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L’homme perdrait du terrain au profit de la femme: Vers une mutation profonde du contrat social

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Une transformation plus qu’un affrontement.

Il est tentant de résumer l’époque à une formule choc : l’homme perdrait du terrain au profit de la femme. Pourtant, la réalité est plus complexe. Ce que nous observons n’est pas une guerre des sexes, mais une mutation profonde du contrat social.

Pendant des siècles, l’ordre social reposait sur une hiérarchie claire : autorité masculine, dépendance économique féminine, famille structurée autour d’un chef. Cette organisation paraissait naturelle parce qu’elle était enracinée dans les structures économiques et culturelles de son temps.

Aujourd’hui, l’accès massif des femmes à l’éducation, au travail et aux responsabilités publiques modifie cet équilibre. Ce changement n’est pas une faveur accordée ; il est le résultat d’une longue évolution historique et d’une transformation des besoins des sociétés modernes.

Une correction historique plus qu’un renversement

Ce que certains perçoivent comme une réduction des prérogatives masculines correspond en réalité à une correction d’inégalités anciennes. L’économie contemporaine valorise la compétence, la créativité et la capacité d’adaptation, bien plus que la force physique ou la domination symbolique.

Le modèle patriarcal n’a pas été aboli par décret : il s’est fragilisé face aux exigences d’une société fondée sur le savoir et l’autonomie individuelle.

Il ne s’agit donc pas d’un remplacement de l’homme par la femme, mais d’une redéfinition des rôles.

Le mariage : fin ou métamorphose ?

L’institution du mariage traverse une période de transformation. Jadis alliance économique et sociale, il est devenu principalement une union affective.

Cette évolution le rend plus libre, mais aussi plus fragile. Les divorces augmentent, l’âge du mariage recule, les unions civiles et la cohabitation gagnent du terrain.

Le mariage ne disparaît pas ; il devient contractuel, négocié, égalitaire. Il perd son caractère d’obligation sociale pour devenir un choix personnel.

La question essentielle n’est pas la survie du mariage, mais celle de la stabilité affective et éducative nécessaire aux enfants.

Quelles alternatives au noyau familial ?

Aucune structure n’a encore remplacé la famille comme cellule centrale de socialisation. Des alternatives émergent : unions libres, parentalité partagée, familles recomposées, communautés élargies.

Cependant, toute société a besoin d’un cadre stable pour transmettre des valeurs, assurer la protection des plus vulnérables et organiser la solidarité intergénérationnelle.

La forme peut changer ; la fonction demeure indispensable.

Les femmes face à leur nouveau rang

Beaucoup de femmes trouvent dans cette évolution une autonomie longtemps refusée : indépendance financière, liberté de choix, participation aux décisions publiques.

Mais cette conquête s’accompagne aussi d’une double exigence : réussir professionnellement tout en assumant encore une part importante des responsabilités domestiques. L’émancipation n’est pas exempte de tensions.
La modernité n’a pas supprimé les défis ; elle les a transformés.

Les hommes en quête de repères

La véritable crise touche peut-être davantage le modèle masculin traditionnel que les hommes eux-mêmes. Le rôle exclusif de pourvoyeur économique s’effrite. Certains y voient une perte d’autorité ; d’autres y trouvent l’opportunité d’une paternité plus engagée et d’une relation conjugale plus équilibrée.

L’enjeu pour les hommes n’est pas de défendre un territoire symbolique, mais de redéfinir leur place dans un cadre plus partenarial.

Quel impact sur les nouvelles générations ?

Les enfants grandissent dans un environnement plus égalitaire, mais aussi plus instable. Ils bénéficient d’une ouverture des possibles, mais peuvent manquer de repères durables si les structures deviennent trop fragiles.
Le défi central est d’articuler liberté individuelle et responsabilité collective.

Conclusion : vers un nouvel équilibre

La société à venir ne sera ni patriarcale ni matriarcale ; elle sera contractuelle, négociée et fondée sur l’autonomie des individus.

La question n’est pas de savoir qui gagne ou qui perd. La véritable interrogation est celle-ci : saurons-nous transformer cette mutation en un équilibre durable, où hommes et femmes assument ensemble la responsabilité de la transmission, de la solidarité et de la cohésion sociale ?

L’avenir ne dépend pas d’un sexe contre l’autre, mais de la capacité collective à inventer un modèle où la liberté n’abolit pas le lien, et où l’égalité ne détruit pas la complémentarité.

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