
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Leader africain incontesté, sixième nation la plus performante au monde en matière de politique climatique devant des géants comme l’Allemagne ou la France, et récemment salué par la Banque africaine de développement pour son exemplarité… Décryptage d’une réussite qui force le respect, mais qui doit encore transformer l’essai.
Un leadership mondialement reconnu.
Le Maroc ne se contente plus d’être un simple élève modèle. Il s’est imposé comme un acteur incontournable. La preuve : le Royaume est désormais classé 6ᵉ mondial au Climate Change Performance Index (CCPI) pour l’année 2026, gagnant deux places par rapport à l’édition précédente et consolidant sa position de tête à l’échelle africaine et arabe. Un résultat d’autant plus remarquable que ce classement, réalisé par le NewClimate Institute et Germanwatch, couvre 63 pays et l’Union européenne, représentant plus de 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Les experts sont unanimes : le Maroc est noté « élevé » ou « très élevé » pour ses efforts en matière de réduction des émissions, d’utilisation de l’énergie et de politique climatique. Une ascension fulgurante qui n’est pas le fruit du hasard.
Une stratégie climatique nationale sous haute tension.
Derrière ce palmarès flatteur se cache une stratégie nationale méticuleusement pensée. Le Maroc vient de soumettre sa troisième Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0), qui fixe un cap clair : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 21,6 % de manière inconditionnelle d’ici 2035, et de 53 % si l’appui international est au rendez-vous. Ce plan, articulé autour de 90 projets d’atténuation et 107 projets d’adaptation, sert de feuille de route pour la décennie à venir.
Pour y parvenir, le Royaume s’est engagé dans une sortie progressive du charbon d’ici 2040, un objectif salué par les experts du CCPI. Reste que les subventions au gaz domestique, encore en place, ralentissent la transition énergétique dans les usages courants.
Des projets concrets pour accélérer la cadence.
Le Maroc ne se repose pas sur ses lauriers. Les chantiers s’enchaînent. On peut citer le lancement récent du programme solaire Noor Atlas, qui prévoit la construction de six centrales photovoltaïques totalisant 305 MW, évitant ainsi plus de 239 700 tonnes de gaz à effet de serre chaque année. De nouvelles étapes sont d’ores et déjà prévues avec l’annonce de 12 centrales supplémentaires.
Parallèlement, la capacité installée en énergies renouvelables a plus que doublé en dix ans, passant de 2 417 MW en 2016 à 4 851 MW fin 2025. Le solaire a été multiplié par cinq (passant de 202 MW à 1 086 MW), tandis que l’éolien conserve une position dominante avec 2 452 MW installés. Si la production électrique est encore dominée par le charbon (60 % du total en 2024), la part des renouvelables dans la capacité totale atteint désormais 39,6 %, contre 28,9 % en 2016.
L’objectif désormais affiché ? Atteindre 52 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique dès 2026, une échéance nettement avancée par rapport au calendrier initial qui tablait sur 2030.
L’hydrogène vert, le nouvel eldorado ?
Au-delà du solaire et de l’éolien, le Maroc mise sur l’hydrogène vert pour se tailler une place de choix dans les chaînes de valeur mondiales. La preuve la plus récente : le lancement officiel, le 12 mai 2026 à Casablanca, d’un centre d’excellence conjoint en hydrogène propre à l’École Hassania des Travaux Publics (EHTP).
Ce centre, fruit d’un partenariat avec l’entreprise chinoise Jiangsu Guofu Hydrogen Energy Equipment, est « doté d’un système de production d’hydrogène par électrolyse alimenté par l’énergie solaire, couplé à une unité de cogénération et à un système de stockage ». Il a vocation à former des compétences hautement qualifiées, à développer des projets de recherche appliquée et à servir de plateforme de coopération scientifique internationale. Une manière de concrétiser « l’Offre Maroc » pour le développement de ce secteur encore juvénile.
L’Afrique comme terrain de jeu diplomatique.
Mais la vraie force du Maroc réside peut-être dans sa capacité à exporter son modèle. L’organisation de la COP22 à Marrakech en 2016 a marqué un tournant : c’est là qu’a été lancée l’initiative la plus emblématique du Royaume, la Commission Climat du Bassin du Congo (CCBC). En mai 2026, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, représentait le Roi Mohammed VI au quatrième sommet des leaders de cette commission à Nairobi, réaffirmant l’engagement du Maroc à en faire « un modèle de gouvernance en Afrique ».
Le Fonds Bleu du bassin du Congo, véritable mécanisme financier innovant, soutient désormais plus de 60 projets prioritaires, grâce notamment à l’expertise marocaine en financements climatiques et en gouvernance environnementale. Le Maroc a contribué à l’identification de 200 projets potentiels, au versement d’un capital de démarrage et au partage de connaissances avancées. Une table ronde des bailleurs de fonds est prévue le 26 mai 2026 à Brazzaville pour mobiliser les ressources nécessaires.
La Banque africaine de développement valide la méthode.
La reconnaissance ne vient pas que des ONG. En mai 2026, la Banque africaine de développement (BAD) a classé « très satisfaisant » le programme d’appui à la gouvernance économique et à la résilience au changement climatique (PGRCC‑II), dont les 186 millions d’euros ont été intégralement décaissés. Les experts de la BAD saluent une dynamique de réformes « dont l’ampleur et la rapidité restent rares dans la région », qu’il s’agisse de la modernisation des entreprises publiques, de l’attractivité des investissements étrangers (56 milliards de dirhams en 2025) ou de l’accélération de la transition verte.
Les défis qui persistent.
Pour autant, le chemin est encore long. Les experts du CCPI pointent du doigt un rythme de transition trop lent, des retards dans le déploiement des projets solaires et éoliens, ainsi qu’une stratégie d’appel d’offres jugée insuffisamment claire. Surtout, la note attribuée aux énergies renouvelables reste « faible », un paradoxe pour un pays qui se veut leader en la matière. Autre écueil : la production électrique à partir du charbon demeure écrasante, et les subventions au gaz domestique continuent de freiner les bonnes volontés.
Le Maroc a tous les atouts en main pour réussir son pari : une volonté politique affirmée, des infrastructures de qualité, une expertise reconnue et un réseau diplomatique dense. Mais comme le rappellent discrètement les rapports internationaux, les annonces doivent désormais se traduire par des actes concrets et mesurables sur le terrain. Le Royaume en est pleinement conscient. Et si l’Afrique n’est pas seulement une victime du changement climatique, mais bien une terre de solutions, le Maroc entend bien en être le porte-voix.





