
Par: Marco BARATTO

En réaffirmant à Rabat son soutien au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara et en annonçant la traduction concrète de cette position sur les plans diplomatique et économique, la Belgique a franchi un cap politique clair. Là où certains partenaires européens maintiennent une prudence calculée, Bruxelles choisit désormais l’affirmation et l’action.
La déclaration a été faite à l’issue de la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot, en visite officielle au Royaume. Le message est sans ambiguïté : l’initiative marocaine de 2007 constitue, pour la Belgique, « la base la plus sérieuse, la plus appropriée, la plus crédible et la plus réaliste » en vue d’un règlement politique durable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Au-delà des mots, c’est la méthode qui retient l’attention. Maxime Prévot a insisté sur une « diplomatie de conviction », opposée aux simples déclarations d’intention. Bruxelles entend agir en cohérence avec sa position, tant sur le plan diplomatique qu’économique, en encourageant les initiatives d’investissement et en soutenant la dynamique de développement dans les provinces du Sud.
Une relation historique consolidée
Du côté marocain, Nasser Bourita a souligné que cette visite s’inscrit dans la continuité de relations bilatérales solides, placées sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de Sa Majesté le Roi Philippe de Belgique. Les liens entre les deux Familles royales, a-t-il rappelé, constituent un socle de confiance et de respect mutuel.
Les relations maroco-belges ne sont pas seulement politiques : elles sont humaines, économiques et culturelles. La Belgique est aujourd’hui le treizième partenaire commercial du Royaume et l’un des investisseurs européens les plus présents. Les échanges commerciaux ont connu une progression significative ces dernières années, tandis que plus de 300 000 touristes belges visitent annuellement le Maroc.
À cela s’ajoute la présence d’environ 800 000 Marocains établis en Belgique, véritable pont humain entre les deux pays. Cette diaspora, qualifiée par le chef de la diplomatie belge de « communauté qui travaille, entreprend et crée », joue un rôle essentiel dans le renforcement des liens bilatéraux.
Coopération stratégique et ambitions économiques
La feuille de route convenue à Bruxelles en octobre dernier entre désormais dans une phase opérationnelle. Dialogue politique renforcé, coordination sécuritaire accrue face aux défis du terrorisme et de la criminalité transnationale, coopération migratoire fondée sur le respect de la dignité humaine : les deux capitales affichent un alignement croissant.
Sur le plan économique, la Belgique entend intensifier sa présence au Maroc, notamment dans les secteurs des infrastructures, de la transition énergétique et digitale, ainsi que dans les projets liés à la Coupe du Monde 2030. Une mission économique d’envergure est prévue l’an prochain, sous la présidence éventuelle de la reine Mathilde de Belgique ou de la princesse héritière Élisabeth de Belgique.
Bruxelles a également invité le Maroc à participer au Brussels European Defence Exhibition (BEDEX), ouvrant ainsi un espace de coopération dans le domaine sensible de la défense, où la confiance stratégique est primordiale. Par ailleurs, la perspective de consacrer une future édition du festival Europalia au Maroc illustre la volonté de valoriser la dimension culturelle du partenariat.
Une position belge claire, une posture italienne floue
Dans ce contexte, la différence avec l’Italie apparaît de plus en plus marquée. Alors que la Belgique adopte une position officielle, assumée au plus haut niveau gouvernemental et assortie d’engagements concrets, Rome demeure dans une posture plus prudente.
Certes, l’Italie réaffirme son attachement au processus onusien et à une solution politique négociée. Mais elle n’a pas, à ce stade, exprimé un soutien formel et explicite au plan d’autonomie marocain. La position italienne reste vague, malgré l’évolution du contexte international et la multiplication des soutiens européens et internationaux à l’initiative marocaine.
La récente déclaration de l’ambassadeur italien à Rabat soutenant la résolution 2797, bien que politiquement significative et probablement concertée avec Rome, ne saurait être assimilée à une position officielle du gouvernement italien. En diplomatie, la nuance est essentielle : une déclaration d’ambassadeur, aussi importante soit-elle, ne remplace pas un engagement formel exprimé par le chef de la diplomatie ou par l’exécutif lui-même.
Cette différence de niveau institutionnel traduit aussi une différence d’approche stratégique. La Belgique a choisi la clarté et l’alignement entre discours et action. L’Italie, pour sa part, semble privilégier la prudence, consciente des équilibres régionaux et des sensibilités diplomatiques en jeu. Toutefois, à mesure que le cadre international se précise, l’ambiguïté peut être perçue comme un manque de positionnement.
L’heure des choix
Le dossier du Sahara dépasse désormais le seul cadre régional. Il s’inscrit dans une dynamique géopolitique plus large, où les partenariats stratégiques se construisent sur la cohérence et la visibilité. En affichant un soutien clair et en l’inscrivant dans une stratégie économique et diplomatique cohérente, la Belgique renforce sa crédibilité auprès du Maroc.
L’Italie, partenaire méditerranéen majeur et acteur clé en Afrique du Nord, dispose elle aussi d’intérêts significatifs dans la région. Mais tant que sa position officielle ne sera pas clarifiée au niveau gouvernemental, elle restera perçue comme hésitante.
Dans une diplomatie contemporaine où la lisibilité des engagements est devenue un atout stratégique, la comparaison est éloquente : Bruxelles assume, Rome temporise.





