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Maroc, trois axes face à la calamité : urgence, prévention et reconstruction. Une monarchie qui oriente sans gouverner directement, mais reste proche du peuple

Par: Marco BARATTO

Par: Marco BARATTO

Lorsque le Maroc est frappé par des catastrophes naturelles, la réponse de l’État suit une logique structurée et reconnaissable, fondée sur trois axes stratégiques : la gestion de l’urgence immédiate, la sécurisation et le renforcement des zones vulnérables, ainsi que le lancement rapide de la reconstruction. Le vaste programme d’aide et de soutien doté de 3 milliards de dirhams, annoncé à la suite des intempéries exceptionnelles ayant touché la plaine du Gharb et le Loukkos, en constitue un exemple emblématique. Au-delà de l’architecture technique de l’intervention, un élément institutionnel ressort avec force : le rôle de la monarchie qui, sans gouverner directement, impulse l’orientation stratégique et demeure symboliquement et concrètement proche des citoyens.

Les pluies d’une intensité extraordinaire qui ont frappé le Royaume ces deux derniers mois ont provoqué l’inondation de plus de 110 000 hectares et le déplacement d’environ 188 000 personnes dans les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Face à un impact d’une telle ampleur, la réaction a été immédiate : sur Hautes Instructions Royales, le gouvernement a déclaré l’événement « catastrophe » et les zones les plus touchées « zones sinistrées », activant un plan fondé sur une évaluation approfondie des conséquences économiques et sociales.

Premier axe : répondre à l’urgence

Le premier pilier concerne la gestion de l’urgence et la protection immédiate des populations. Le plan prévoit 225 millions de dirhams pour des aides en nature et le renforcement des opérations de secours sur le terrain : biens de première nécessité, assistance sanitaire, hébergements temporaires et soutien logistique.

À cela s’ajoutent 775 millions de dirhams destinés au relogement, à la compensation des pertes de revenus, à la réhabilitation des habitations et des petits commerces endommagés ainsi qu’à la reconstruction des maisons effondrées. Il ne s’agit pas uniquement d’assistance humanitaire, mais d’une action visant à rétablir rapidement une stabilité sociale minimale. L’objectif est clair : éviter que l’urgence ne se transforme en exclusion économique durable.

Dans cette phase, la fonction d’orientation de la monarchie apparaît clairement. Le Souverain n’intervient pas dans la gestion technique quotidienne, qui relève du gouvernement et des administrations compétentes, mais à travers les Hautes Instructions, il fixe les priorités, appelle à la responsabilité et exige rapidité et efficacité. Il s’agit d’un leadership qui ne se substitue pas à l’exécutif, mais qui en guide l’action dans les moments critiques, renforçant la perception d’une institution proche des préoccupations des citoyens.

Deuxième axe : sécuriser et réduire la vulnérabilité

Le deuxième axe repose sur l’investissement structurel. Pas moins de 1,7 milliard de dirhams, soit plus de la moitié du budget total, sont consacrés à la réhabilitation des infrastructures routières et hydro-agricoles ainsi qu’à la remise en état des réseaux de base.

Ce choix traduit une vision qui dépasse la gestion immédiate des dégâts. Les régions du Gharb et du Loukkos sont essentielles pour l’agriculture nationale ; la fragilité de certaines infrastructures hydrauliques et routières les rend particulièrement exposées aux chocs climatiques. Intervenir sur ces points névralgiques signifie réduire les risques futurs et renforcer la résilience territoriale.

Dans ce contexte, la monarchie joue un rôle de garante de la continuité stratégique. Sans exercer directement la gestion sectorielle, elle incarne une vision de long terme fondée sur la stabilité, la planification et la prévention. L’insistance sur une exécution « avec exemplarité, célérité et sens de responsabilité » reflète un rappel éthique et institutionnel qui place l’intérêt du citoyen au cœur de l’action publique.

Troisième axe : reconstruire immédiatement pour relancer

Le troisième pilier est le lancement immédiat de la reconstruction, menée en parallèle de la gestion de l’urgence. Les fonds destinés à la réhabilitation des logements et à la reconstruction des habitations effondrées en sont une illustration concrète.

En outre, 300 millions de dirhams sont réservés aux agriculteurs et aux éleveurs, catégories particulièrement touchées par les inondations. Soutenir le secteur primaire signifie protéger l’emploi, garantir la sécurité alimentaire et préserver l’équilibre socio-économique des provinces concernées. La reconstruction est donc à la fois matérielle et productive.

C’est ici que se manifeste la spécificité du modèle marocain : dans un système constitutionnel où le gouvernement exerce le pouvoir exécutif, la monarchie conserve un rôle de proximité symbolique et concrète. En période de crise, les Hautes Instructions Royales sont perçues comme un signe d’attention directe envers les populations sinistrées. Il s’agit d’une monarchie qui n’administre pas dans le détail, mais qui oriente, impulse et incarne l’unité nationale.

À l’heure où les événements climatiques extrêmes se multiplient, le cas marocain illustre un paradigme articulé autour de l’urgence, de la prévention et de la reconstruction intégrée. Le programme de 3 milliards de dirhams n’est pas seulement une réponse financière à une catastrophe naturelle ; il exprime une résilience institutionnelle où l’État et la Couronne convergent vers un même objectif : protéger, sécuriser et reconstruire, en restant proches du peuple.

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