
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Alors que l’aube se lève sur le douzième jour de la guerre imposée à l’Iran, le conflit reste militairement figé dans l’équation du « ni vainqueur, ni vaincu ». En revanche, le camp des perdants s’élargit de manière dévastatrice sur les plans économique et humain, touchant désormais le monde entier. Ce qui avait commencé comme des frappes de représailles entre Washington/Tel-Aviv d’un côté et Téhéran de l’autre s’est rapidement transformé en une guerre existentielle et un tournant majeur pour la région, coïncidant avec la chute du pilier du régime iranien et la fermeture de la route énergétique la plus vitale au monde.
L’Iran entre deuils des commandants et installation d’un nouveau régime dans l’ombre.
La capitale iranienne, Téhéran, est le théâtre de scènes contrastées depuis plusieurs jours. Alors que des foules immenses enterrent dans la « Place de la Révolution » les hauts gradés des Gardiens de la Révolution tombés lors des premiers jours des frappes, tous les regards sont tournés vers les tractations en cours au sommet de l’État.
Des sources officielles iraniennes ont confirmé la mort du Guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, lors des frappes d’ouverture de la guerre. Ce bouleversement stratégique majeur a été suivi de l’annonce du choix de son fils, Mojtaba Khamenei, pour lui succéder, avec le soutien des Gardiens de la Révolution et du président. Pour les observateurs, cette transition plonge le régime dans une nouvelle phase que certains qualifient « d’héréditaire », au moment même où il fait face à un défi existentiel sur plusieurs fronts.
Au-delà des dirigeants, l’Iran paie un lourd tribut quotidien en vies civiles. Les rapports font état de dizaines de victimes civiles, dans un incident particulièrement atroce où l’on annonce la mort de 175 enfants dans le bombardement d’une école. Cet événement a poussé Washington à ouvrir une enquête, au milieu de versions radicalement contradictoires sur l’identité du responsable.
Le détroit d’Ormuz : l’épée iranienne sur la gorge de l’économie mondiale.
Si le front militaire fait rage dans les cieux iraniens, israéliens et au-dessus des bases américaines dans la région, le front économique, lui, bouillonne dans les eaux du Golfe. Les Gardiens de la Révolution ont tenu leur promesse en fermant le détroit d’Ormuz, ce passage maritime par lequel transite un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et un tiers du commerce du gaz naturel liquéfié et des engrais.
Les conséquences ne se sont pas fait attendre :
● Le trafic maritime quasiment paralysé : L’ONU a confirmé une chute de 97% du trafic naval dans le détroit.
● 200 navires sont bloqués dans la région, et des géants du transport comme « Maersk » ont totalement suspendu leurs opérations dans le Golfe.
● Les marchés de l’énergie hurlent : Les prix du pétrole ont grimpé à des niveaux record, frôlant les 120 dollars le baril avant de se stabiliser entre 90 et 100 dollars. Les prix du GNL en Asie ont doublé, et le diesel atteint aux États-Unis son plus haut niveau en deux ans.
Les répercussions ne se limitent pas au prix du carburant ; elles menacent désormais de provoquer une vague de « stagflation » mondiale. La directrice générale du FMI a mis en garde contre des « conséquences catastrophiques », appelant le monde à « se préparer à l’inimaginable ». L’Europe, déjà en proie à une crise énergétique, voit se profiler à l’horizon une vague de fermetures d’usines, tandis que l’Asie (Inde, Chine, Japon) redoute une paralysie de ses approvisionnements vitaux.
Positions internationales : entre mobilisation diplomatique et intransigeance militaire.
Face à la pression économique croissante, la carte des positions internationales commence à se redessiner plus clairement :
● Soutiens à l’offensive : Certaines capitales occidentales et arabes se rangent aux côtés de Washington et d’Israël, soit par un soutien logistique, soit en justifiant les opérations comme un « droit à la légitime défense » ou une « nécessité de démanteler l’infrastructure militaire iranienne ».
● Opposants à la guerre : En parallèle, les voix se multiplient au sein des grands pays des BRICS et du monde en développement pour dénoncer une violation flagrante du droit international et de la souveraineté des États, appelant à un cessez-le-feu immédiat avant que la situation ne dégénère totalement.
● Les pays directement touchés : Les nations du Golfe et de l’Union européenne, malgré la divergence de leurs positions politiques, mènent une action diplomatique frénétique sur plusieurs fronts pour tenter d’endiguer la catastrophe économique provoquée par la fermeture du détroit. Sans succès pour l’instant.
Conditions de négociation : aucune accalmie en vue.
Au milieu de cette destruction, le langage du dialogue est totalement absent. Les déclarations des dirigeants ne laissent entrevoir aucune issue proche, attisant au contraire les flammes :
● Depuis Washington : Le président Donald Trump refuse de reconnaître le nouveau guide suprême et pose comme condition la « reddition » de l’Iran, affirmant que son pays fixera seul les termes de la fin de la guerre.
● Depuis Tel-Aviv : Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, monte encore les enchères en appelant ouvertement le peuple iranien à « se soulever » contre son régime. Il va jusqu’à menacer d’assassiner le nouveau guide s’il persiste dans la voie de son père, réaffirmant sa détermination à poursuivre la guerre « sans limite de temps ».
● Depuis Téhéran : Les déclarations officielles répètent que l’Amérique et Israël ont commencé la guerre, mais que c’est l’Iran qui y mettra fin [selon des sources informées].
Cet abîme entre les positions rend tout effort de médiation internationale aussi inefficace qu’une tentative de briser un mur.
Paysage régional : un incendie sur plusieurs fronts.
La guerre ne se limite pas à l’Iran. Les frappes israéliennes intensives contre le Hezbollah au Liban menacent d’ouvrir un nouveau front majeur. De même, l’interception récente de missiles iraniens par les Émirats arabes unis prouve que le conflit n’est plus circonscrit et menace désormais la stabilité de toute la région, d’autant que l’Iran continue de lancer des attaques de drones et de missiles balistiques vers Israël et les bases américaines.
En résumé : le monde retient son souffle.
Alors que la guerre entre dans son douzième jour, la question n’est plus « Qui va gagner ? » mais plutôt « Quand ce cauchemar prendra-t-il fin ? ». Entre les corps d’enfants dans les écoles iraniennes, le pari d’un changement de régime à Téhéran, les crises énergétiques en Europe et les pétroliers bloqués dans le Golfe, il semble que tout le monde soit désormais perdant.
Les peuples, comme toujours, paient le prix fort. Le peuple iranien sous les bombes, les peuples européens et asiatiques face à des factures énergétiques impossibles. L’heure décisive approche à chaque instant. Soit la diplomatie se mettra sérieusement en mouvement avant que la stagflation ne se transforme en dépression mondiale, soit tous continueront leur course vers le gouffre.



