
Par: Mohammed EL QANDIL *

Aimer, Ecrire, Mourir…
A D. HABRI
J’ai toujours aimé, par-dessus tout, cette coïncidence extraordinaire entre Aimer, Ecrire et Mourir :
Se perdre dans l’autre ; se perdre dans les mots ; se perdre dans la terre ; est un destin exceptionnel, ne touchant que les privilégiés qui appellent de leurs vœux l’exceptionnel.
C’est une perte qui n’a d’égale que la résurrection qui vient après.
C’est une perte qui exige sens et démesure !
****
Voici qu’un homme frappe à la porte d’une femme. Voici qu’il lui tend un livre, lui fait une proposition presque indécente :
– « nous vivrons d’eau et de terre, de ciel ouvert sur le sens des jours. Nous ne serons pas de ceux qui feront la guerre, mais bien de ceux qui apporteront un brin d’herbe à la maison, afin que naisse la vie tranquillement et que nous puissions vaquer au besoin d’aimer. Acceptes-tu que je meure dans ton cœur ? ».
– « Meurs en moi ! et que le seuil de mes lèvres sanctifie ta présence. Meurs et sois paisible, tu vivras toujours au bord de mes mains, au bout de mes yeux, veillant au grain apporté la veille. Mon homme tu seras, ma valeur, quand le soleil brillera de mille feux d’absence et de nostalgie. Meurs heureux car c’est moi qui ferai vœu de toutes les femmes de la terre ! ».
****
-Je n’ai pour me couvrir que les mots, me mettre à nu aussi. Ils sont tour à tour, je le sais, dangereux, mesquins, voraces, futiles, forts, malins… Ils sont, tout le temps, imprenables !
Longtemps, j’ai cherché à aller au-delà, à briser le sens dont ils seraient porteurs. Je n’ai pas réussi. La mer, il faut le dire, était plus forte. J’ai succombé aux appels des sirènes.
J’écris depuis.
Je m’immisce dans les interstices. Je valide les images. L’ombre est ma preuve la plus irréfutable. J’y livre mes dernières batailles.
-En silence, dit le poète. En silence.
****
Je l’ai quittée au milieu du chemin…
Elle n’arrivait pas à comprendre qu’aimer c’est mourir, et que les cendres qui subsistent après le feu allumé, finissent par offrir un nid douillet au passeur des mots !
****
Que veulent les livres ? Que cherchent les scribes ? Que désirent les lecteurs ?
Rien, disent-ils.
Nous jouons au jeu d’exister ! Nous n’avons pas d’autre prétention !
*Poète, chercheur en littérature et arts plastiques/
Inspecteur pédagogique



