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Barrages au Maroc : entre bénédiction hydrique et impératif de vigilance

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Le Maroc doit une grande partie de sa résilience hydrique à la politique volontariste de construction de barrages engagée depuis plusieurs décennies. Sans ces infrastructures, la population comme les terres agricoles irriguées auraient subi, à un rythme bien plus dramatique, des pénuries d’eau potable et d’irrigation, compromettant sérieusement la production agricole et l’autosuffisance alimentaire du pays.

Cependant, les années de sécheresse successives, de plus en plus fréquentes et intenses, ont mis à rude épreuve ce modèle. Elles ont contraint les autorités à recourir, parfois dans l’urgence, à l’importation de produits agricoles vitaux afin de répondre aux besoins du marché national.

Une embellie climatique à double tranchant

L’année en cours marque un tournant climatique notable. Les précipitations abondantes et les importantes chutes de neige enregistrées sur l’ensemble du territoire national ont permis aux barrages d’atteindre des taux de remplissage exceptionnels. Les nappes phréatiques montrent également des signes clairs de reconstitution, au point que certaines sources naturelles, disparues depuis des années, recommencent à couler.

Cette embellie, aussi salutaire soit-elle, ne doit cependant pas occulter une réalité préoccupante : l’état de santé de certaines infrastructures hydrauliques, en particulier les barrages dits « fragiles ».

Des barrages à risque à surveiller de près

Tous les barrages ne présentent pas le même niveau de sécurité. Certains, construits non pas en béton armé mais en terre compactée, sont plus vulnérables aux fortes pressions hydrauliques, aux infiltrations et à l’érosion interne, surtout lorsque les niveaux d’eau montent rapidement.

L’expérience récente et tragique de la Libye, où la rupture de barrages a provoqué des pertes humaines considérables et des dégâts matériels colossaux, reste gravée dans les mémoires. Elle démontre, de manière dramatique, que la négligence ou le retard dans la maintenance des ouvrages hydrauliques peut se transformer en catastrophe nationale.

À cet égard, les signaux préoccupants observés au barrage de Oued El Makhazine doivent être interprétés comme une alerte sérieuse, et non comme un incident isolé.

Quelles mesures urgentes prendre ?

Face à ces risques, la vigilance doit être élevée au rang de priorité nationale. Plusieurs mesures s’imposent sans délai :
● Audit technique exhaustif de l’ensemble des barrages, avec une attention particulière aux ouvrages en terre compactée et aux barrages anciens.
● Renforcement structurel immédiat des infrastructures identifiées comme vulnérables, à l’aide de techniques modernes adaptées.
● Mise à jour des plans d’urgence et d’évacuation pour les populations vivant en aval des barrages à risque.
● Installation de systèmes de surveillance en temps réel (capteurs, télémétrie, inspections régulières) permettant d’anticiper toute défaillance.
● Transparence et communication avec les citoyens et les élus locaux afin d’éviter la panique tout en instaurant une culture de prévention.

Prévenir plutôt que réparer

Le Maroc a fait des barrages un pilier de sa sécurité hydrique et alimentaire. Cette stratégie demeure pertinente, mais elle exige aujourd’hui un effort accru en matière de maintenance, de modernisation et de prévention des risques.

Car si l’eau est une bénédiction lorsqu’elle est maîtrisée, elle peut devenir destructrice lorsqu’elle est négligée.

 

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