
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

La transformation industrielle du Maroc dépasse aujourd’hui le simple cadre du développement économique classique. Elle s’inscrit désormais dans une logique de souveraineté stratégique, au cœur des rivalités mondiales autour des chaînes d’approvisionnement, de l’énergie et de la technologie.
Dans un monde marqué par la fragmentation économique et la compétition entre grandes puissances, le Maroc ne cherche plus seulement à attirer des investissements, mais à s’imposer comme un maillon structurant des chaînes de valeur mondiales, notamment dans les secteurs qui façonneront l’économie du XXIᵉ siècle : mobilité électrique, aéronautique, énergies renouvelables et hydrogène vert.
L’industrie comme levier de souveraineté
La réussite du Maroc dans l’industrie automobile constitue bien plus qu’un succès économique. Elle représente un levier de puissance géo-économique. Disposer d’une base industrielle solide, avec un fort taux d’intégration locale, signifie aussi disposer d’une marge d’autonomie stratégique dans un monde où les ruptures des chaînes d’approvisionnement deviennent récurrentes.
Le même raisonnement s’applique à l’aéronautique, où le Maroc évolue progressivement d’un rôle de sous-traitant vers celui de partenaire industriel à forte valeur technologique. Or, dans l’économie mondiale contemporaine, la maîtrise technologique est directement liée à l’influence stratégique.
L’accélération des projets industriels aéronautiques montre que le Maroc cherche désormais à maîtriser des segments industriels technologiques complets. Dans ce cadre s’inscrit l’ambition nationale de produire le premier avion marocain à l’horizon 2030, après le lancement de projets liés à la fabrication de composants aéronautiques, notamment des éléments de moteurs, des systèmes électroniques et des pièces mécaniques de haute précision.
Le développement de la fabrication d’équipements et de systèmes de train d’atterrissage pour les avions de type A320 constitue une étape stratégique majeure, compte tenu du niveau technologique et de sécurité exigé par ces systèmes critiques. Cette évolution traduit le passage progressif du Maroc du statut de sous-traitant industriel à celui d’acteur participant à la fabrication de systèmes aéronautiques essentiels, rapprochant le pays de l’objectif de construction d’une industrie aéronautique nationale intégrée.
La logistique : un instrument d’influence stratégique
La puissance logistique marocaine s’impose désormais comme un outil d’influence géo-économique. Les grands hubs portuaires ne sont plus de simples plateformes commerciales, mais des centres de contrôle des flux industriels, énergétiques et commerciaux entre continents.
En consolidant sa position sur les routes maritimes reliant l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique, le Maroc renforce progressivement son poids dans les équilibres économiques internationaux.
L’énergie verte : du choix écologique à l’avantage stratégique
L’investissement massif dans les énergies renouvelables constitue aujourd’hui un avantage compétitif majeur. À l’heure où les normes carbone deviennent des instruments économiques et politiques, la capacité à produire une énergie propre et compétitive devient un facteur décisif d’attractivité industrielle.
Quant à l’hydrogène vert, il pourrait devenir l’un des piliers énergétiques du futur, avec des implications géopolitiques comparables à celles des hydrocarbures au siècle précédent.
Les défis du modèle marocain
Cette montée en puissance s’accompagne néanmoins de défis importants : maintien de l’équilibre entre ouverture économique et souveraineté nationale, intensification de la concurrence mondiale pour l’attraction des investissements industriels, et nécessité d’assurer une distribution équitable des fruits de la croissance.
Le succès du modèle industriel marocain sera jugé non seulement à l’aune des exportations, mais aussi à sa capacité à structurer une classe moyenne industrielle solide.
Conclusion
Le Maroc ne construit pas uniquement des infrastructures industrielles et énergétiques ; il construit un positionnement stratégique dans la nouvelle architecture économique mondiale. Si cette dynamique se poursuit, le Maroc pourrait devenir, dans les prochaines décennies, l’un des pôles industriels les plus influents de l’espace euro-méditerranéen et africain.



