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Sahara : tout vient à point à qui a le droit et sait attendre

Par : Hedi KENDIRE

Par : Hedi KENDIRE 

À la veille du vote du 31 octobre, le projet américain pourrait ériger l’autonomie sous souveraineté marocaine en cadre exclusif de la négociation. Ce serait une consécration diplomatique, et le début d’un chantier plus ardu.

Cinquante ans durant, le Maroc n’a jamais transigé sur son Sahara, tandis qu’un conflit anachronique sclérosait le Maghreb. Le 31 octobre pourrait marquer une inflexion décisive. Si le Conseil de sécurité entérine le projet américain du 20 octobre, l’autonomie cessera d’être l’une des solutions « les plus réalisables » pour devenir l’unique horizon de la négociation. Ce serait la consécration d’une évolution patiemment édifiée par Rabat, qui a préféré la constance à la précipitation, et les alliances à l’invective. Tout vient à point à qui sait attendre, mais encore faut-il l’intime conviction de son droit.

Un texte qui change d’échelle

Le projet transformerait la MINURSO en MINUSO, éteindrait son mandat de maintien de la paix en avril 2027 et la convertirait en mission politique spéciale. Il tient l’autonomie véritable pour la seule solution réalisable, érige le plan marocain actualisé en unique base de négociation et condamne l’attaque du 5 mai 2026 contre Smara. L’émoi est éloquent : lettre « urgente » du « polisario » à la présidence du Conseil, inquiétude à peine voilée à Alger devant la clôture d’un statu quo propice à l’atermoiement.

Ce texte n’est pas une rupture. La résolution 2797 d’octobre 2025 appelait déjà à négocier sur la base du plan d’autonomie, et trois cycles de pourparlers ont suivi. Il parachève une diplomatie de sédimentation : Washington en 2020, Madrid en 2022, Paris en 2024, Londres en 2025, et des consulats à Laâyoune et Dakhla. Rabat a fait admettre la viabilité de sa proposition et l’impraticabilité d’un référendum enlisé depuis les années 1990. La constance n’est pas l’immobilisme : elle maintient le cap en ajustant les moyens.

Alger et le piège de l’obstination

Sans confondre les peuples et les pouvoirs, il faut nommer les choses. Le pouvoir algérien sait que le Maroc ne renoncera pas à son Sahara. Ce qu’il ne peut concevoir, c’est une issue qui ne sonne pas comme le désaveu de son propre récit. La doctrine héritée de Boumédiène survit moins par sa fécondité que par la peur d’en avouer l’impasse. Érigée en posture d’État, la formule النيف والخسارة, l’honneur jusqu’à la perte, traduit une dignité stérile : plutôt perdre ensemble que laisser l’autre avancer. Le coût en est exorbitant : frontière close depuis 1994, Maghreb en déshérence, générations nées dans les camps de Tindouf. Une Algérie prospère serait une chance pour le Maroc. La souveraineté marocaine et la dignité algérienne ne sont pas les termes d’un jeu à somme nulle.

La fin d’un monopole

Le « polisario » menace de pratiquer la chaise vide, qui n’a jamais inversé une dynamique. Il invoque l’avis de la CIJ de 1975. Celui-ci reconnaissait pourtant des liens d’allégeance entre le sultan et certaines tribus, sans écarter l’autodétermination, et la probité interdit d’en amputer une moitié. Plus décisive est la consultation prévue d’interlocuteurs sahraouis du territoire, des camps et de la diaspora. Aucune organisation ne saurait soustraire indéfiniment sa prétention à la représentation exclusive à l’épreuve du pluralisme. Le Maroc doit en faire un principe : rien sur l’avenir du Sahara sans les élus du Sahara. Une diplomatie sûre d’elle ne redoute pas la polyphonie.

Quant à Lagouira, une demande mauritanienne de clarification frontalière n’est pas une revendication, et un marchandage supposé n’est pas un fait. La coopération avec Nouakchott peut tisser des intérêts communs, jamais servir de monnaie d’échange sur la souveraineté.

La victoire n’est pas la ligne d’arrivée

Une résolution ouvre un cycle plus exigeant, autour de trois chantiers.

L’autonomie elle-même. Un plan n’est pas un statut : il reste à définir le corps électoral, les compétences et la gestion des ressources. Les jeunes de Laâyoune et de Dakhla jugeront sur pièces. Une autonomie de façade, téléguidée depuis Rabat, offrirait aux adversaires du Maroc leur meilleur argument.

La vigilance. Le contentieux migrera vers l’Union africaine, les prétoires européens et les réseaux sociaux. Il faudra y opposer des dossiers étayés plutôt que des anathèmes.

Le Maroc lui-même.

Comment accorder au Sud des compétences étendues sans approfondir la décentralisation à Oujda, Agadir ou Fès ? L’autonomie saharienne pourrait devenir le laboratoire d’une refondation de l’État. Un État fort n’est pas celui qui concentre les décisions, mais celui qui sait déléguer sans se désunir.

La lettre R pourrait disparaître du sigle onusien, mais la question du consentement et de la légitimité changera seulement de théâtre. Après avoir convaincu le monde, le Maroc devra démontrer la réussite de son projet. Tout vient à point à qui a le droit et sait attendre. Mais la victoire véritable appartient à celui qui, après avoir attendu, sait bâtir. Et le chantier s’annonce colossal et convoque une approche visionnaire et pragmatique. Bien loin des calculs partisans et de la politique politicienne.

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