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Le « Scénario El Ouali » : Comment Brahim Ghali aurait éliminé son successeur

Par: Abdelhakim YAMANI*

Par: Abdelhakim YAMANI*

Le 9 juin 1976, El Ouali Moustapha Sayed — fondateur du Front Polisario, né à Tan Tan, Maroc — mourait lors du raid de Nouakchott. Version officielle : tué au combat. Version que le renseignement algérien n’a jamais démentie avec conviction : liquidé sur ordre d’Alger, car il cherchait une sortie négociée avec Rabat. Cinquante ans plus tard, en juin 2026, Lahbib Mohamed Abdelaziz — fils du secrétaire général historique du Polisario — meurt en opération dans la zone tampon du Sahara occidental marocain. Selon des sources de haut niveau proches de la direction du mouvement, dont l’IGH a recueilli les témoignages : la vraie version, c’est le scénario Ouali.

I.  1976 : La mort d’El Ouali, le premier précédent

 

Le 7 juin 1976, les milices du Front Polisario lancent un raid audacieux contre Nouakchott, capitale de la Mauritanie. El Ouali Moustapha Sayed, 28 ans, fondateur du mouvement le 10 mai 1973 à Zouerate, en est l’âme. Le 9 juin, sur le chemin du retour, il est tué. Version officielle : abattu lors des combats par des forces mauritaniennes. La propagande algérienne parlera d’un avion Jaguar français. Ces versions n’ont jamais été établies de manière convaincante.

Une thèse alternative, documentée et jamais officiellement réfutée, émerge des archives et des témoignages du renseignement : El Ouali aurait été liquidé sur décision algérienne. La réunion décisive se serait tenue au palais El Mouradia à Alger. Présents : le président Houari Boumédiène, son conseiller Slimane Hoffman, Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères, Kasdi Merbah, patron des renseignements, et Mohamed Messaadia.

Le mobile est précis : El Ouali cherchait une solution conciliatrice. Il se déplaçait entre Marrakech, Taroudant et Rabat. Pour Alger, c’était une trahison. Sa mort permit d’imposer Mohamed Abdelaziz à la tête du Polisario — marquant l’emprise algérienne définitive sur le mouvement.

II.  Le Polisario en 2026 : un mouvement à bout de souffle

 

Cinquante ans après la mort d’El Ouali, le Front Polisario qu’il a fondé n’est plus que l’ombre d’un projet politique. Brahim Ghali, 77 ans, dirige un appareil structurellement affaibli, sous perfusion algérienne, incapable d’offrir une perspective stratégique crédible à ses bases. Sa santé est déclinante. Sa légitimité, contestée en interne.

La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, constitue un tournant diplomatique majeur en faveur du Maroc. Elle réaffirme le cadre des tables rondes et fragilise la posture maximaliste du Polisario. Le processus conduit par l’Envoyé personnel Staffan de Mistura, appuyé par les rounds de Washington de février 2026, repose la question de la représentativité réelle du mouvement et de son devenir institutionnel.

Dans ce contexte de pression externe maximale, la question de la succession à Ghali n’est pas seulement interne. Elle est existentielle pour l’ensemble du système algéro-polisarien.

III.  Lahbib Mohamed Abdelaziz : l’héritier encombrant

 

Lahbib Mohamed Abdelaziz portait le nom le plus lourd du Polisario. Son père, Mohamed Abdelaziz, avait dirigé le Front de 1976 à son décès en mai 2016, d’un cancer du poumon à 68 ans. Quarante ans à la tête d’un mouvement. Une légitimité dynastique sans équivalent au sein d’un appareil qui n’en possède aucune autre.

Lahbib avait hérité de la ligne dure de son père. Intransigeant sur les principes, présent dans les réseaux internes du mouvement, il incarnait une continuité symbolique que personne d’autre ne pouvait revendiquer. Selon des sources proches des services de sécurité algériens ayant communiqué à l’IGH, il était clairement identifié comme le favori à la succession de Brahim Ghali.

Cette position en faisait à la fois un atout pour la continuité du mouvement — et une menace pour Ghali. Un successeur légitime, porteur d’un capital symbolique propre, est par définition un concurrent. Dans un système sans institutionnalisation réelle, sans mécanisme de transmission pacifique du pouvoir, cette équation ne souffre qu’une résolution.

IV.  La mort : version officielle, version renseignement

 

Vers le 7 juin 2026, un message publié sur les réseaux sociaux par Ahmto Mohmed Lamin annonce la mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz. Le texte parle d’« استهاد » — le martyre — dans les « champs d’honneur et de dignité ». La formulation est celle du sacrifice héroïque. L’annonce officielle du Polisario reprend les mêmes codes.

La version renseignement est radicalement différente. Des sources de premier cercle, proches de la direction du Polisario, ont communiqué à l’IGH leur lecture des événements. Leur formulation est sans ambiguïté : « C’est la dissertation du Polisario… la vraie, c’est qu’il a été ‘limogé’ — éliminé — par les soins de Ghali. Scénario Ouali. »

Selon ces sources, Ghali aurait délibérément orienté Lahbib Mohamed Abdelaziz vers une opération dans la zone tampon du Sahara occidental marocain — en pleine connaissance du niveau de risque. Non un engagement ennemi ordinaire. Une désignation.

V.  La mécanique du « scénario Ouali » décryptée

 

La structure des deux événements — 1976 et 2026 — est frappante dans sa symétrie opérationnelle. Dans les deux cas : un leader concurrent jugé dangereux, une opération militaire choisie comme vecteur d’élimination, un appareil de communication qui transforme immédiatement la mort en martyre.

La différence structurelle est révélatrice. En 1976, c’est Alger — le DRS, Boumédiène, Kasdi Merbah — qui pilote l’élimination d’El Ouali depuis l’extérieur du mouvement. En 2026, selon les sources IGH, c’est Ghali lui-même qui reproduit le schéma. Le Polisario a intégré, au fil de cinquante ans de tutelle algérienne, la méthode de liquidation interne comme réflexe institutionnel. L’élève a assimilé la leçon du maître.

Ce que révèle ce schéma, au-delà du cas Lahbib, c’est l’absence totale de mécanisme institutionnel de régulation du pouvoir au sein du Polisario. Lorsqu’une succession menace, il n’existe ni procédure, ni instance arbitrale, ni cadre juridique interne. Il existe des opérations militaires soigneusement orientées.

VI.  Ce que cela révèle du Polisario en 2026

 

La mort de Lahbib Mohamed Abdelaziz est un signal systémique. Elle révèle un mouvement incapable de se reproduire politiquement par des voies pacifiques. Dans un contexte de pression diplomatique sans précédent — résolution 2797, processus Mistura, rounds de Washington — le Polisario ne dispose d’aucune ressource institutionnelle pour traverser une transition ordonnée.

Le message envoyé aux cadres internes est d’une clarté absolue : la dissidence, même symbolique, se paie. L’héritage dynastique ne protège pas. Le champ de bataille reste l’instrument de régulation ultime d’un appareil qui n’a jamais développé d’autre grammaire du pouvoir.

Le Polisario sort de cet épisode sans successeur légitime identifiable, sans perspective de transition, et avec une crise de représentativité aggravée face aux instances onusiennes qui cherchent un interlocuteur sahraoui crédible.

VII.  Implications pour le processus de négociation

 

À court terme — horizon trois mois — la mort de Lahbib neutralise temporairement la question ouverte de la succession, mais aggrave structurellement la crise de légitimité du Polisario face à la table de négociation. Staffan de Mistura et les interlocuteurs américains ont besoin d’un partenaire sahraoui disposant d’une base politique réelle. Un Ghali affaibli, sans successeur visible, ne constitue pas cet interlocuteur.

Pour Rabat, la séquence est analytiquement favorable. Elle renforce la thèse de l’absence de représentativité réelle du Polisario. Un mouvement qui élimine son propre héritier légitime ne peut prétendre représenter une cause.

À moyen terme — horizon six mois — deux scénarios s’ouvrent. Premier scénario : Alger intervient pour désigner un successeur contrôlable à Ghali et tente de stabiliser le mouvement avant un éventuel gel du processus onusien. Second scénario : le vide successoral s’installe, fragilisant davantage la posture du Polisario et accélérant l’obsolescence diplomatique d’un interlocuteur que la communauté internationale soutient de moins en moins.

* Président fondateur de l’Institut Géopolitique Horizons

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