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De Casablanca à Meknès, Marrakech et Imlil : le Maroc se souvient des victimes du terrorisme

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’Observatoire marocain de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, aux côtés de l’ensemble des composantes du peuple marocain, commémore le douloureux anniversaire des attentats terroristes qui ont frappé la ville de Casablanca le 16 mai 2003, faisant des victimes innocentes et laissant une blessure profonde dans la conscience nationale. En évoquant cette tragédie dans toute sa douleur et sa tristesse, nous n’oublions pas que d’autres villes, comme Meknès, Marrakech et Imlil, ont également connu la barbarie terroriste, qui a visé aussi bien les représentants de l’État que des citoyens innocents.

Dans le sillage des attentats du 16 mai, la ville de Meknès a été le théâtre d’actes terroristes douloureux ayant semé l’émoi parmi ses habitants. Parmi les plus marquants, l’attaque survenue dans le quartier Borg Moulay Omar où le vaillant agent de sécurité Khalid El Mansouri (inspecteur de police) est tombé en martyr lors d’une opération de ratissage d’une cellule terroriste fin janvier 2004. On ne peut non plus omettre le crime odieux qui a coûté la vie au chef de la division des affaires générales à la préfecture d’Al Ismïlia, ainsi qu’à un auxiliaire d’autorité dans un quartier populaire non loin de Sidi Bouzekri, tués par des extrémistes se réclamant del’islamisme. Ces événements douloureux, qui ont laissé des cicatrices profondes dans les cœurs des Meknassis, confirment que le terrorisme n’a pas frappé uniquement les grandes métropoles mais a touché l’ensemble du territoire national.

Bien avant ces faits, la ville de Marrakech avait déjà été marquée par une première vague de violence terroriste dans l’histoire contemporaine du Maroc, le 24 août 1994, lorsqu’un commando armé a attaqué l’hôtel touristique Atlas Asni. Cet attentat, planifié par des Algériens de nationalité française, a fait deux morts de nationalité espagnole et un blessé français. Les investigations menées par les autorités marocaines en coopération avec leurs homologues françaises ont permis d’identifier les auteurs. Deux d’entre eux ont été condamnés à la prison à perpétuité et un troisième à la peine capitale. L’enquête avait alors mis en cause directement les services de renseignement algériens, provoquant une grave crise diplomatique entre les deux pays.

Le 28 avril 2011, Marrakech a de nouveau été frappée, de la manière la plus atroce, par un attentat-suicide visant le célèbre café Argana sur la place Jemaa el-Fna. L’auteur, Adil El Othmani, a utilisé une bombe artisanale cachée dans un sac, tuant 17 personnes tout en blessant 20 autres. Cet attentat, le plus meurtrier jamais commis dans la ville, a été revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique. L’auteur principal a été condamné à mort, et son complice à la réclusion à perpétuité.

Le 17 décembre 2018, un nouveau drame a secoué le Maroc et ébranlé la conscience internationale. Quatre extrémistes, dans la région d’Imlil (Haut Atlas), ont égorgé deux randonneuses scandinaves : Louisa Vesterager Jespersen (Danoise, 24 ans) et Maren Ueland (Norvégienne, 28 ans). Qualifiés de « loups solitaires » ayant prêté allégeance à Daech, les assassins ont été arrêtés, jugés et condamnés à mort par la cour d’appel de Salé. Alors que les deux jeunes femmes se rendaient à l’ascension du mont Toubkal, les terroristes leur ont tendu un piège dans un endroit isolé, transformant la région en théâtre d’une horreur sans nom.

Nous implorons Dieu d’accueillir dans Sa sainte miséricorde les âmes des victimes de Casablanca, Meknès, Marrakech, Imlil et de tous les martyrs du terrorisme au Maroc. Nous exprimons notre pleine solidarité avec leurs familles et leurs proches, en affirmant que ces douloureux souvenirs resteront des étapes ineffaçables dans la mémoire collective des Marocains.

Ces événements ont constitué un tournant majeur dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Ils ont démontré que la réponse à ce fléau ne se limite pas à l’approche sécuritaire, mais nécessite également un combat intellectuel, éducatif et culturel global, mené au sein de l’école, de la mosquée, des médias et de tous les espaces de socialisation.

Les effets psychologiques du terrorisme sur les citoyens marocains.

Ces attentats, de Casablanca à Meknès, Marrakech et Imlil, ont laissé des séquelles psychologiques et morales profondes, encore vives aujourd’hui :

  • Traumatisme collectif et peur persistante : un sentiment d’insécurité s’est installé dans des lieux publics auparavant paisibles (cafés, quartiers résidentiels, administrations).
    ● Troubles psychologiques durables : les survivants, les familles des victimes, ainsi que les forces de l’ordre exposées quotidiennement au danger, souffrent d’anxiété, d’insomnie et d’angoisse.
    ● Fissure sociale : le terrorisme a visé les valeurs de vivre-ensemble et de tolérance, cherchant à semer la discorde, mais la conscience citoyenne marocaine a déjoué ces plans.

Les moyens les plus efficaces de lutter contre le terrorisme : l’expérience marocaine pionnière.

Vingt-trois ans après les premiers grands chocs, l’Observatoire réaffirme que l’investissement dans l’humain reste l’arme la plus efficace contre l’extrémisme. Fort des leçons tirées des attentats successifs, il appelle à :

  1. Renforcer le rôle des institutions éducatives pour inculquer aux enfants et aux jeunes les valeurs d’appartenance, de citoyenneté et de tolérance.
    2. Développer un discours religieux, éducatif et médiatique renouvelé, capable de toucher la conscience collective et de déconstruire le discours de haine et d’extrémisme.
    3. Adopter une approche sécuritaire proactive qui a permis au Maroc de démanteler des centaines de cellules terroristes, grâce à la vigilance des services de sécurité et à leur coordination, dans le respect des droits humains.
    4. Lancer des programmes de réhabilitation intellectuelle et psychologique tels que le programme « Moussalaha » (Réconciliation) pour la réinsertion des détenus pour terrorisme.
    5. Renforcer l’approche sociale et développementale pour lutter contre la pauvreté, le chômage et l’exclusion, facteurs pouvant alimenter l’extrémisme.

Être fidèle aux victimes du 16 mai, aux martyrs de Meknès, Marrakech, Imlil et à toutes les victimes du terrorisme au Maroc, ce n’est pas seulement se souvenir. C’est aussi agir collectivement et avec responsablé pour construire une société cohésive, capable de prémunir ses enfants par une pensée saine et un attachement sincère à la patrie.

Que Dieu fasse miséricorde aux martyrs d’hier, qu’Il préserve le Maroc en sécurité et stabilité, et qu’Il réduise à néant les desseins des terroristes et des extrémistes.

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