CRISE DE GOUVERNANCE AU CCM. LES CINÉASTES S’INTERROGENT SUR LA NON TENUE DE LA 3ÈME SESSION DE LA DEUXIÈME ANNÉE DE LA “COMMISSION NATIONALE” DE SOUTIEN AU CINÉMA.

**UN RETARD INJUSTIFIÉ ET INEXPLICABLE

De nombreux échos proviennent de la communauté des cinéastes qui s’interrogent sur la non tenue de la 6ème session de la commission de soutien au cinéma.

La période critique actuelle ne peut souffrir du moindre retard pour mettre à la disposition des professionnels du cinéma les moyens que l’État leur a conférés pour travailler.

La “Commission Nationale” qui relève du gouvernement a été installée par le ministre de la culture et de la communication le 18 mars 2019 pour un mandat de deux ans… jusqu’au 18 mars 2021.

Elle est régie par le Décret n° 2.12.325 du 17 aout 2012 fixant les conditions et les procédures d’aide à la production… et par l’arrêté conjoint N° 2490.12 du 19 septembre 2012 entre les départements de la communication et des finances modifié par l’arrêté n° 319.15 du 22 juin 2015.

L’article 15 de l’arrêté est clair: “LA COMMISSION DU FONDS D’AIDE À LA PRODUCTION CINÉMATOGRAPHIQUE TRAVAILLE SELON UN PLAN ANNUEL (…) LA COMMISSION SE RÉUNIT SUR CONVOCATION DE SON PRÉSIDENT EN TROIS SESSIONS PAR AN”.

Lors de la 1ère année, la Commission a travaillé normalement et s’est réunie à 3 reprises. Pour la 2ème année elle ne s’est réunie qu’en 2 sessions (la 4ème et la 5ème qui s’est déroulée en ligne à cause de l’épidémie).

La présidente actuelle de la Commission Mme Ghita El Khayat à qui l’arrêté confère pleinement le pouvoir de convoquer les membres n’ a pas fait le job. Pourquoi ? Là aussi mystère !!

En plus, l’arrêté exige de la présidence “d’envoyer une convocation à tous les membres accompagnée de l’ordre du jour et cela au plus tard deux semaines avant la date de la réunion”.

En raison même de ce retard, le délai qui reste (avant le 18 mars 2021) rend improbable sa tenue.

Et même un supposé prétexte pour des raisons sanitaires ne peut justifier ce retard… parce que la Commission a déjà travaillé en “vidéo conférence” pour la 5ème session.

**CONTOURNEMENT OU ANNULATION DE LA 6ÈME SESSION

Le silence du CCM est total. Et pourtant l’établissement a invité les postulants à déposer leurs projets à la date limite du 5 janvier… avec une prolongation au 5 février 2021.

Les dépôts ont été effectifs depuis près un mois. Mais les projets n’ont pas été libérés pour que la Commission les étudie. Ils sont toujours retenus par l’administration du CCM !

Mais le plus inexplicable est que le CCM a ouvert son site pour le dépôt des projets… au titre de “1 ère session de 2021”. D’où a- t-il sorti cette numérotation et appellation de “1ère session” ?

A quel titre le CCM se permet d’ignorer la continuité des travaux de la commission, conformément aux dispositions du texte gouvernemental… qui a fixé le nombre de “6 sessions” sur deux ans ?

**UN CHEVAUCHEMENT SUR DEUX MANDATS

Certains cinéastes avancent que cette “1ère session de 2021” serait une projection sur le mandat de la nouvelle Commission qui sera installée après le 18 mars 2021…

Ce serait encore plus incompréhensible parce qu’il y aurait une situation de “chevauchement irrégulier” de compétence ou de prérogatives.

Est-il possible qu’au cours du mandat de la Commission actuelle (toujours en activité et qui avait plusieurs mois devant elle) l’administration du CCM reçoive des dossiers pour les faire examiner par une future commission qui n’a pas encore été mise en place ??

Un chevauchement de “compétences” entre le mandat d’une Commission toujours active… et l’anticipation injustifiée sur le travail d’une autre commission pas encore nommée, ni installée… sans aucune existence légale ou fondement juridique…

Cette régression de la “culture du droit” est consternante.

** RELATIONS TENDUES ENTRE LA DIRECTION DU CCM ET LA COMMISSION

En l’absence de communiqué de la part du CCM, le milieu du cinéma a conclu que cette 6ème session a été soit “contournée”… soit “zappée”… soit “annulée” ??

La situation est aussi interprétée par le fait que les relations entre le directeur du CCM et cette commission soient tendues.

Une commission qui a toujours cherché à s’inscrire dans les dispositions claires et nettes du texte (arrêté n° 319.15 du 22 juin 2015) qui régit son fonctionnement.

Deux autres commissions (la “Commission de numérisation et rénovation des salles” et la “Commission des festivals”) ont été reconduites pour une nouvelle année (comme le prévoit le texte !) sauf celle de la “Commission de production”… Ce qui en dit long…

**DES CRÉDITS QUI POURRAIENT TOMBER DANS LA MASSE

Le budget alloué à la production cinématographique est de 75 millions de dirhams par an. 60 millions de dh pour la production en général… et 15 millions de dirhams pour la production de films documentaires sur la culture sahraouie et hassanie.

La Commission délibère, à chaque session, pour soutenir les projets sur cette base de près de 25 millions de dh.

Or, que va-t-il devenir des crédits alloués à cette 6ème session (avortée !) ? Vont -ils “tomber dans la masse” selon la formule consacrée quand les fonds de l’Etat ne sont pas dépensés?

Ce serait une grave erreur en cette période où le milieu du cinéma est dans la souffrance !

Le ministère de la culture et de la jeunesse et des sports, garant de la bonne application des lois et règlements de tous les établissements sous sa tutelle, est sollicité pour répondre à ces questions.

L’État de droit est un tout et ne peut être écorné… Ni être appliqué à la carte selon les humeurs, les caractères ou les états d’âme d’un fonctionnaire.

** L’APRÈS NOUREDDINE SAIL

Le milieu du cinéma rappelle aussi qu’une profonde crise existe depuis de nombreuses années entre le directeur du CCM et de nombreux acteurs majeurs du cinéma.

Y compris les ténors, grands réalisateurs et talents qui ont forgé l’âme de ce cinéma… Ils ne comprennent pas l’absence du dialogue, l’unilatéralisme, l’exclusion de partenaires à la légitimité indiscutable… bref des comportements d’un autre temps !!

Il est à rappeler que Sarim El Hak Fassi-Fihri, né en octobre 1958, producteur de cinéma et propriétaire des studios Cinedina, a été nommé directeur du CCM le 2 octobre 2014 par le gouvernement Benkirane …

Il succéda à Feu Noureddine Sail, professeur de philosophe, critique de cinéma et passionné d’audiovisuel… Il était la bête noire des islamistes parce qu’il avait, selon eux, deux tares, impardonnables: la philosophie et le cinéma !

Noureddine Sail voulait des salles numérisées et des Multiplex partout. Il avait de profondes divergences avec Mustapha El Khalfi, ex-ministre de la communication.

Tout le monde sait que la culture n’est pas la tasse de thé du PJD ni du MUR… cinéma, théâtre, musique, danse, arts plastiques, complexes culturels… relèvent pour eux du superflu et du dérisoire.

**DES RECONDUCTIONS MULTIPLES

Sarim Fassi Fihri a atteint l’âge de la retraite en 2018. Il a été reconduit à 3 reprises par le gouvernement Othmani: 2018, 2019 et 2020.

Pour le “bis répétita” d’octobre 2020, il a été encore reconduit par une simple “lettre” du chef du gouvernement. Saâd Eddine El Othmani avait aussi demandé à Othman El Ferdaous, ministre actuel de la Culture, de la jeunesse et des sports, de lancer un appel à candidatures pour un nouveau directeur. Cinq mois ont passé et rien n’a été fait.

Le milieu du cinéma est déchiré et vit dans le malaise. Le management du CCM est empêtré dans de nombreux litiges… y compris de nature judiciaire avec la Chambre Nationale des Producteurs de Films présidée par Latif Lahlou.

Le CCM a grandement besoin de sérénité, apaisement, rajeunissement et nouveau souffle…

Il est appelé à s’inscrire dans la culture de la nouvelle Ère… pour qu’il devienne un pôle fédérateur et de cohésion entre les cinéastes… au service du rayonnement national et international du cinéma marocain.

Le milieu du cinéma est unanime pour que le choix du futur Directeur du CCM s’inspire de l’expérience française. Elle a toujours évité de mettre à la tête du CNC (Centre National du Cinéma) un professionnel du cinéma (détenteur de sociétés de productions ou de studios…) pour éviter toute dérive subjective.

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