
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Le dernier Conseil d’Association Maroc–Union européenne n’est pas un simple rendez-vous institutionnel. Il est un acte politique, au sens le plus fort du terme. Trente ans après l’Accord d’Association, et six ans après un silence lourd de sens, l’Union européenne a envoyé un message clair : le partenariat avec le Maroc n’est ni conjoncturel, ni tactique, encore moins négociable à la baisse.
Dans un environnement international fracturé — guerre en Europe, chaos au Moyen-Orient, pression migratoire accrue, recomposition des chaînes de valeur — l’UE a fait un choix stratégique. Elle a choisi la clarté là où certains misaient sur l’ambiguïté, la continuité là où d’autres espéraient la rupture.
Le symbole est fort. Le timing l’est davantage encore. Ce Conseil d’Association s’est tenu immédiatement après le Conseil des Affaires étrangères de l’UE, ce qui signifie une chose très simple : le Maroc n’est pas traité comme un dossier périphérique, mais comme un sujet stratégique de premier rang, débattu au plus haut niveau politique européen. La présence inédite de plusieurs ministres européens des Affaires étrangères, aux côtés de la Haute Représentante et de la Commissaire à la Méditerranée, confirme que Rabat n’est plus un interlocuteur parmi d’autres, mais un partenaire pivot.
Ce Conseil dit aussi, sans le dire explicitement, l’échec de toutes les tentatives visant à fragiliser le partenariat Maroc–UE. Depuis des années, certains acteurs s’emploient à judiciariser la coopération, à intoxiquer l’opinion européenne et à politiser les échanges économiques. Résultat ? L’accord agricole révisé est non seulement maintenu, mais appliqué. Les Provinces du Sud y sont explicitement intégrées. Le partenariat n’a pas reculé sous la pression : il s’est endurci.
Mais la rupture majeure est ailleurs. Pour la première fois, les 27 États membres de l’Union européenne, sans exception, ont reconnu le Plan d’Autonomie marocain comme l’unique base crédible et réaliste de règlement du différend autour du Sahara. Cette position, alignée sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité, marque la fin de l’ambivalence européenne. L’Europe a cessé de gérer ce dossier dans le flou. Elle a choisi un camp : celui du réalisme politique, de la stabilité régionale et de la légalité internationale.
C’est un tournant diplomatique majeur, fruit d’une stratégie marocaine de long terme, conduite avec constance par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Une diplomatie qui ne cède ni à l’improvisation ni à la surenchère, mais qui avance avec patience, lisibilité et cohérence.
Ce Conseil d’Association ouvre surtout une nouvelle phase : celle de l’après-Statut Avancé. Dialogue politique de haut niveau, mandat pour un Nouveau Partenariat Stratégique Approfondi, coopération renforcée en matière de sécurité, d’industrie, de numérique et d’investissements : le Maroc n’est plus un bénéficiaire, il est un co-architecte de la relation.
Les signaux politiques sont limpides. Entre Rabat et Bruxelles, il ne s’agit pas de dépendance mais d’interdépendance stratégique. L’Europe a besoin du Maroc : pour sa stabilité, pour sa sécurité, pour son énergie verte, pour son ancrage africain. Le Maroc, de son côté, fait le choix de l’Europe comme partenaire structurant, non par défaut, mais par conviction stratégique.
Ce partenariat a résisté aux crises migratoires, aux tensions commerciales, aux campagnes hostiles et aux tentatives de déstabilisation. Cette résilience prouve qu’il repose sur des intérêts réels, et non sur des postures diplomatiques fragiles.
Une analogie s’impose : le partenariat Maroc–UE est un pont à trois piliers — économique, sécuritaire et politique. Ce Conseil d’Association n’a pas simplement consolidé ces piliers. Il a rappelé une vérité que certains refusent encore d’admettre : le Maroc n’est pas sur la rive sud à attendre que l’Europe décide. Il est au centre du dispositif, architecte et co-gardien de l’équilibre euro-méditerranéen.
À partir de maintenant, la balle est aussi dans le camp européen. La clarté engage. La reconnaissance implique des responsabilités. Et les partenariats stratégiques ne se déclarent pas : ils se traduisent en actes.



