
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Ce texte d’Allal Kheireddine, paru dans Le Collimateur sous le titre « L’effacement chromatique du monde« , dresse un réquisitoire subtil contre ce qu’on pourrait appeler une esthétique du renoncement — cette volonté culturelle qui valorise l’effacement au nom de la retenue, et finit par confondre discrétion et disparition.
Quelques clés de lecture :
- La sobriété comme vertu morale : l’auteur dénonce une civilisation qui a érigé la pâleur, le gris, le minimalisme en signes de supériorité éthique. Il y voit une méprise : on a pris l’absence pour la pureté.
- L’élégance comme effacement : une critique de ce qui n’ose pas s’affirmer, de la séduction qui se fait transparente. L’élégance, chez lui, ne devrait pas être une stratégie d’invisibilité.
- Le visible nous façonne : thèse forte — nous devenons ce que nous regardons. Un environnement décoloré produit une intériorité appauvrie. La couleur n’est pas un ornement, c’est une pédagogie du désir et de la présence.
- La couleur comme geste éthique : de Matisse à Klein, la couleur est une affirmation têtue qu’il importe d’exister — et d’accueillir l’existence des autres. Voir en couleur, c’est refuser l’anesthésie du regard.
À sa question finale (« comment allez-vous voir désormais votre environnement, en couleurs ou en gris ? »), je répondrais : en couleurs, non pas par naïveté esthétique, mais par lucidité éthique. Le gris peut être élégant, mais il devient oppressant quand il se fait système. Choisir la couleur, c’est choisir de ne pas s’effacer par peur d’être trop visible. C’est admettre qu’un mur nu n’est pas plus vertueux qu’une œuvre éclatante, et qu’une vie vécue en demi-teinte n’est pas forcément plus sage — parfois, elle est simplement moins vivante.
Et vous, chères lectrices et chers lecteurs de « Le Collimateur », ce texte vous parle-t-il d’une époque donnée ou d’une expérience personnelle ?


