
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

C’est une nouvelle qui a fait l’effet d’une onde de choc salvatrice dans les ruelles de la médina et les artères de la nouvelle ville. La Commune de Meknès vient de lancer un appel d’offres international pour l’aménagement de la première tranche de la vallée de Boufekrane. Ce n’est pas qu’un simple projet de plus ; c’est un acte de réparation, une renaissance attendue pour ce poumon vert qui sépare et unit à la fois les deux rives de la capitale ismaélienne.
Pendant trop longtemps, le constat était celui d’une déliquescence inacceptable. Ceux qui ont connu la Meknès florissante d’avant les années soixante-dix ne peuvent que serrer le poing en repensant à ce qu’était devenue la vallée. Là où rayonnait jadis la célèbre piscine municipale, où les familles se pressaient au parc Lahboul pour admirer les jardins fleuris et le zoo, où la pépinière Slaouia et le club CODEM de natation rythmaient la vie des habitants, il ne restait que l’amertume et la nostalgie.
La « Vallée heureuse » sur l’oued Abou Ishaq a eu droit jadis à ses lettres de noblesse pendant que celle de Ouislane porte encore les stigmates de son ancien et glorieux dynamisme grâce à son abritation d’une multitude de carrières de sables devenues des grottes artificielles et d’un beau domaine agricole dont il reste quelques vestiges. Mais la vallée de Boufekrane, l’ossature même sur laquelle la ville s’est greffée, a été la grande sacrifiée de l’urbanisme. Laissée à l’abandon par des décennies de gestion municipale aux abonnés absents, elle a subi l’affront de voir ses berges transformées en dépotoirs et ses versants défigurés par des remblais sauvages. Pire encore, des édifices, non conformes à l’architecture sublime de la cité impériale, ont poussé comme des verrues, dévorant cet espace sans considération pour son héritage ou son potentiel.
Alors oui, il est temps de dénoncer cette longue léthargie. Où étaient les élus ? Où étaient les responsables nommés pendant que ce joyau se mourait ? Comment a-t-on pu laisser la capitale de Moulay Ismail, cette ville aux cent minarets, subir un tel outrage sans broncher ? L’abandon n’était plus seulement physique, il était symbolique : c’était une ville que l’on laissait s’effacer de la carte touristique et du cœur de ses citoyens.
Mais aujourd’hui, tournons la page. Le projet annoncé est à la hauteur de l’histoire. Sur cent vingt hectares pour cette première phase, la mue sera radicale. On ne se contente pas de « nettoyer », on va « cicatriser ». L’ambition affichée de recréer les versants de la vallée pour gommer les stigmates des années de laisser-aller est un signal fort : on veut redonner à Meknès sa fierté et son prestige perdus.
Le cahier des charges, digne des plus grandes métropoles, promet de faire rimer écologie et modernité. La dépollution de l’oued est une urgence vitale, tout comme la création de belvédères offrant des panoramas à couper le souffle sur la ville. On y injectera des équipements sportifs et de loisirs, des chemins piétonniers repensés, du mobilier urbain design et des aires de jeux pour enfants. L’accessibilité, enfin pensée pour tous, avec des passerelles et des rampes, permettra de relier dignement la médina et la ville nouvelle.
Surtout, ce projet audacieux intègre l’idée de valoriser les monuments historiques environnants. En dotant le site de supports pédagogiques, on ne fait pas que du paysagisme : on raconte Meknès aux visiteurs et on la réapprend à ses propres habitants.
Ce lancement d’appel d’offres international est le signe que la résurrection de Meknès est en marche. Gageons que les responsables actuels, cette fois, sauront mener la barque avec la transparence et l’ambition nécessaires. La ville impériale a trop souffert de l’indifférence pour accepter désormais la médiocrité. Le réaménagement de la vallée de Boufekrane n’est pas une fin en soi, c’est le premier pas d’une longue convalescence. Bienvenue au chevet de la capitale ismaélienne.




