
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Ce dimanche 18 janvier 2026, le stade Moulay Abdellah de Rabat ne sera pas seulement le théâtre d’une finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Il sera, surtout, le lieu d’une rencontre hautement symbolique entre deux nations africaines dont les trajectoires sportives, humaines et politiques se croisent depuis des décennies : le Maroc et le Sénégal.
Sur le plan strictement footballistique, l’affiche est prestigieuse. Les Lions de l’Atlas, pays hôte de cette 35ᵉ édition de la CAN, rêvent d’une deuxième étoile, cinquante ans après l’épopée fondatrice de 1976 en Éthiopie. Les Lions de la Teranga, eux, entendent confirmer leur statut de grande puissance du football africain après leur premier sacre continental en 2022 à Yaoundé. Deux équipes solides, deux écoles de jeu respectées, deux ambitions légitimes.
Mais réduire cette finale à une simple confrontation sportive serait passer à côté de l’essentiel. Car Maroc – Sénégal, ce n’est pas uniquement un match de football. C’est l’expression d’une relation historique singulière, tissée de respect mutuel, de solidarité politique, d’échanges humains et d’une fraternité africaine authentique, éprouvée par le temps. Peu de relations bilatérales sur le continent peuvent se prévaloir d’une telle constance et d’une telle profondeur.
Cette amitié plonge ses racines dans l’histoire des indépendances africaines. Du temps de Léopold Sédar Senghor et de Mohammed V, déjà, le dialogue était nourri par une vision commune de l’Afrique, humaniste, ouverte et souveraine. Elle s’est consolidée sous Hassan II et Abdou Diouf, dans un esprit de confiance et de coopération stratégique. Elle connaît aujourd’hui, sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et avec les autorités sénégalaises actuelles, un essor remarquable, à la fois politique, économique, religieux et culturel.
Il suffit d’interroger les peuples des deux pays pour mesurer la force de ce lien. Au Maroc comme au Sénégal, la réponse est souvent la même : « l’ami sûr, c’est l’autre ». Une perception rare, précieuse, presque unique dans les relations internationales africaines, trop souvent marquées par les rivalités, les malentendus ou les héritages conflictuels.
Dans ce contexte, la finale de la CAN 2025 prend une dimension particulière. Elle devient un nouvel atout symbolique à inscrire dans le bilan déjà riche des relations maroco-sénégalaises. Un moment de communion populaire, de passion partagée, où la compétition n’efface ni le respect ni l’estime réciproque. Quel que soit le vainqueur, l’essentiel sera ailleurs : dans l’image d’une Afrique capable de conjuguer excellence sportive et maturité politique, ferveur populaire et fraternité durable.
En accueillant cette finale, Rabat offre à l’Afrique un message fort : celui d’un continent qui peut rivaliser dans le sport de haut niveau tout en célébrant ses valeurs profondes. En y participant, le Maroc et le Sénégal rappellent que le football peut être un langage diplomatique, un pont entre les peuples, un miroir fidèle des relations humaines lorsqu’elles sont sincères.
Ce soir, un trophée sera soulevé. Mais au-delà de l’argenterie et des médailles, c’est l’amitié maroco-sénégalaise qui sortira, une fois encore, victorieuse. Une amitié originale, féconde, et résolument fraternelle. Une amitié qui, hier comme aujourd’hui, et sans doute demain, continuera d’inspirer l’Afrique.



