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Maroc : progrès et interrogations – le décryptage de Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Introduction.

Dans un monde où la puissance se déplace des champs de bataille vers les marchés financiers et les conditionnalités de la dette, le Maroc se trouve à un carrefour stratégique. À travers une lecture critique des thèses de John Perkins et une analyse des fragilités internes comme des atouts nationaux, la meilleure issue est de plaider pour un partenariat international équilibré, seul garant d’une souveraineté économique durable.

Dans le monde contemporain, les rapports de force entre nations ne se limitent plus aux armées, aux frontières ou aux démonstrations militaires. La puissance s’exerce désormais à travers des mécanismes souvent plus discrets, mais tout aussi déterminants : la dette, les marchés financiers, les accords commerciaux, le contrôle technologique, les multinationales et les institutions économiques internationales.

1. L’héritage de John Perkins : le « tueur économique »

C’est précisément cette réalité que l’ouvrage « Confessions of an Economic Hit Man » ( Berrett-Koehler Publishers, 2004 ) de l’écrivain américain John Perkins, a contribué à populariser à l’échelle mondiale.

Dans ce livre controversé, John Perkins affirme avoir participé à un système destiné à convaincre certains pays en développement de contracter des prêts gigantesques pour financer des infrastructures présentées comme indispensables au progrès : barrages, réseaux énergétiques, autoroutes, aéroports ou grands projets industriels.

Selon lui, ces investissements servaient certes à moderniser les États concernés, mais ils contribuaient également à les enfermer dans une dépendance financière durable. Les prêts accordés par des institutions telles que la Banque mondiale (World Bank) ou le Fonds monétaire international (IMF) finissaient souvent par bénéficier davantage aux grandes entreprises étrangères qu’aux populations locales.

2. Le mécanisme de la dépendance : un néocolonialisme financier.

Lorsque les États devenaient incapables d’honorer leurs dettes, ils se retrouvaient contraints d’accepter des conditions économiques et politiques favorables aux intérêts des puissances dominantes : privatisations, ouverture des marchés stratégiques, concessions sur les ressources naturelles ou alignements diplomatiques.

Cette logique correspond à ce que plusieurs penseurs ont qualifié de « néocolonialisme » : une domination qui ne passe plus nécessairement par l’occupation militaire directe, mais par les mécanismes économiques et financiers.

3. Les armes silencieuses de la géopolitique moderne.

Le monde regorge en effet de situations où les pressions économiques ont précédé les tensions politiques ouvertes. Les sanctions, les embargos, les conditionnalités financières, le contrôle des monnaies ou la dépendance énergétique constituent aujourd’hui des armes géopolitiques majeures. Ce n’est souvent qu’une fois ces leviers devenus insuffisants que certains acteurs recourent à des formes plus brutales de confrontation politique ou militaire.

4. L’erreur de la conspiration unique : le rôle des fragilités internes.

Cependant, réduire toutes les crises internationales à une conspiration unique serait une erreur d’analyse. Les relations internationales demeurent complexes et multidimensionnelles. Les influences extérieures ne produisent leurs effets que lorsque les fragilités internes existent déjà : corruption, faiblesse institutionnelle, absence de vision stratégique, inégalités sociales ou dépendance excessive vis-à-vis de l’extérieur.

C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi certains États parviennent à préserver une relative autonomie malgré les pressions internationales, tandis que d’autres deviennent extrêmement vulnérables.

5. Le cas du Maroc : progrès et interrogations.

Le cas du Maroc illustre parfaitement cette équation complexe entre ouverture économique, développement et souveraineté. Depuis plusieurs années, le Royaume a engagé d’importants projets structurants : infrastructures portuaires, lignes ferroviaires modernes, énergies renouvelables, plateformes industrielles et ouverture renforcée sur l’Afrique et les marchés internationaux. Ces réalisations ont incontestablement amélioré l’attractivité économique du pays et consolidé sa position stratégique régionale.

Mais dans le même temps, des interrogations persistent autour :

● du poids de l’endettement ;
● des inégalités sociales ;
● de la précarité d’une partie des classes populaires et moyennes ;
● de l’accès à une éducation et à une santé de qualité ;
● ainsi que de la répartition réelle des bénéfices du développement.

6. Pour un partenariat équilibré : la voie marocaine.

Le véritable défi pour le Maroc ne réside donc ni dans le refus de la mondialisation, ni dans une dépendance aveugle aux capitaux extérieurs. La priorité stratégique devrait être la construction d’un partenariat équilibré avec le reste du monde.

Un partenariat équilibré signifie :

● une coopération fondée sur des intérêts mutuels ;
● une capacité nationale de négociation ;
● la protection des secteurs stratégiques ;
● une réduction progressive des dépendances critiques ;
● et surtout, un investissement massif dans le capital humain.

7. Les piliers internes de la souveraineté économique.

Car la souveraineté économique ne peut exister durablement sans :

● une école performante ;
● un système de santé solide ;
● la justice sociale ;
● la recherche scientifique ;
● une administration efficace ;
● et la confiance entre l’État et les citoyens.

L’expérience mondiale montre que les pays qui réussissent durablement ne sont pas forcément ceux qui disposent des ressources naturelles les plus abondantes, mais ceux qui savent transformer leurs partenariats internationaux en leviers de développement souverain plutôt qu’en mécanismes de dépendance.

Conclusion.

Dans un monde où l’économie est devenue un instrument central de puissance, la véritable indépendance ne se limite plus au drapeau ou aux frontières. Elle se mesure à la capacité d’un pays à préserver sa liberté de décision, à protéger la dignité de sa population et à négocier avec les grandes puissances à partir d’une position d’équilibre et de confiance.

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