
Par: Aziz DAOUDA

À l’approche des élections, les débats se concentrent souvent sur la croissance économique, l’emploi, l’investissement, la protection sociale ou encore les grands projets d’infrastructures. Tous ces sujets sont essentiels. Pourtant, derrière chacun d’eux se cache une question plus fondamentale, plus profonde et peut‑être plus urgente : celle de la confiance.
Les populistes, grands maîtres dans la fourberie, le comprennent fort bien. Leur popularité et leur succès sont inversement proportionnels au niveau de confiance. Ils surjouent et excellent dans le rôle de victimes ou dans celui de proposer des solutions simples et faciles, de façon à semer le doute chez le citoyen et à éroder son capital‑confiance. Les nihilistes en profitent également et y ajoutent une couche. Le citoyen qui doute et perd confiance devient un bon client.
Certains hommes politiques, par irresponsabilité, naïveté, incompétence ou maladresse, contribuent aussi, par leurs narratifs, à éroder le capital‑confiance dans le projet de société et, au‑delà, dans les institutions elles‑mêmes.
Il est donc aujourd’hui légitime de se poser la question le plus sérieusement du monde. Il en va de l’avenir proche et lointain du pays et des générations futures.
Or voilà que Mohamed Ouahbi et consorts nous proposent une nouvelle donne, une nouvelle valeur : la confiance en soi, la confiance en ce que nous sommes simplement. Comment expliquer d’être si dominés durant une mi‑temps et trouver ensuite les ressources nécessaires pour surmonter le handicap, se métamorphoser et marquer à trois reprises ?
Et si le véritable chantier du Maroc des prochaines années était tout simplement celui de la confiance ?
La confiance est un capital invisible mais ô combien essentiel. Elle ne figure dans aucun budget, ne se mesure ni en kilomètres ni en milliards investis. Pourtant, elle constitue le pilier de toute réussite collective. Hakimi, Díaz, Talbi, Mazraoui, Bounou, Ounahi, Rahimi et les autres nous l’ont démontré. Sans elle, les meilleures politiques publiques produisent des résultats limités. Avec elle, même les défis les plus complexes deviennent surmontables.
Aujourd’hui, force est de constater que le Marocain accorde avant tout sa confiance à l’institution royale, qui reste, pour une très large majorité de citoyens, le principal repère de stabilité, de continuité et d’espoir. Cette réalité constitue une force considérable pour le pays.
Mais qu’en est‑il de la confiance dans les autres institutions ?
Le citoyen a‑t‑il pleinement confiance dans son système de santé ? Lorsque des familles doivent encore recourir au secteur privé malgré leurs difficultés financières, la question mérite d’être posée.
A‑t‑il confiance dans son système éducatif ? Quand de nombreux parents cherchent par tous les moyens à inscrire leurs enfants dans des établissements privés, parfois au prix de lourds sacrifices. Cela traduit souvent un doute sur la capacité de l’école publique à assurer l’ascenseur social tant espéré.
A‑t‑il confiance dans la justice, dans les administrations, dans les partis politiques, dans les collectivités territoriales, dans certains produits locaux ? Là encore, les réponses sont nuancées et varient selon les expériences individuelles.
Il serait injuste et erroné de généraliser. Le Maroc a accompli des progrès remarquables, voire exceptionnels, dans de nombreux domaines. Les infrastructures se sont modernisées, les services publics se digitalisent, la couverture sociale s’élargit, les universités se multiplient, les hôpitaux se développent et de nombreux fonctionnaires accomplissent leur mission avec compétence et dévouement.
Malgré ces avancées, un sentiment diffus de méfiance demeure présent dans une partie de la société. Même les citoyens les plus optimistes peuvent parfois douter de leur avenir ou de celui de leurs enfants, alors qu’aucune nation ne peut bâtir durablement son développement sur la défiance.
L’histoire économique mondiale le démontre : les pays qui réussissent sont souvent ceux où les citoyens ont confiance dans leurs institutions, dans leurs règles et dans leurs perspectives d’avenir.
Les pays nordiques constituent un exemple souvent cité. Les niveaux élevés de confiance envers l’État, l’école, la justice ou les services publics y favorisent le respect des règles, l’engagement citoyen et l’acceptation des réformes.
En Asie, des pays comme la Corée du Sud ont bâti leur transformation économique non seulement sur l’investissement et l’éducation, mais aussi sur une forte adhésion collective à un projet national partagé.
À l’inverse, lorsque la confiance s’érode, les conséquences sont multiples : désengagement citoyen, abstention électorale, fuite des talents, économie informelle, corruption et repli sur des stratégies individuelles de survie au détriment du projet collectif.
La confiance crée et développe le sentiment d’appartenance. Elle donne envie de participer, de construire, d’investir, de partager et de rester.
Un jeune qui croit en son pays cherchera davantage à y développer son projet. Un entrepreneur qui fait confiance aux institutions investira davantage. Un citoyen qui croit en l’équité du système acceptera plus facilement ses devoirs fiscaux et civiques.
Le défi est donc immense. Il ne s’agit pas seulement de communiquer davantage ou de multiplier les slogans et le mensonge chez certains. La confiance se construit par des résultats tangibles.
Elle se construit lorsque l’école publique offre les mêmes chances à tous.
Elle se construit lorsque l’hôpital public soigne avec efficacité et dignité.
Elle se construit lorsque la compétence est récompensée et reconnue.
Elle se construit lorsque les services publics répondent rapidement aux attentes des citoyens.
Elle se construit lorsque les responsables rendent des comptes et que les engagements pris sont respectés.
À la veille des élections, les formations politiques gagneraient à placer cette question au cœur de leurs programmes. Au‑delà des promesses sectorielles, les Marocains attendent un contrat de confiance.
Le véritable enjeu n’est pas seulement de savoir quel projet sera proposé aux citoyens. Il est de savoir si les citoyens croiront suffisamment en ce projet pour s’y engager.
Le Maroc dispose d’atouts considérables : sa monarchie, sa stabilité, sa jeunesse, sa position géographique, ses infrastructures, sa vision stratégique et ses ambitions internationales. Mais pour transformer ces atouts en puissance durable, il devra renforcer ce lien invisible qui unit les citoyens à leur pays.
Le chantier de la confiance est certainement le plus difficile de tous. Mais il est aussi le plus déterminant. Car lorsqu’un peuple gagne ou retrouve confiance en lui‑même, dans ses institutions et dans son avenir, il devient capable de réaliser ce qui paraissait impossible.
C’est à ce prix que le Royaume retrouvera sa grandeur longtemps endormie. Merci à notre équipe nationale de nous avoir rappelé que la confiance est le capital le plus précieux.



