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Nador West Med : la deuxième grande révolution portuaire du Maroc

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’annonce officielle de la proximité de l’entrée en exploitation du complexe portuaire et industriel Nador West Med, faite à l’issue d’une réunion de travail présidée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, n’est pas un simple communiqué institutionnel. Elle marque une étape décisive dans la mise en œuvre d’une vision stratégique claire : arrimer durablement l’économie marocaine aux chaînes de valeur mondiales, tout en corrigeant les déséquilibres territoriaux historiques.

Après le succès international de Tanger Med, devenu premier port d’Afrique et de la Méditerranée, Nador West Med s’impose comme la deuxième grande réalisation portuaire structurante du Royaume, venant compléter une architecture nationale cohérente, performante et tournée vers l’avenir. Deux façades, une même ambition : faire du Maroc un hub logistique, industriel et énergétique de premier plan.

Conçu comme un projet intégré de nouvelle génération, le complexe de Nador West Med associe un port moderne à une vaste plateforme industrielle, logistique et énergétique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 51 milliards de dirhams d’investissements publics et privés, des infrastructures portuaires déjà achevées, une capacité initiale de 5 millions de conteneurs et 35 millions de tonnes de marchandises, appelée à doubler à moyen terme, et surtout le premier terminal de gaz naturel liquéfié du Royaume, pilier stratégique de la souveraineté énergétique nationale.

Mais au-delà des données techniques et macroéconomiques, ce projet est avant tout une transformation territoriale profonde, vécue de l’intérieur par les populations locales. Implanté dans la région de Bouyafar, longtemps marginalisée et enclavée, à une quarantaine de kilomètres de Nador, le port vient bouleverser un destin que l’histoire semblait avoir figé.
Hier encore, Bouyafar n’était accessible que par une route dégradée, devenue symbole de l’isolement régional, chantée dans la mémoire collective rifaine par le poète Ahmed Kadiri dans « Abrid n Bouyafar ». L’économie locale se résumait à une pêche artisanale fragile, une agriculture de subsistance et, trop souvent, à l’exil – légal ou tragique – comme seul horizon pour une jeunesse sans perspectives.

Aujourd’hui, cette réalité bascule. Le train arrive à Bouyafar. L’autoroute y arrive également. Ce qui relevait du rêve il y a quelques années devient une évidence. Dès le lancement du chantier, des centaines de jeunes de la région ont accédé à un emploi digne dans les entreprises en charge des travaux. À l’approche de l’ouverture, des acteurs industriels internationaux s’installent, notamment dans les secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, annonçant des milliers d’emplois directs et indirects.

Plus encore, le projet engendre une mutation sociale profonde. Dans une région longtemps conservatrice, des jeunes femmes rurales accèdent désormais au travail salarié, grâce à des dispositifs de transport organisés, changeant progressivement les mentalités et ouvrant la voie à une autonomie économique inédite. Ce bouleversement silencieux constitue l’un des acquis les plus significatifs de cette dynamique de développement.

Autour du port, une ville est en train de naître. Logements, hôtels, restaurants, commerces, services : l’arrivée massive d’ingénieurs, de techniciens, de cadres et d’ouvriers crée un écosystème économique complet. À cela s’ajoute un potentiel touristique exceptionnel, fondé sur la mer, la montagne et la forêt, qui place Bouyafar parmi les futurs pôles d’attractivité du Nord-Est marocain.

L’enjeu dépasse donc largement la seule province de Nador. Nador West Med est un projet national, structurant pour l’ensemble de la région orientale, mais aussi pour la compétitivité du Maroc dans son ensemble. Il incarne une vision où l’investissement public devient levier de justice territoriale, de création de richesse et de dignité sociale.

En cela, Nador West Med n’est pas seulement le complément naturel de Tanger Med. Il en est le prolongement stratégique à l’Est, la preuve que le développement n’est plus réservé aux centres traditionnels, mais qu’il peut – et doit – irriguer les marges longtemps oubliées.
C’est cette réalité-là qui mérite d’être soulignée, expliquée et assumée avec fierté.
Car lorsque la vision rencontre le territoire, le développement cesse d’être un slogan pour devenir une vie meilleure.

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