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Relizane : quand la détresse des citoyens est noyée dans la répression

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

À Relizane, 130-140 km à l’est d’Oran, ce ne sont pas seulement les eaux qui ont débordé.

Ce sont aussi les limites de la tolérance institutionnelle face à la colère légitime des citoyens.
Des inondations violentes ont frappé la région, laissant derrière elles des quartiers sinistrés, des familles désemparées, des infrastructures fragilisées et un sentiment d’abandon profondément enraciné. Face à cette situation, la population est descendue dans la rue, non par goût du désordre, mais par désespoir, pour réclamer protection, secours, relogement et surtout des comptes.

Or, au lieu d’entendre cette colère comme un cri d’alerte citoyen, les autorités ont choisi, une fois de plus, la réponse sécuritaire.

Filmer n’est pas un crime

L’arrestation d’un jeune citoyen dont le seul “tort” aurait été de filmer le déroulement des manifestations et l’expression de la colère populaire constitue un signal extrêmement grave. Elle en dit long sur la manière dont certaines autorités perçoivent aujourd’hui l’espace public : non comme un lieu d’expression, mais comme une zone sous contrôle.

Filmer une manifestation, documenter une situation de crise, relayer la parole de citoyens sinistrés n’est ni une provocation ni un acte criminel. C’est un droit fondamental, indissociable de la liberté d’expression et du droit à l’information. Dans un contexte de catastrophe naturelle, ces images ne menacent pas l’ordre public ; elles éclairent la réalité.

En s’en prenant à un jeune armé d’un téléphone plutôt qu’en s’attaquant aux causes structurelles des drames récurrents — urbanisme défaillant, prévention insuffisante, gestion opaque des risques — les autorités se trompent de cible.

La colère n’est pas une menace, c’est un message

À Relizane, les manifestants ne réclamaient ni chaos ni affrontement. Ils exprimaient une colère sociale, humaine, née de la répétition des mêmes scénarios : des pluies annoncées, des oueds mal maîtrisés, des quartiers exposés, puis des promesses, encore des promesses, et enfin le silence.

Traiter cette colère par la force ou par l’intimidation revient à criminaliser la souffrance. C’est refuser de voir que la stabilité réelle ne se construit pas par la peur, mais par la confiance, la transparence et la responsabilité.

Un État fort n’a pas peur de ses citoyens

Un État sûr de lui n’a rien à craindre d’un téléphone portable, d’une caméra ou d’un citoyen qui témoigne. Au contraire, il y voit un miroir — parfois dérangeant — mais nécessaire.

Ce qui fragilise les institutions, ce n’est pas la parole libre, mais son étouffement. Ce qui menace la cohésion sociale, ce n’est pas la manifestation pacifique, mais l’impression croissante que toute expression critique est perçue comme une hostilité.

Pour une réponse politique, pas policière

Relizane mérite mieux que des arrestations arbitraires et des interventions musclées. Elle mérite :
des explications claires sur les causes des inondations, des mesures préventives sérieuses, une prise en charge digne des sinistrés, et le respect strict des libertés publiques.

La libération de toute personne arrêtée pour avoir simplement filmé ou exprimé pacifiquement une opinion devrait être un minimum. Car à défaut, ce ne sont pas seulement des individus qui sont réduits au silence, mais la confiance entre l’État et ses citoyens qui continue de se fissurer.

À Relizane, l’eau s’est retirée.

Mais la colère, elle, restera tant qu’elle sera traitée comme un délit au lieu d’être entendue comme un avertissement.

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