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La corruption au Maroc : un fléau qui ronge l’économie et menace l’avenir du pays

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Par : Mohamed KHOUKHCHANI

Introduction.

La corruption n’est plus au Maroc un simple phénomène passager ou des comportements individuels que l’on pourrait corriger aisément. Elle s’est muée en une plaie systémique généralisée qui ronge l’État et ses institutions, entrave le développement et prive de larges franges de la société des fruits de la croissance. Alors que le Maroc connaît un essor fulgurant sur le plan des investissements et un développement urbain remarquable, la question la plus brûlante demeure : les classes populaires et moyennes profitent-elles réellement de cette dynamique, ou ses retombées finissent-elles dans les poches des corrompus et des détenteurs d’influence ?

Indicateurs de la corruption : des chiffres qui révèlent une réalité alarmante.

Les données internationales brossent un tableau qui ne laisse guère place à l’interprétation. Selon l’Indice de perception de la corruption publié par Transparency International pour l’année 2025, le Maroc a obtenu 39 points sur 100, se classant ainsi à la 91e place sur 182 pays. Bien qu’il s’agisse d’une légère amélioration par rapport à 2024 (37 points), ce progrès reste, selon l’organisation, « superficiel et largement symbolique ».

Ce qui est plus préoccupant, c’est que le Maroc stagne dans les mêmes eaux depuis 2012, oscillant entre les 73e et 99e rangs, avec des scores compris entre 37 et 43 sur 100. Après une lueur d’espoir en 2018 où il occupait le 73e rang avec 43 points, le Maroc a reculé de 4 points et de 18 places en l’espace de sept ans seulement.

À cela s’ajoute le recul de la liberté d’expression, le Maroc occupant la 120e place mondiale en 2025 selon Reporters sans frontières. Cet indicateur est organiquement lié à la corruption, car la restriction de l’espace civique limite la capacité de la société civile et de la presse à dénoncer la corruption et à poursuivre les corrompus.

Le coût de la corruption : 50 milliards de dirhams par an.

La corruption n’est pas qu’une question d’éthique, c’est une hémorragie économique organisée. Selon les estimations de l’Autorité nationale de l’intégrité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, les pertes annuelles dues à la corruption atteignent près de 50 milliards de dirhams, un montant équivalent aux budgets de secteurs sociaux entiers.

Des études ont également montré qu’une hausse du niveau de corruption prive l’économie de deux à trois points de croissance et détourne de nombreux investisseurs du Maroc. Plus douloureux encore, 68 % des entreprises marocaines estiment que la corruption est devenue un phénomène répandu et institutionnalisé, en l’absence d’une réelle dissuasion.

Des reculs législatifs qui aggravent la crise.

Au lieu de renforcer les mécanismes de lutte contre la corruption, le Maroc a connu des reculs législatifs majeurs, notamment l’adoption de la loi 03.23 relative à la procédure pénale, qui interdit à la société civile de déposer des plaintes concernant la corruption dans la gestion des deniers publics. Cette loi constitue une violation flagrante de la Constitution marocaine et des conventions internationales de lutte contre la corruption ratifiées par le Maroc.

Par ailleurs, l’adoption du dispositif juridique de lutte contre la corruption prévu par la Constitution de 2011 a été gelée, notamment la loi sur l’encadrement des conflits d’intérêts, la loi sur le droit d’accès à l’information, la loi sur la déclaration de patrimoine, et la loi sur la protection des lanceurs d’alerte. Le projet de loi criminalisant l’enrichissement illicite a été retiré sans être remplacé.

Expériences internationales réussies : des leçons à tirer.

En revanche, plusieurs pays ont réalisé des progrès significatifs dans la lutte contre la corruption. Le Danemark (89 points), la Finlande (88 points) et Singapour (84 points) dominent l’indice de transparence, grâce à des institutions de contrôle solides, une indépendance judiciaire, une liberté de la presse et une protection des lanceurs d’alerte.

À l’échelle régionale, les Émirats arabes unis (69 points), le Qatar (58 points) et l’Arabie saoudite (57 points) sont en tête. Le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montre que le Maroc répond à 73 % des critères de la robustesse du cadre stratégique de lutte contre la corruption, mais seulement à 53 % au niveau de la mise en œuvre, alors que les moyennes de l’OCDE sont respectivement de 38 % et 32 %. Cela signifie que l’écart entre les textes juridiques et leur exécution est le véritable problème. Le Maroc atteint 0 % des critères relatifs à la régulation du lobbying dans la pratique, contre 38 % pour la moyenne de l’OCDE.

Conclusion : vers un Maroc sans corruption.

L’élimination de la corruption au Maroc exige une volonté politique réelle, et non des discours de circonstance. Le point de départ doit être l’assainissement du pouvoir législatif par l’élection de nouvelles figures intègres, puis celui du pouvoir judiciaire en renforçant son indépendance et en sanctionnant les juges corrompus, puis celui des médias en les libérant de leur complaisance envers les corrompus, et enfin, changer la culture du citoyen qui a fini par croire que seul le recours au « system » (la médiation/intermédiation) est le chemin pour faire aboutir ses démarches administratives.

Le Maroc est aujourd’hui à un tournant : soit persévérer dans l’enlisement dans le bourbier de la corruption, avec ce que cela implique de gaspillage des ressources, de creusement des inégalités sociales et de menace pour la stabilité ; soit un véritable nouveau départ vers un Maroc de l’intégrité et de la transparence, où tous les citoyens bénéficient des fruits du développement. Le choix, en fin de compte, appartient aux Marocains eux-mêmes.

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