réalignement international. Panique face aux signaux américains de plus en plus clairs. Panique, surtout, face à la reconnaissance croissante d’une évidence que même les soutiens traditionnels du « polisario » n’osent plus contester ouvertement : le projet séparatiste est mort, et il est mort d’avoir été vidé de toute crédibilité. Son acte de décès sera signé à Madrid ce weekend en présence de son parrain.
Hier encore, Ghali promettait l’escalade. Aujourd’hui, il quémande la négociation. Ce n’est pas une stratégie, c’est un réflexe de survie.
Lorsqu’il affirme que le « polisario » « ne se substituera pas aux Sahraouis », l’hypocrisie atteint des sommets. Qui a parlé en leur nom sans jamais les consulter ? Qui a confisqué leur avenir sous prétexte de les représenter ? Qui a transformé des générations entières en monnaie d’échange diplomatique ? Certainement pas le Maroc, qui investit, développe et intègre. Mais bien un appareil figé, incapable de produire autre chose que des slogans périmés dictés par les services du commanditaire.
Quant à l’invocation rituelle de la « légalité internationale », elle relève désormais du réflexe pavlovien. Une formule magique répétée mécaniquement par une structure qui n’a plus aucun ancrage ni juridique, ni politique, ni historique et sans doute ayant perdu la crédibilité auprès des séquestrés. Le monde a changé, le droit international évolue, et le « polisario » continue de brandir des résolutions comme on agite des reliques, espérant encore qu’elles produisent un miracle.
La réalité est brutale : le Maroc n’a aucune facture de paix à partager avec le Polisario. Il a déjà payé et continue de payer en investissements, en stabilité, en vision politique et en crédibilité diplomatique. Le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine n’est pas une concession : c’est une solution. Tout le reste n’est que folklore idéologique.
Le Polisario, lui, n’a rien à offrir. Ni territoire. Ni projet. Ni légitimité renouvelée. Seulement des dettes politiques, morales et humaines envers les séquestrés qu’il tente maladroitement de refiler aux autres. Qu’Ibrahim Ghali garde ses factures. Qu’il les adresse à ceux qui l’hébergent, le financent et lui dictent encore ses prises de parole. Le processus avance, la réalité s’impose, et le train de l’histoire ne s’arrête pas pour les passagers clandestins brandissant des billets expirés.
Bienvenido a Madrid, señor Attaf mais attention! Ni le Maroc, ni les USA, n’ont de temps à perdre. Ils ont bien d’autres choses à faire que de vous écouter et supporter l’imbécilité. A Madrid donc!
Le Maroc est représenté par Nasser Bourita, l’Algérie par Ahmed Attaf, la Mauritanie par Mohamed Salem Ould Merzoug. Mohamed Yeslem Beissat y sera au nom du « polisario » et écoutera en bon élève la dictée.
En précaution diplomatique, comme quoi l’ONU est bien concernée, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, est convié à la rencontre. Mais personne n’est dupe, ce sont bien les USA qui pilotent le tout; avec un seul point à l’ordre du jour: le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine et rien d’autre. D’ailleurs, le Maroc l’a bien détaillé passant du projet initial de 5 pages à une quarantaine aujourd’hui pas plus.



