
Par: Marco BARATTO

Lorsque Ramadan, Pessa’h et Pâques se rencontrent dans le temps, ils révèlent un message profond inscrit au cœur des traditions abrahamiques : celui du passage, de la libération et de la vie. Pourtant, cette harmonie spirituelle contraste avec les divisions qui marquent encore notre monde.
La guerre, en effet, est la négation même de ce que ces fêtes annoncent. Elle oppose là où la foi unit, elle détruit là où la religion appelle à construire. Et pourtant, l’histoire offre des exemples lumineux d’une autre voie possible.
Le Maroc, depuis des siècles, est porteur de cette mémoire. Héritier de l’esprit d’Al-Andalus, il a su incarner une coexistence entre musulmans, juifs et chrétiens. Dans cette Andalousie médiévale, malgré les limites de toute époque, une culture du dialogue et de la rencontre a permis l’épanouissement des sciences, de la philosophie et de la spiritualité.
Lorsque cette expérience a pris fin en Espagne, une partie de cet héritage a trouvé refuge au Maroc. Le pays a accueilli des communautés juives expulsées, leur offrant protection et dignité. Cette continuité historique a façonné une identité où la diversité religieuse n’est pas perçue comme une menace, mais comme une richesse.
Aujourd’hui encore, cette mémoire reste vivante. Elle rappelle que les « fils d’Abraham » ne sont pas destinés à s’opposer, mais à se reconnaître. Elle montre que la foi peut être un pont et non un mur.
Dans ce contexte, les paroles du Pape prennent un relief particulier : « Dieu ne peut être enrôlé par les ténèbres. »
Elles résonnent comme un appel à revenir à l’essentiel. Dieu ne divise pas, il rassemble. Il ne justifie pas la violence, il appelle à la paix. Toute tentative d’utiliser son nom pour semer la mort est une trahison de sa nature même.
La convergence des grandes fêtes religieuses devient alors un signe. Elle invite à relire l’histoire, à redécouvrir les moments où la coexistence a été possible, et à s’en inspirer pour le présent.
Le Maroc, dans sa continuité avec l’héritage d’Al-Andalus, rappelle que la paix entre les religions n’est pas une illusion. Elle est fragile, exigeante, mais réelle. Elle demande courage, respect et volonté.
Dans un monde où les tensions semblent s’intensifier, cette mémoire devient une responsabilité. Elle oblige à refuser les logiques de division et à promouvoir une culture de la rencontre.
Car la véritable fidélité à Dieu ne se mesure pas dans la confrontation, mais dans la capacité à reconnaître l’autre comme un frère. Et si les fêtes de Ramadan, de Pessa’h et de Pâques nous enseignent quelque chose, c’est bien ceci : la vraie victoire n’est pas sur l’autre, mais sur la haine.
Ainsi, de l’Andalousie au Maroc, une même leçon traverse les siècles : la paix est possible lorsque l’on refuse d’enrôler Dieu dans les ténèbres et que l’on choisit, au contraire, de marcher ensemble dans sa lumière.





