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Le Maroc aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina : quand l’Atlas rencontre les Alpes

Par: Marco BARATTO

Par: Marco BARATTO * 


Longtemps associé dans l’imaginaire collectif aux déserts, aux plages atlantiques et aux sommets de l’Atlas, le Maroc trace aujourd’hui sa voie dans un territoire inattendu : celui des sports d’hiver. À l’approche des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, la présence marocaine sur la scène olympique hivernale symbolise une évolution profonde du sport mondial, où la géographie, le climat et les traditions ne constituent plus des limites absolues, mais des points de départ pour de nouvelles dynamiques.

Depuis plusieurs décennies, le sport international connaît une transformation silencieuse mais profonde. Les disciplines autrefois réservées à quelques régions du monde s’ouvrent progressivement à des nations dites « non traditionnelles ». Dans ce contexte, le Maroc incarne parfaitement cette mutation. Pays africain et méditerranéen, il démontre que la neige et la montagne ne sont pas l’apanage exclusif des Alpes ou de la Scandinavie, mais peuvent aussi devenir des espaces de projection, d’ambition et de représentation.

Le Royaume dispose d’ailleurs d’une réalité souvent méconnue : celle de ses montagnes enneigées. Des stations comme Oukaïmeden, située à plus de 2 600 mètres d’altitude dans le Haut Atlas, témoignent d’une pratique du ski bien réelle, même si encore modeste en termes d’infrastructures et de visibilité internationale. Mais au-delà du territoire national, c’est surtout grâce à sa diaspora sportive que le Maroc a su se construire une présence crédible dans les sports d’hiver.

Installées principalement en Europe, notamment en France, en Italie, en Suisse et en Allemagne, de nombreuses familles marocaines ont vu leurs enfants grandir au contact de cultures alpines et de structures sportives développées. Ces jeunes athlètes, souvent issus de familles binationales, ont été formés dans les clubs européens, bénéficiant d’un savoir-faire technique de haut niveau. Arrivés à l’âge adulte, certains font le choix conscient et assumé de représenter le Maroc sur la scène internationale.

Ce phénomène dépasse largement la simple question sportive. Il reflète une évolution des identités contemporaines, marquées par la mobilité, la pluralité culturelle et les liens transnationaux. Les athlètes binationaux deviennent ainsi des acteurs clés du sport moderne, capables de relier des systèmes, des cultures et des visions du monde différentes.

La participation marocaine aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina ne se résume donc pas à une quête de résultats ou de médailles. Elle porte un message politique, culturel et symbolique fort : celui d’un pays ouvert, tourné vers l’avenir, prêt à investir des disciplines nouvelles et à proposer une autre lecture du sport africain, souvent cantonné aux disciplines estivales ou à quelques spécialités bien identifiées.

Dans cette dynamique, des figures comme Pietro Tranchina occupent une place centrale. Né en Italie d’un père italien et d’une mère marocaine, élevé au cœur des Alpes, Tranchina illustre parfaitement cette nouvelle génération d’athlètes-ponts. Formé dans le système européen, habitué aux circuits internationaux, il choisit de mettre son expérience au service du projet marocain, incarnant une passerelle concrète entre les structures sportives européennes et l’ambition émergente du Royaume.

Son parcours illustre la stratégie progressive adoptée par la Fédération Royale Marocaine de Ski, qui mise sur la construction à long terme plutôt que sur des succès immédiats. En s’appuyant sur des athlètes issus de la diaspora, le Maroc pose les bases d’un mouvement durable, capable à terme d’inspirer de nouvelles générations, y compris sur le territoire national.

À Milan-Cortina, le Maroc ne viendra pas défier frontalement les grandes nations alpines, fortes de décennies de tradition, d’investissements massifs et de succès olympiques. Il viendra affirmer sa place, avec humilité et détermination, dans un paysage sportif en pleine recomposition. Chaque départ sur la neige, chaque drapeau porté lors des cérémonies, chaque présence au départ d’une épreuve constituera une victoire symbolique en soi.

Ces Jeux d’hiver offriront ainsi une scène idéale pour raconter une autre histoire du sport mondial : celle d’un dialogue entre l’Atlas et les Alpes, entre l’Afrique et l’Europe, entre héritage et modernité. Une histoire où la neige devient un terrain de rencontre, et où des nations comme le Maroc démontrent que l’ambition, la vision et l’ouverture peuvent redéfinir les frontières du possible.

Dans un monde où le sport est de plus en plus un langage universel, la présence marocaine à Milan-Cortina rappelle une vérité essentielle : les Jeux olympiques ne sont pas seulement une compétition, mais aussi un miroir des transformations sociales, culturelles et humaines de notre époque.

* Essayiste et analyste politique italien

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