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La Samba a perdu le rythme sous les pas de Raksat l’Atlas. Réflexion footballistique، Coupe du Monde 2026, Groupe C, New Jersey

Par: Allal KHEIREDDINE

Par: Allal KHEIREDDINE

Il y a des nuits où le football cesse d’être un sport pour devenir une métaphore de civilisation. La nuit du 13 juin 2026, au MetLife Stadium de New Jersey، cette cathédrale de béton et de lumière qui accueillera la finale du monde, le Maroc n’a pas seulement tenu tête au Brésil. Il l’a instruit. Il a réinventé le football.

Très entreprenants dès le coup d’envoi, les Lions de l’Atlas ont étouffé les hommes de Carlo Ancelotti, comme on étouffe une flamme trop sûre d’elle-même. Il y avait dans ce pressing marocain, dans cette circulation de balle nerveuse et souveraine, inspiré par cette insouciance insolente de Bouaadi et ses coéquipiers quelque chose qui débordait le cadre du match : une leçon de maintien, d’orgueil contenu, de violence esthétique parfaitement distribuée. La Samba, cette danse du monde qui a fait rêver des générations entières, a rencontré ce soir-là une autre cadence, plus ancienne, plus grave, venue des contreforts de l’Atlas et du silence des pierres berbères. Et la Samba a failli perdre le rythme.

Demi-finaliste de l’édition 2022 et champion d’Afrique en titre, le Maroc n’a aucun complexe. Le Brésil, quintuple vainqueur de l’épreuve, a semblé bien timoré en début de match face à des Lions de l’Atlas affamés. Affamés, le mot est juste, mais incomplet. Car il ne s’agit pas de la faim du déshérité qui réclame sa part. Il s’agit de l’appétit du conquérant qui sait déjà ce qu’il est venu chercher.

Ismael Saibari a ouvert le score à la vingt-et-unième minute. Un but, certes, mais surtout une déclaration d’intention rédigée en langue universelle sur le plus grand théâtre du football mondial. Vinicius Jr a répondu, il le fallait, pour l’honneur de la Seleção, pour que la légende brésilienne ne se fracasse pas trop brutalement sur le roc marocain. Ce résultat a donné beaucoup d’inquiétude au peuple brésilien et beaucoup d’espoir au Maroc. L’inquiétude des uns dit exactement le même chose que l’espoir des autres : quelque chose d’irréversible s’est produit.

Ceux qui s’obstinent à voir dans la trajectoire du football marocain une série de coïncidences heureuses ne comprennent rien aux logiques de la construction collective.

Le Mondial 2022 au Qatar n’était pas un accident de l’histoire. C’était l’aboutissement visible d’une révolution silencieuse menée pendant des années dans les académies, les sélections jeunes, les préparations tactiques que le reste du monde africain regardait sans voir. Ancelotti lui-même a désigné le Maroc comme le principal adversaire du Brésil dans le groupe C : « Il a de l’expérience, a très bien joué lors du dernier Mondial. C’est une équipe solide, qui conserve la même structure. Quand l’entraîneur le plus titré de l’histoire du football de club identifie votre équipe comme la menace première, ce n’est plus de la courtoisie diplomatique. C’est de la reconnaissance.

La jalousie, il y en a eu (on nous prédisait des défaites humiliantes, des 6-0 par exemple…). Il y en aura encore. Certains esprits, incapables de déconstruire leur propre condescendance, cherchent encore la faille théorique qui permettrait d’expliquer ces succès sans avoir à admettre une vérité trop simple : le Maroc est grand parce qu’il a choisi de l’être. Parce que des hommes ont décidé, à un moment précis de l’histoire de leur pays, que l’excellence footballistique n’était pas un luxe réservé aux latitudes européennes ou sud-américaines, mais un droit que l’on conquiert par le travail, la méthode et la foi en soi.

À la fin, les joueurs n’étaient pas euphoriques parce qu’ils avaient fait match nul contre le Brésil. Il y avait surtout un goût d’inachevé, l’impression qu’on pouvait aller chercher cette victoire. Voilà le signe le plus éloquent de la maturité atteinte. Une équipe qui sort frustrée d’un nul contre le Brésil dans un match de Coupe du monde n’est plus une équipe qui rêve de participer. C’est une équipe qui exige de gagner. La nuance est abyssale.

La danse de l’Atlas est moins spectaculaire en apparence que la Samba. Elle n’a pas les déhanchements gracieux, les cercles de couleurs, le carnaval solaire que le monde a appris à associer au génie brésilien. Mais elle possède une qualité rare : elle ne s’épuise pas. Elle va au fond des choses. Elle tient dans le temps long comme tient une civilisation qui a traversé les siècles sans se perdre. Elle est collective, rigoureuse, portée par une intelligence tactique qui ne doit rien à l’improvisation et tout à la profondeur.
Ce soir au New Jersey, entre deux continents confondus dans la même fièvre, le Maroc a prouvé une fois de plus qu’il ne danse pas pour faire plaisir au monde. Il danse pour lui-même، Et le monde, qu’il le veuille ou non, s’arrête pour regarder.

Les Lions ne sont pas venus en Amérique pour jouer leur partition dans le récit des autres. Ils sont venus écrire le leur. Et l’encre, ce 13 juin, avait la couleur rouge et verte du drapeau le plus fier de l’Atlas.

La suite appartient au destin. Mais le destin, on le sait désormais, porte le maillot du Maroc, et le label de Dima Maghrib. 

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