
Le président de l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME), Driss Chahtane, a appelé à la restructuration du paysage médiatique marocain, à la revalorisation du métier de journaliste et à l’émergence d’entreprises de presse plus solides, crédibles et économiquement autonomes.
S’exprimant lors de l’Assemblée générale ordinaire de l’ANME, tenue mardi à Casablanca, M. Chahtane a insisté sur l’urgence de repenser le modèle économique de la presse nationale, indique un communiqué de l’ANME.
Évoquant les 247 millions de dirhams prévus dans le PLF 2027 au titre du soutien au secteur, il a appelé à faire évoluer la vocation de ces aides, estimant qu’après avoir contribué à préserver les entreprises et les emplois, notamment durant la crise sanitaire, le soutien public doit désormais, devenir un véritable instrument de développement, de modernisation et d’investissement.
« Nous devons dépasser la logique de survie pour construire une presse nationale forte, structurée et compétitive, capable d’accompagner les transformations de notre pays et de rivaliser avec les grands acteurs médiatiques internationaux », a-t-il dit, mettant en avant les dysfonctionnements qui fragilisent le paysage médiatique national.
Selon le président de l’ANME, 379 entreprises de presse bénéficient actuellement d’aides publiques, alors que seules 59 seraient structurées et affiliées à des organisations professionnelles. Dans ce contexte, il a plaidé pour davantage de transparence, de rigueur et de responsabilité dans l’organisation du secteur, tout en appelant à lutter contre les pratiques susceptibles de porter atteinte à la crédibilité de la profession.
En relation avec la revalorisation du statut de journaliste et de la carte de presse professionnelle, M. Chahtane a estimé indispensable de restaurer le prestige et les exigences du métier, évoquant une réflexion en cours autour de l’instauration d’une licence d’exercice de l’activité médiatique, dans l’objectif de mieux encadrer le secteur et de promouvoir une presse citoyenne, responsable et crédible.
L’Assemblée générale ordinaire a été marquée par un bilan des réalisations de l’Association, et de riches échanges sur l’avenir de la presse marocaine, l’évolution des mécanismes de soutien public, la professionnalisation des entreprises médiatiques et la nécessité de bâtir un secteur capable d’accompagner les grandes ambitions du Royaume.
Ouverte par Fatima Ezzahra Ouriaghli, cette AGO a permis de dresser le bilan des actions engagées par l’Association et d’examiner les principaux défis auxquels sont confrontés les professionnels des médias.
Le rapport moral, présenté par le secrétaire général de l’ANME, Mokhtar Laghzioui, a notamment mis en lumière les efforts déployés en faveur de l’amélioration des conditions d’exercice de la profession, de l’évolution du cadre juridique et du renforcement de la structuration du secteur. Il a également rappelé la contribution de l’Association à la mobilisation des médias nationaux lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN-2025) et à l’accompagnement des journalistes marocains dans la couverture de la Coupe du monde 2026.
Sur le plan financier, le rapport présenté par Fatima Ezzahra Ouriaghli fait état, au 30 septembre 2026, de recettes de 505.225,61 dirhams et de dépenses de fonctionnement de 605.180,19 dirhams, soit un déficit provisoire de 99.954,58 dirhams. L’ANME conserve néanmoins une trésorerie solide, avec des disponibilités financières de plus de 1,72 million de dirhams.
Les débats qui ont suivi ont permis aux membres de soulever plusieurs préoccupations majeures, notamment la dévalorisation du métier de journaliste, la multiplication des supports de presse, la concurrence des plateformes publicitaires internationales, la nécessité de distinguer juridiquement les activités journalistiques de celles des influenceurs, ainsi que les déséquilibres dans l’accès aux ressources issues des annonces officielles de l’État. La préservation de la presse écrite, le renforcement des mécanismes de concertation et la mise en place de comités de suivi ont également figuré parmi les propositions formulées.
Répondant aux interrogations sur l’évolution des relations entre l’État et la presse, M. Laghzioui a rappelé que l’objectif devait être de permettre aux entreprises médiatiques de gagner progressivement en autonomie, sans dépendre durablement des subventions publiques. Il a également insisté sur la nécessité de préserver l’unité de la profession, considérant que les divisions internes constituent un facteur d’affaiblissement du secteur.
Au terme de cette AGO, une conviction s’est imposée selon laquelle l’avenir de la presse marocaine passe par une restructuration ambitieuse, une professionnalisation accrue et l’émergence de modèles économiques durables. Dans cette perspective, l’ANME réaffirme son engagement à poursuivre son action en faveur d’un paysage médiatique national plus fort, plus crédible et mieux préparé aux défis de demain, à la hauteur des grandes transformations et des ambitions du Royaume, conclut le communiqué.



