
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Meknès n’est pas une ville ordinaire. Elle est une mémoire. Une capitale impériale. Un patrimoine classé par l’UNESCO. Et pourtant, elle donne aujourd’hui le sentiment d’une cité en suspens, d’un espace livré à l’usure, aux retards, aux promesses inabouties.
Le constat est douloureux, mais il est chiffrable.
Une capitale régionale en perte de vitesse.
Avec près de 600 000 habitants dans l’aire urbaine, Meknès est la troisième grande ville de l’intérieur du pays. Pourtant, son budget communal reste structurellement limité comparé à des villes de poids démographique similaire.
Une part importante des recettes est absorbée par les charges fixes (salaires, fonctionnement), laissant une marge d’investissement réduite.
Dans plusieurs exercices budgétaires récents, plus de 60 % des dépenses ont été consacrées au fonctionnement, contre moins de 40 % pour l’investissement. Résultat : voirie dégradée, éclairage public irrégulier, espaces verts insuffisamment entretenus.
Urbanisme : l’anarchie coûte cher.
Les enquêtes successives diligentées par le Ministère de l’Intérieur et les observations du Conseil supérieur des comptes ont pointé :
● Des autorisations de construire contestées.
● Des dépassements de hauteur et modifications illégales.
● Des retards dans l’exécution de projets structurants.
Chaque projet bloqué ou révisé représente des millions de dirhams immobilisés, des emplois retardés, et une perte d’attractivité.
La médina : patrimoine en péril.
Classée patrimoine mondial depuis 1996, la médina de Meknès devait être un moteur touristique. Or :
● Plusieurs bâtisses menacent ruine.
● Les circuits touristiques restent sous-valorisés.
● Le flux de visiteurs demeure inférieur à celui d’autres villes impériales.
À titre comparatif, certaines villes marocaines dépassent 2 à 3 millions de nuitées annuelles, quand Meknès peine à consolider sa position sur la carte touristique nationale.
Chômage et déclassement économique.
Dans la région Fès-Meknès, le taux de chômage des jeunes dépasse régulièrement les moyennes nationales urbaines.
L’absence de grands projets industriels ou technologiques structurants accentue l’exode des compétences. Chaque départ de jeune diplômé est un capital humain perdu. Chaque commerce qui ferme dans le centre-ville est un signal d’alerte supplémentaire.
Une gouvernance fragmentée.
Les tensions politiques locales, les rivalités partisanes et les soupçons de malversations ont produit un effet délétère :
● Décisions retardées.
● Projets gelés.
● Méfiance généralisée.
L’exemple ancien de l’affaire impliquant l’ex-président du conseil communal, le défunt Aboubakr Belkora, a durablement marqué la mémoire collective. Même lorsque la justice suit son cours, l’impact politique demeure.
Meknès mérite mieux.
Une ville impériale ne peut vivre dans la nostalgie. Elle doit investir, planifier, anticiper.
Meknès a besoin :
● D’un audit financier public et transparent.
● D’un plan pluriannuel d’investissement priorisant voirie, propreté et patrimoine.
● D’une gouvernance stable, au-dessus des calculs partisans.
● D’un pacte local associant élus, société civile et opérateurs économiques.
L’histoire nous a légué des remparts. Mais les remparts ne suffisent plus à protéger une ville contre l’immobilisme.
Meknès ne souffre pas d’un manque d’atouts.
Elle souffre d’un manque de cap.
Il est temps que les élus comprennent que gérer une ville impériale n’est pas administrer un budget, mais porter une vision.
Meknès mérite un sursaut.




