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Autonomie, oui. Désintégration, non.

Par : Hedi KENDIRE

Par : Hedi KENDIRE 

Le Maroc a entendu l’Envoyé personnel du Secrétaire général. Il a pris acte du fait que l’autonomie est désormais reconnue comme la seule voie sérieuse. Il a aussi lu les conditions qui l’accompagnent. Qu’on le sache à New York comme à Alger : le Maroc ne signera pas son propre démembrement, même rédigé dans la langue la plus courtoise de la diplomatie.

La concession a déjà été faite

En 2007, le Maroc a proposé une large autonomie pour ses provinces du Sud. Ce n’était pas une position d’ouverture destinée à être marchandée. C’était le compromis. Un État unitaire qui accepte de partager l’exercice du pouvoir sur une partie de son territoire a déjà fait le chemin qu’aucun autre État n’a fait dans des conditions comparables.

Demander aujourd’hui au Maroc de nouvelles concessions sur ce compromis revient à considérer la souveraineté marocaine comme une variable d’ajustement. Elle ne l’est pas. Le Sahara était marocain avant que le droit international moderne n’existe, il l’est et il le restera. Aucune formule juridique, aussi élégante soit-elle, ne compensera la perte d’une terre historique. Le droit international est devenu un lieu commun invoqué par ceux qui veulent obtenir à la table ce qu’ils n’ont jamais obtenu sur le terrain.

Le clou de Joha

Le conte est connu de tous les Marocains. Joha vend sa maison mais garde un clou planté dans le mur. Il revient chaque jour visiter son clou, de jour comme de nuit, jusqu’à ce que l’acheteur, épuisé, lui rende la maison.

L’autonomie version de Mistura contient plusieurs clous. Le Polisario associé comme « partenaire » à l’administration du territoire : un mouvement armé, financé et hébergé par un État voisin, installé au cœur des institutions. Une garantie du Conseil de sécurité « pour le présent et l’avenir » : une tutelle internationale perpétuelle sur une partie du territoire national. Une ratification par un exercice de l’autodétermination dont personne ne définit les contours : un référendum réintroduit par la petite porte, trente ans après l’échec du plan de règlement.

Chacun de ces clous est une porte laissée ouverte à Alger. Une entité autonome dotée d’institutions propres, d’une police locale et d’un parrain onusien deviendrait un levier permanent de déstabilisation. Le conflit ne serait pas réglé. Il serait importé à l’intérieur de nos frontières.

Le peuple sahraoui n’habite pas seulement Tindouf

L’Envoyé parle du « peuple du Sahara occidental », mais il ne regarde que vers les camps. Les visites qu’il propose vont dans un seul sens. Les réfugiés doivent être informés, consultés, rassurés. Les Sahraouis qui vivent à Laâyoune, à Dakhla, à Smara depuis un demi-siècle, qui votent massivement, qui siègent dans les conseils élus, qui construisent ces villes, n’existent pas dans son discours.

C’est un affront aux Sahraouis marocains, et c’est un affront au peuple marocain tout entier. La gouvernance du Sahara relève de la nation. Elle ne sera pas soumise au veto d’une population que personne n’a jamais comptée.

Car voilà le fait que l’on préfère taire : les camps de Tindouf n’ont jamais été recensés. Le Haut-Commissariat pour les réfugiés le demande depuis des années. Le Conseil de sécurité l’a rappelé. Le pays hôte refuse. On voudrait confier le dernier mot à une population dont on ignore le nombre, l’origine et la composition. Le Maroc pose donc une exigence non négociable : aucun Sahraoui de Tindouf ne sera reconnu comme tel sans recensement et validation conjointe par l’ONU et le Maroc. Les vrais Sahraouis seront accueillis. Les autres n’ont pas vocation à décider du sort d’une terre qui n’est pas la leur.

Pas d’enclave, une nation

La réponse la plus solide ne se trouve pas à New York. Elle se trouve dans la régionalisation avancée. Le 9 octobre, au lendemain même de l’intervention de l’Envoyé personnel, le Souverain a ouvert la nouvelle législature issue du scrutin du 23 septembre. Il y a lié le développement, la qualité des services publics et l’investissement à la régionalisation avancée et à la déconcentration. Il a surtout dénoncé, sans détour, les retards qui « freinent toujours l’opérationnalisation de la décentralisation et de la déconcentration ». Le message s’adressait au gouvernement. Il éclaire aussi, à qui sait lire, l’enjeu du Sahara.

Car si chaque région du Royaume, de Tanger à Oujda, de Fès à Guelmim, dispose de compétences et de ressources réelles, l’autonomie du Sahara n’est plus une exception que l’étranger peut surveiller. Elle devient la forme la plus avancée d’un modèle national. La fébrilité gouvernementale n’est donc pas qu’un problème de gestion : elle laisse aux adversaires du Maroc le loisir de présenter le Sahara comme un cas à part.

Le Sahraoui marocain n’a pas besoin d’être enfermé dans un territoire pour être lui-même. Il est chez lui à Laâyoune comme à Casablanca, à Oujda comme à Fès. Sa culture hassanie est inscrite dans la Constitution. Ce que le Maroc refuse, c’est la fabrication d’une entité close, figée sur un seul territoire, où l’appartenance se mesurerait à l’allégeance à un mouvement et où chaque élection deviendrait un plébiscite sur la souveraineté. Une telle entité ne servirait pas les Sahraouis. Elle servirait Alger.

Le Maroc de 2026 n’est pas celui de 1980

Il fut un temps où le Maroc affrontait seul Alger, ses relais africains et ses soutiens latino-américains. Ce temps est révolu. Washington a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara. Madrid, Paris et Londres soutiennent le plan d’autonomie. Des dizaines de consulats sont ouverts à Laâyoune et à Dakhla. Une majorité de pays africains a tourné le dos à la pseudo- « rasd ».

Ces alliances ne sont pas des décorations diplomatiques. Elles doivent peser maintenant, avant le vote de la prochaine résolution. Le Maroc attend de ses partenaires qu’ils inscrivent noir sur blanc trois principes : l’autonomie dans le cadre exclusif de la souveraineté marocaine comme seule base de négociation ; le recensement préalable des camps comme condition de toute consultation ; le refus de toute tutelle internationale permanente sur le territoire national.

Expliquer, défendre, ne plus céder

Le Maroc a trop longtemps laissé ses adversaires raconter ce conflit. Il doit désormais présenter son plan partout, l’expliquer article par article, le défendre sans complexe et sans nouvelle concession. Ce plan est l’offre la plus généreuse qu’un État puisse faire sans cesser d’être un État. 

L’Envoyé personnel affirme que la neutralité ne doit pas être passivité. Le Maroc lui répond que la bonne volonté ne doit pas être naïveté. Nous disons oui à l’autonomie. Nous disons non à tout ce qui, sous son nom, préparerait la désintégration du pays. 

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