
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Elles ont traversé les siècles en rivales, Fès la spirituelle et Meknès la martiale, chacune fière de ses palais, de ses dynasties, de son génie propre. Pourtant, ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, sous l’égide d’une région unifiée, les deux cités ont rendez-vous avec l’histoire autrement : non plus pour s’opposer, mais pour s’assembler. L’exemple offert par leur agenda culturel et agricole est un signal qu’il ne faut plus ignorer. Du 20 au 29 avril, Meknès devient la capitale planétaire de l’agriculture – le corps nourri par la terre. Du 4 au 7 juin, Fès s’impose comme le théâtre des musiques du monde – l’esprit nourri par l’art. Neuf jours contre quatre. Terrestre contre céleste. Loin d’une concurrence stérile, c’est une partition harmonieuse qui s’écrit. Et si cette logique prévalait enfin dans tous les domaines ?
Car le salut de la Région Fès-Meknès ne réside pas dans une guerre d’attractivité – zones industrielles, universités, salons – mais dans une spécialisation intelligente décidée en commun. Imaginez : Meknès, pôle agro-logistique de référence pour le Maroc, forte de son SIAM, de ses barrages, de son bassin céréalier. Fès, pôle de l’économie de la connaissance, de l’artisanat d’art et du tourisme patrimonial, adossée à la plus ancienne université du monde. Entre elles, non pas un mur, mais un technopôle partagé sur l’axe de Saïs, dédié aux énergies renouvelables et à l’économie circulaire. Une gouvernance conjointe, un comité Fès-Meknès, répartirait les grands événements, mutualiserait les infrastructures logistiques, et ferait de la mobilité ferroviaire rapide (30 minutes chrono) le ciment d’un bassin de vie unique.
Cette stratégie ne relève pas du vœu pieux. Elle s’inscrit dans les orientations du Nouveau Modèle de Développement, qui appelle à une régionalisation avancée et à la fin des doublons stériles. L’État, garant de l’équilibre territorial, doit non pas trancher entre Fès et Meknès, mais les contraindre à coopérer par des contrats de performance, des incitations fiscales croisées et un principe clair : tout projet structurant devra justifier sa complémentarité avec l’autre pôle.
Les populations, elles, n’attendent que cela. Les jeunes de Fès n’ont pas à envier les emplois agricoles de Meknès, ni les commerçants meknassis à jalouser les touristes de Fès. Leur bien-être commun passe par une offre élargie : étudier à Fès, travailler à Meknès, se cultiver dans l’une, se ressourcer dans l’autre. La complémentarité, c’est aussi la fin du gaspillage des deniers publics – deux aéroports sous-utilisés, deux zones industrielles en concurrence, deux universités qui s’ignorent – au profit d’un vrai projet métropolitain binoculaire.
Alors, oui : l’exemple du SIAM et du Festival des musiques du monde est vertueux. Mais il doit devenir la matrice de tous les autres secteurs – santé, sport, artisanat, recherche. Fès et Meknès ont tout à gagner à cesser de se regarder dans le rétroviseur de l’histoire. Leur avenir est devant, et il est commun. Aux décideurs régionaux et nationaux de saisir cette évidence : ensemble, elles pèseront ; séparées, elles s’affaibliront. Le Maroc a besoin de ce bipôle uni. Faisons de la complémentarité non plus une exception, mais une règle.





