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La chute de Nicolás Maduro : un tournant géopolitique aux conséquences directes pour le Sahara marocain

Le décryptage de Marco BARATTO

Par: Marco BARATTO *

L’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines marque bien plus que la fin brutale d’un régime autoritaire en Amérique latine. Elle constitue un signal stratégique fort adressé à l’ensemble des réseaux politiques et idéologiques qui, depuis deux décennies, ont soutenu les mouvements séparatistes et les régimes hostiles à l’ordre international, notamment dans le dossier du Sahara marocain.

Héritier direct du projet bolivarien lancé par Hugo Chávez, Maduro a personnellement renforcé la relation entre le Venezuela et le « Polisario », faisant de cette cause un pilier idéologique de sa politique étrangère. Sous sa présidence, Caracas est devenu l’un des principaux centres de soutien diplomatique de milice séparatiste en Amérique latine. Les dirigeants de Rabouni ont été accueillis à plusieurs reprises au palais de Miraflores, bénéficiant d’une reconnaissance officielle, d’accords de coopération politique et d’un accès privilégié aux cercles décisionnels du régime bolivarien.

Cette relation ne relevait pas seulement de la solidarité idéologique. Elle s’inscrivait dans une stratégie plus large de Maduro visant à consolider un axe anti-occidental reliant Caracas, Alger et La Havane. Le soutien au « Polisario » permettait au Venezuela de s’ancrer indirectement en Afrique du Nord, en s’alignant sur la position algérienne et en renforçant son discours de confrontation avec les États-Unis et leurs alliés. Dans ce dispositif, le Sahara devenait un instrument politique, bien plus qu’une cause de « décolonisation ».

La chute de Maduro accélère aujourd’hui un processus déjà engagé : l’érosion continue du soutien international au séparatisme sahraoui. Depuis plus d’une décennie, les piliers historiques de ce réseau se sont effondrés ou affaiblis. La Libye de Kadhafi a disparu en 2011, la Syrie de Bachar al-Assad s’est progressivement retirée de toute capacité d’influence régionale, et plusieurs pays d’Amérique du Sud ont retiré leur reconnaissance à la pseudo « République arabe sahraouie démocratique ».

Dans ce nouveau contexte, le Maroc apparaît comme le principal bénéficiaire du réalignement stratégique en cours. Sa proposition d’autonomie, soutenue par les États-Unis et de plus en plus considérée comme la seule solution réaliste par de nombreux acteurs internationaux, gagne en crédibilité à mesure que les soutiens du « Polisario » se réduisent. Même la Russie adopte désormais une posture de neutralité prudente, illustrant le déclin de la centralité du dossier saharien dans les confrontations idéologiques globales.

L’Algérie, dernier pilier structurant du « Polisario », se retrouve de plus en plus isolée. La pression internationale s’intensifie pour l’amener à abandonner la logique du blocage et à s’engager dans un processus de négociation crédible avec Rabat. Son isolement diplomatique limite désormais sa capacité d’influence, tant aux Nations unies que sur les scènes africaine et moyen-orientale.

Dans ce paysage en recomposition, la position italienne interroge. Rome semble maintenir une proximité stratégique avec Alger au risque de s’éloigner de ses partenaires occidentaux, dans un contexte marqué par des enjeux migratoires et sécuritaires majeurs.

L’arrestation de Maduro rappelle une évidence géopolitique : les alliances fondées sur l’idéologie plutôt que sur la stabilité finissent par s’effondrer. Le séparatisme sahraoui perd ses soutiens historiques, tandis que le Maroc consolide sa place comme acteur central de stabilité régionale.

 *  Essayiste italien

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