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Le sang, l’écharpe et le lion : le joueur blessé comme symbole de l’esprit marocain

Par: Marco BARATTO

Par: Marco BARATTO *

Le Maroc n’a pas remporté la Coupe d’Afrique des Nations sur le terrain. Mais il a gagné quelque chose de plus grand, de plus profond et de plus durable : une victoire morale, symbolique et humaine. L’image qui restera gravée dans la mémoire collective de ce Championnat d’Afrique 2025 n’est ni un but, ni une coupe soulevée. C’est celle d’un joueur marocain, blessé à l’arcade sourcilière, le visage ensanglanté, refusant de quitter le terrain et continuant à jouer.

Sur cette photo, il y a le Maroc

Il ne s’agit pas simplement de rhétorique sportive. C’est un instantané qui résume toute une histoire nationale, un esprit collectif, une culture de résistance et de dignité. Le football, à cet instant précis, cesse d’être un jeu et devient un langage anthropologique. Le corps blessé qui reste debout en dit bien plus que mille discours.

Le joueur aurait pu s’arrêter. Cela aurait été légitime, humain, compréhensible. Mais il a choisi de rester. De serrer les dents. De défendre son maillot malgré la douleur. Ce geste n’est pas un acte d’héroïsme individuel pour le simple plaisir de jouer : c’est l’expression d’une éthique profondément ancrée dans le peuple marocain, qui nous enseigne à ne pas reculer face à l’adversité, à ne pas abandonner quand les choses se compliquent.

Après des années d’études, d’écriture et d’observation du Maroc, un trait distinctif se dégage toujours : la capacité d’endurer sans se victimiser, d’affronter les épreuves avec fierté, de transformer la souffrance en force. Le joueur blessé incarne cet esprit même. Un esprit de lion.

Le lion, sans surprise, est un symbole récurrent dans l’imaginaire marocain : force, royauté, protection, courage. Mais le lion marocain ne rugit pas pour dominer ; il rugit pour défendre ce qui lui est cher. Dans ce match, le joueur ne défendait pas seulement un résultat, mais une identité.

Le public dans les tribunes l’a immédiatement compris. Chaque pas, chaque tacle, chaque course de ce joueur blessé devenait un acte de communion émotionnelle avec des millions de Marocains. Dans ce sang coulait l’histoire d’un peuple qui a enduré épreuves, colonisations, crises et renaissances sans jamais perdre sa dignité.

Cette image fait parfaitement écho au message de Sa Majesté Mohammed VI. Lorsque le Roi évoque la persévérance, la détermination et l’esprit d’équipe, il ne s’agit pas de vaines paroles. Ce joueur incarne ces valeurs. Il représente le capital humain dont parle le Souverain : instruit, conscient, responsable et prêt à se sacrifier pour le bien commun.

À travers cette scène, le Maroc s’est adressé au monde entier sans qu’il soit nécessaire de traduire. Il a montré qu’une nation ne se mesure pas uniquement aux trophées qu’elle remporte, mais aussi à sa façon d’affronter la défaite, à sa dignité dans la douleur, à la noblesse de son geste. Continuer à jouer, blessé, c’est croire que la dignité prime sur le résultat.

C’est pourquoi nous pouvons affirmer avec certitude que le Maroc a gagné. Il a remporté la bataille de l’image, de la crédibilité et de l’humanité. Il a démontré que le sport peut être une source d’éducation civique, un vecteur de construction identitaire, le reflet d’une société qui refuse de baisser les bras.

Dans cette arcade sourcilière blessée réside l’âme marocaine : résiliente, fière, solidaire. Une âme qui ne cherche pas la pitié, mais le respect. Une âme qui marche la tête haute, même blessée.

Et c’est peut-être là la plus grande victoire.

  • Essayiste et analyste politique italien

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