
Par : Mohamed KHOUKHCHANI *

Au cœur des événements dramatiques qu’a connus la ville occupée de Sebta à la fin du mois de juillet 2026, alors qu’environ 50 000 personnes selon le ministère espagnol de l’Intérieur, tentaient de traverser l’enclave espagnole en quête d’une vie digne, une contradiction flagrante dans le discours politique espagnol a émergé, qu’il n’est plus possible d’ignorer. Alors que le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, brandit les slogans de la défense des droits des Palestiniens à Gaza et adopte des positions critiques envers Israël, Madrid continue de s’accrocher aux dernières poches coloniales européennes sur le sol africain, dans un spectacle qui reflète un deux-poids-deux-mesures inacceptable.
I. Les déclarations de Rubin : une reconnaissance américaine de la vérité historique.
L’ancien conseiller du ministère américain de la Défense (le Pentagone), Mike Rubin, a suscité une vive controverse en appelant l’administration du président Donald Trump à reconnaître officiellement Sebta et Melilia comme des « territoires marocains occupés ». Rubin, chercheur à l’American Enterprise Institute, un think tank conservateur, est allé plus loin en invitant le Maroc à organiser une « nouvelle Marche Verte » vers les deux villes, sur le modèle de celle de 1975 qui a permis la récupération du Sahara marocain.
Rubin ne s’est pas arrêté là, il a également adressé de vives critiques au gouvernement espagnol, estimant que le maintien de l’Espagne à Sebta et Melilia « constitue l’une des causes des tensions récurrentes avec le Maroc », et affirmant que « le retour des deux villes à la souveraineté marocaine aurait épargné à Madrid de nombreuses crises politiques et diplomatiques ». Dans une déclaration frappante, Rubin a déclaré : « Si l’Espagne avait rendu Sebta et Melilla à leur souveraineté légitime, le Maroc, Madrid ne se retrouverait pas dans cette impasse. »
Rubin a décrit les deux villes comme des « vestiges coloniaux en Afrique du Nord », estimant que l’Espagne est une « puissance coloniale gérant des colonies de l’autre côté du détroit de Gibraltar ». Il a appelé à ce que des citoyens marocains, « sans armes », avancent vers les deux villes pour y hisser le drapeau marocain. Bien que ces déclarations reflètent une opinion personnelle de Rubin et ne représentent pas une position officielle de Washington, elles remettent sur le devant de la scène une vérité historique qu’aucune reconnaissance internationale ne peut altérer : Sebta et Melilla sont une terre marocaine.
II. La légitimité historique et juridique de la position marocaine.
Les villes de Sebta et Melilla, ainsi que les îles Chafarinas et les autres rochers occupés, sont des territoires marocains à tous les égards : historiques, géographiques et juridiques. Le Royaume du Maroc affirme officiellement que « Sebta et Melilla sont deux villes marocaines occupées, et que le respect des vérités historiques et nationales exige de ne pas les présenter autrement ».
Les îles Chafarinas (ou Islas Chafarinas), un archipel de trois petits îlots situés à environ 4 kilomètres au nord des côtes de la province de Nador, sont sous contrôle espagnol depuis 1848. La liste des territoires marocains occupés comprend également les îles d’Al-Hoceïma, l’îlot de Quemera (Badis) et l’îlot de Tura (Perejil), qui sont tous des points sensibles de la mémoire méditerranéenne du Maroc.
La position marocaine se renforce d’autant plus lorsque l’on considère les liens sociaux et religieux qui unissent les habitants des deux villes au Maroc. Comme l’a souligné l’acteur associatif Yahya Yahya, « les pratiques religieuses à Sebta et Melilla, que ce soit pendant le mois de Ramadan ou pour l’Aïd al-Fitr, constituent en elles-mêmes une expression vivante de l’appartenance au Maroc et du positionnement sous l’autorité du Commandeur des Croyants, le Roi Mohammed VI ». Cette dimension spirituelle et identitaire constitue une « réponse pratique » à toute tentative de mise en doute ou de recadrage externe de la question.
III. La contradiction espagnole flagrante.
Le spectacle auquel nous assistons aujourd’hui est une contradiction criante entre les paroles et les actes. Alors que l’Espagne figurait parmi les pays européens les plus critiques de l’offensive militaire israélienne sur Gaza, qu’elle a reconnu l’État de Palestine en mai 2024 et qu’elle a appelé à maintes reprises à un cessez-le-feu immédiat, elle continue de s’accrocher aux « dernières poches coloniales européennes sur le sol africain », comme les a décrites Rubin.
Cette contradiction n’a pas échappé aux observateurs internationaux. L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Dani Danon, a accusé l’Espagne de « ne manquer aucune occasion de faire la leçon à Israël, tout en continuant à conserver des ‘colonies coloniales’ en Afrique ». Et d’ajouter, avec ironie : « Peut-être qu’avant de continuer à nous donner des leçons, il est temps pour l’Espagne d’expliquer au monde pourquoi elle conserve encore des colonies en Afrique. »
Dans le même contexte, des commentateurs espagnols ont fait remarquer que le Maroc n’avait pas tardé à intensifier ses revendications sur Sebta et Melila dès l’arrivée de Sánchez au pouvoir, tandis que celui-ci adoptait des positions de plus en plus critiques envers Israël et se rapprochait de la cause palestinienne. Ce qui soulève une question légitime : comment l’Espagne peut-elle défendre le droit des Palestiniens à disposer d’eux-mêmes, tout en niant aux Marocains le droit à leur propre terre ?
IV. Vers l’achèvement de l’intégrité territoriale.
La récupération de Sebta, Melilla, des îles Chafarinas et des rochers occupés n’est pas seulement un droit historique, mais l’achèvement de l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc, qui a récupéré le Sahara grâce à la glorieuse Marche Verte de 1975. Le Maroc, qui n’a cessé de défendre la cause de son intégrité territoriale par des moyens pacifiques et diplomatiques, dispose aujourd’hui de multiples atouts qui rendent l’achèvement de cette unité plus proche que jamais.
Les transformations du paysage géopolitique, la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara et les relations stratégiques unissant le Maroc aux grandes puissances sont autant de facteurs qui rendent la poursuite de l’occupation espagnole de Sebta et Melilla intenable à long terme. Comme l’a dit Rubin, la persistance de cette présence « représente la prolongation d’un héritage colonial qui n’a plus sa place au XXIe siècle ».
V. Un appel à Madrid.
Nous adressons un appel au gouvernement espagnol et à son chef, Pedro Sánchez, qui se réclame du socialisme et des valeurs progressistes, pour qu’il fasse preuve du courage politique nécessaire pour mettre fin à cet héritage colonial. Comment un pays qui défend les droits des peuples en Palestine peut-il persister à occuper des terres marocaines ? Comment Sánchez peut-il dénoncer la violation de « l’intégrité territoriale » de l’Espagne tout en ignorant le droit du Maroc à la sienne ?
Les Marocains, comme l’a montré la vague de traversée récente, ne cesseront de revendiquer leurs droits et resteront attachés à chaque centimètre carré de leur patrie. Sebta et Melilla ne sont pas de simples villes sur une carte, elles font partie intégrante de l’identité, de l’histoire et de l’avenir du Maroc.
Conclusion.
Au milieu des contradictions espagnoles, la position marocaine reste claire et ferme : Sebta, Melilla, les îles Chafarinas et les rochers occupés sont des terres marocaines, et leur retour à la souveraineté marocaine est une fatalité historique, comme le confirment les analystes observateurs. Le Maroc, qui a su récupérer le Sahara par la sagesse et le savoir-faire diplomatique, est aujourd’hui en mesure d’achever son intégrité territoriale, fort de ses droits historiques et juridiques et du soutien croissant de la communauté internationale aux causes de la décolonisation.
Le sacrifice de 67 Marocains dans les eaux peu profondes de Sebta n’est pas seulement une tragédie humaine, c’est aussi un témoignage de l’échec des politiques qui poussent les jeunes à risquer leur vie. Mais c’est aussi un rappel que la question de Sebta et Melilla n’est pas une question d’immigration ou de sécurité, mais une question de souveraineté et de dignité, celle d’une nation qui refuse que des parties de son territoire restent sous le joug de l’occupation.
L’intégrité territoriale du Maroc est une ligne rouge, et son achèvement n’est pas une option, mais une fatalité inéluctable.
* Poète, écrivain et chercheur en affaires politiques et juridiques.



