
Par: Mohamed KHOUKHCHANI
Analyste politique

À l’approche des prochaines élections législatives, une vérité dérangeante s’impose : le Parti du Progrès et du Socialisme ne prépare pas une alternance, il prépare sa survie.
Le PPS n’est plus aujourd’hui un acteur central du jeu politique marocain. Il est devenu un parti à faible rendement électoral, fort d’un passé prestigieux mais prisonnier d’un présent verrouillé. Et contrairement au discours victimaire entretenu par sa direction, ce déclassement n’est ni accidentel ni conjoncturel : il est le produit direct de choix politiques assumés.
Quatre mandats, zéro refondation
Qu’un parti se réclamant du progrès, de la modernité et de la démocratie interne accepte qu’un même secrétaire général cumule quatre mandats successifs constitue une anomalie politique majeure. Ce n’est pas un détail organisationnel, c’est un signal envoyé à l’électorat : le PPS exige de la démocratie dans l’État, mais s’en dispense dans ses propres structures.
À force de neutraliser les débats, d’exclure ou d’asphyxier les voix dissidentes et de transformer les congrès en cérémonies de reconduction, la direction actuelle a vidé le parti de sa substance militante. Un parti sans respiration démocratique devient une coquille électorale.
Alliances contre-nature, sanction électorale
La participation prolongée à des gouvernements dominés par le PJD a porté un coup sévère à la crédibilité idéologique du PPS. Cette alliance hybride n’a ni renforcé son poids politique ni élargi sa base sociale. Elle l’a au contraire transformé en force d’appoint sans rapport de force, incapable d’imposer ses priorités sociales.
Résultat : rupture avec une partie de sa base historique, perte de confiance chez les progressistes, et confusion totale de son positionnement.
Les chiffres ne mentent pas
Sauf surprise majeure, le PPS ne peut raisonnablement espérer, lors des prochaines législatives :
● Entre 1,5 % et 3 % des suffrages au niveau national
● Entre 5 et 10 sièges à la Chambre des représentants
Une présence dépendante d’alliances locales plus que d’une dynamique propre
Ces chiffres ne permettent ni d’influencer une majorité, ni de revendiquer une participation gouvernementale crédible. Ils traduisent un déclassement politique durable.
Une gauche sans jeunesse, sans terrain, sans risque
Le plus grave n’est pas électoral. Il est politique. Un parti qui prétend défendre les classes populaires mais qui n’est plus implanté dans les quartiers populaires, le monde rural, les universités ou les syndicats a cessé d’être un parti de gauche vivant.
La jeunesse ne croit plus à un discours progressiste déconnecté de pratiques autoritaires internes. On ne combat pas l’abstention avec des communiqués, ni la défiance avec des slogans recyclés.
Dernier avertissement
Le PPS est à un point de non-retour.
● Soit il engage une refondation immédiate, démocratique et générationnelle,
● soit il acceptera de devenir un parti-musée, convoqué à chaque échéance électorale pour rappeler ce qu’il fut, jamais pour décider de ce qui vient.
En politique, l’histoire ne se respecte pas par incantation. Elle se mérite par le courage du changement.



