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Ecole: Ce n’est pas une crise de manuels scolaires, c’est une crise de société – décryptage

Par: Zakaria Berala

Par: Zakaria Berala

L’Histoire nous donne une leçon claire. Entre les deux guerres mondiales, l’Europe croyait naïvement que l’école seule pouvait empêcher le retour de la violence en changeant simplement les programmes. La guerre de 1940 a prouvé le contraire. Comme le souligne le pédagogue Philippe Meirieu : l’école ne peut pas réparer ce que la société a cassé.

Pourtant, au Maroc, on continue de croire l’inverse. On accuse l’école et les enseignants d’être responsables de tous les problèmes moraux du pays. Les chiffres du ministère sont alarmants. Plus de 334 000 élèves ont quitté l’école lors de la saison 2021-2022. C’est l’équivalent d’une ville moyenne qui se vide pour rejoindre le chômage ou la délinquance. C’est un gaspillage énorme d’argent public et de potentiel humain que le Conseil Supérieur de l’Éducation n’arrive pas à arrêter.

Les causes sont profondes et dépassent les murs de la classe.

Le constat de la Banque Mondiale est tout aussi inquiétant : une majorité d’enfants de dix ans ont du mal à comprendre un texte simple. Ce n’est pas seulement la faute de l’instituteur, mais aussi celle des parents. Dans beaucoup de familles, la rue et les smartphones ont remplacé l’éducation à la maison. L’enseignant se retrouve face à des élèves qui n’ont même pas les bases du langage et du respect pour apprendre.

Notre système éducatif est aujourd’hui fracturé. Le fossé se creuse entre le privé et le public, et même au sein de l’école publique. D’un côté, des écoles équipées, de l’autre, des écoles oubliées. L’égalité des chances est devenue un slogan vide face à la réalité du terrain.

Plus grave encore, la famille marocaine traverse une crise d’identité. Entre le conflit des générations et l’influence d’Internet, les parents sont perdus. Le dialogue est rompu et la maison est devenue un simple dortoir où l’on ne transmet plus de valeurs.

L’État paie très cher cet échec. Nous avons dépassé les 100 000 prisonniers, dont beaucoup sont des jeunes qui ont quitté l’école tôt. On dépense des milliards pour gérer les conséquences (prisons, sécurité) au lieu de traiter les causes profondes.

Des penseurs marocains comme Mahdi Elmandjra avaient pourtant prévenu : importer des méthodes étrangères sans les adapter à notre culture est inutile. Le philosophe Taha Abderrahmane a aussi critiqué une école qui sépare l’éthique du savoir, produisant des élèves sans repères moraux.

Aujourd’hui, l’enseignant se bat seul. Dans des classes surchargées, on lui demande d’être à la fois prof, psychologue et agent de sécurité. C’est une mission impossible quand l’élève passe son temps dans un environnement familial qui contredit tout ce que l’école essaie de construire.

Notre culture et notre religion ont toujours privilégié l’éducation avant l’instruction. La famille est la base. Or, nous vivons une contradiction : on demande à l’école d’enseigner la vertu alors que la société encourage souvent la violence et le gain facile. La violence à l’école et contre les parents augmente, comme le montrent les rapports du ministère de la Justice. C’est le signe que le respect a disparu.

Ce n’est pas une crise de manuels scolaires, c’est une crise de société. L’État continue pourtant de se concentrer sur les murs et les tablettes, en oubliant l’humain. Miser uniquement sur l’école pour former le citoyen de demain est risqué si la famille ne joue pas son rôle. Sans un retour des valeurs et une responsabilité des parents, toute réforme restera inutile.

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