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Maroc : plein d’atouts, mais le chômage gâche la fête

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Réserves de change au zénith, croissance à plus de 5%, déficit budgétaire sous contrôle… Sur le papier, l’économie marocaine flambe. Mais sur le terrain, le chômage reste un couteau sous la gorge. Et dans ce décor, un projet titanesque s’apprête à changer la donne : le gazoduc Nigeria‑Maroc.

Des réserves de cash historiques.

Fin avril 2026, le Maroc dispose de 469,8 milliards de dirhams de réserves de change. Traduction : de quoi payer presque 6 mois d’importations. Une première historique, rendue possible par des rentrées record :

  • Tourisme : +24 % (21 MMDH)
  • Transferts des MRE : +11,8 % (29,7 MMDH)
  • Automobile et aéronautique : exportations en hausse de +12 % chacune.

Le matelas est là. La monnaie tient bon.

Une croissance qui dépasse les prévisions.

L’économie ne se contente pas de suivre le rythme : elle accélère. Après une année 2025 à 4,5 %, le Maroc vise plus de 5,3 % de croissance en 2026.

Deux moteurs :

  • Une agriculture en plein boom (+10,4 %) grâce à des pluies généreuses.
  • Une demande intérieure qui ne faiblit pas.

Le FMI a revu ses prévisions à la hausse (4,9 %), et le gouvernement assume son optimisme : 5 % dans la loi de finances.

 Finances publiques : la rigueur paie.

L’État serre la vis et récolte les fruits. Les recettes fiscales grimpent de 8,5 % (133,7 MMDH). Le déficit budgétaire fond : 3,5 % du PIB en 2025, 3 % visé fin 2026. Objectif tenable, à condition de ne pas lâcher la bride sur les dépenses courantes.

Mais ça coince sur le front de l’emploi.

Le tableau se gâte quand on parle de travail. 1,253 million de chômeurs, soit un taux de 10,8 %. En ville, c’est pire : 13,5 %. Chez les femmes : 16,1 %. Chez les jeunes diplômés : 32,2 %.

L’investissement public record de 380 MMDH en 2026 (contre 230 MMDH en 2021) est censé créer des emplois. Avec 63 MMDH pour les autoroutes, ports et barrages, et 10 MMDH pour le tunnel de l’Ourika, l’ambition est là. Reste à transformer les chantiers en CDI.

Le projet gazoduc Nigeria‑Maroc : l’arme énergétique et géopolitique.

C’est le projet qui fait saliver tous les stratèges. 25 milliards de dollars, 6 900 km de tuyaux (offshore et onshore), 13 pays traversés, 30 milliards de m³ de gaz par an – dont la moitié pour le Maroc et l’export vers l’Europe.

Calendrier : la signature de l’accord intergouvernemental est attendue au quatrième trimestre 2026, lors d’une rencontre entre le Roi Mohammed VI et le président nigérian Bola Tinubu. Les études préliminaires sont bouclées. Le gaz pourrait circuler sur les premiers segments dès 2031.

Comment ça marche ?

Une double structure :

  • Une Haute Autorité politique au Nigeria (les 13 ministres des pays traversés).
  • Une Société de Projet au Maroc (joint‑venture ONHYM / NNPC), chargée de lever les fonds et de construire.

Financement : pas encore bouclé, mais « fort intérêt » des investisseurs internationaux.

Au-delà du gaz, ce projet est un levier d’intégration ouest‑africaine : il doit électrifier des millions de foyers, nourrir des zones industrielles et réduire la dépendance énergétique de tout le corridor atlantique.

Inflation : calmée pour l’instant.

Dernière bonne nouvelle : les prix tiennent. Inflation à +0,9 % en mars, légère déflation en février. Bank Al‑Maghrib prévoit 2,4 % en moyenne sur 2026. De quoi préserver un peu de pouvoir d’achat.

La ligne de fond.

Le Maroc joue dans la cour des grands : réserves massives, croissance tirée par l’agriculture et l’industrie, méga‑projets énergétiques. Mais si l’économie tourne, les Marocains, eux, peinent à trouver leur place. Le vrai test des années à venir, ce n’est pas le gazoduc. C’est de transformer les milliards en emplois décents.

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