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Le cardinal de Rabat, un geste historique du pape François pour une Église vraiment universelle

Par: Marco BARATTO *

Par: Marco BARATTO *

Un an après la disparition du pape François, son héritage continue d’inspirer l’Église catholique et le monde entier. Parmi les nombreux gestes qui ont marqué son pontificat, l’un des plus significatifs fut l’élévation, pour la première fois dans l’histoire, de l’archevêque de Rabat, Cristóbal López Romero, au rang de cardinal. Ce choix audacieux n’était pas seulement une décision interne à l’Église, mais un signal fort envoyé à l’ensemble des fidèles et au monde interreligieux.

Traditionnellement, le collège des cardinaux reflétait l’importance historique de certaines grandes métropoles catholiques. Cependant, le pape François avait une vision différente : celle d’une Église tournée vers les périphéries, attentive aux réalités minoritaires et aux territoires où les chrétiens vivent souvent dans la discrétion. En nommant l’archevêque de Rabat cardinal, il affirmait que la présence chrétienne dans un pays à majorité musulmane méritait reconnaissance et visibilité.

Cette décision historique a été largement interprétée comme une manifestation concrète de l’universalité de l’Église. Rabat, capitale d’un pays où les catholiques représentent une minorité, devenait soudain un point de référence dans la gouvernance de l’Église universelle. Ce geste montrait que la catholicité ne se limite pas aux régions traditionnellement chrétiennes, mais qu’elle s’étend à toutes les cultures et à tous les peuples.

Le contexte dans lequel cette nomination eut lieu est essentiel pour en comprendre la portée. Le pape François accordait une grande importance au dialogue entre les religions, en particulier avec l’islam. La présence d’un cardinal à Rabat incarnait symboliquement cette volonté de rapprochement et de compréhension mutuelle. Elle signifiait aussi que les chrétiens vivant en terre musulmane ne sont pas oubliés, mais pleinement intégrés dans la vie de l’Église.

Pour les fidèles du Maroc, cette nomination fut un moment de grande fierté. Elle renforça leur sentiment d’appartenance à une communauté mondiale et confirma que leur témoignage, souvent discret, avait une valeur universelle. Dans un contexte où les minorités religieuses peuvent se sentir marginalisées, ce geste apporta une reconnaissance morale importante.

Au-delà du Maroc, l’élévation du cardinal de Rabat fut perçue comme un message adressé au monde entier. Elle soulignait la nécessité de construire des relations basées sur le respect et la coopération. Le pape François comprenait que le dialogue interreligieux ne pouvait se limiter à des rencontres ponctuelles, mais devait s’inscrire dans des structures durables. En intégrant un représentant d’une Église minoritaire au cœur du gouvernement catholique, il donnait une dimension institutionnelle à cette vision.

Ce geste historique fut également cohérent avec l’ensemble du pontificat de François, marqué par une attention constante aux périphéries humaines et géographiques. Il parlait souvent d’une « Église en sortie », appelée à aller vers ceux qui vivent aux marges. Rabat devint ainsi un symbole vivant de cette orientation missionnaire.

Un an après la mort du pape François, l’image du cardinal de Rabat reste fortement associée à cette volonté de transformation. Elle rappelle que les décisions symboliques peuvent avoir des conséquences profondes. En effet, cette nomination a encouragé d’autres initiatives visant à renforcer la représentation des Églises minoritaires dans les instances centrales.

Aujourd’hui encore, ce geste est considéré comme l’un des actes les plus significatifs de son pontificat. Il a contribué à redéfinir la manière dont l’Église se perçoit elle-même : non plus comme une institution centrée sur ses bastions historiques, mais comme une communauté universelle attentive à toutes ses composantes.

Ainsi, l’élévation du premier cardinal de Rabat demeure un symbole puissant de renouvellement. Elle témoigne d’un pape qui a su lire les signes des temps et répondre aux défis contemporains avec courage. Plus qu’un simple événement protocolaire, cette décision a ouvert une nouvelle page dans l’histoire de l’Église catholique et dans sa relation avec le monde musulman.

* Essayiste et analyste politique italien

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