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Discours du Trône 2026 : la souveraineté du sous-entendu

Par : Allal KHEIREDDINE

Par : Allal KHEIREDDINE

Le Discours du Trône n’est pas un discours de politique générale : c’est un bilan adressé à la nation. Le Souverain récapitule les acquis de l’année, mais l’inventaire n’a pas de titulaire ministériel, le sujet du texte, obstinément, c’est « le Royaume », « notre pays », jamais le gouvernement. Le déplacement n’est pas rhétorique : il installe la nation, et non la majorité du moment, comme opérateur de son propre développement. La formule est explicite : les acquis « transcendent les mandats gouvernemental et parlementaire ».

À quelques semaines des législatives, l’avertissement est double : il désamorce toute captation partisane du bilan et fixe par avance la feuille de route du prochain gouvernement, sommé moins d’innover que de préserver et de poursuivre. Mais l’essentiel est dans les silences. Aucune mention du Sahara, parce qu’il n’y a plus lieu d’en parler : le Maroc évoqué est le Maroc entier, et rappeler l’évidence serait encore la soumettre à discussion. La souveraineté, quand elle est acquise, cesse d’être un argument pour devenir un présupposé ; victoire de syntaxe autant que de diplomatie.

Aucune mention de l’Algérie non plus : la main tendue, rituel des discours précédents, disparaît sans commentaire, ce qui est la manière la plus nette de la retirer. L’adage le dit mieux que toute glose — قوليه، قوليه، إلا عمى سير » وخليه « : on répète, on répète ; à celui qui persiste à ne pas voir, on laisse son aveuglement et l’on passe son chemin.

Le Royaume a cessé de définir sa politique régionale par rapport à un voisin qui ne répond pas. Le vocabulaire retenu est désormais celui de l’initiative — « interpeller », « formuler des offres », « diversifier ses partenariats » : un pays qui ne sollicite plus une place mais propose des termes, debout, sans dépendance à un axe unique. Reste la clé morale, donnée en clôture : hommage aux corps de l’État, mémoire de Mohammed V et de Hassan II, verset sur les bienfaisants. Le Souverain inscrit son action dans un devoir et non dans un mérite. Servir le peuple ne fonde aucune gloire personnelle : c’est la condition même de la fonction. Le bilan est présenté ; il n’est réclamé par personne.

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