
Par: Mohamed KHOUKHCHANI

Entre fragmentation politique et tensions géopolitiques, la naissance du Sovintern ravive l’idée d’une internationale de gauche. Mais entre l’ambition affichée et les réalités du terrain, sa capacité à fédérer demeure incertaine.
C’est depuis Moscou, où s’est tenu, du 25 au 29 avril 2026, le congrès fondateur du Sovintern, qu’a émergé une nouvelle tentative de recomposition de la gauche mondiale. Cent partis politiques issus de soixante-dix pays y ont participé. L’objectif est limpide : recréer un espace de coordination capable de porter un projet alternatif face aux déséquilibres de l’ordre international. Pourtant, derrière cette ambition, une question persiste : s’agit-il d’une véritable bifurcation… ou d’un éternel recommencement ?
Partis et pays représentés.
◇ Europe.
● A Just Russia – Russie
● Workers Party of Britain – Royaume-Uni
● Movement of Socialists Serbia – Serbie
● New Communist Party of Yugoslavia – Serbie
● The Left North Macedonia – Macédoine du Nord
● Party of Socialists of Moldova – Moldavie
◇ Afrique et monde arabe.
● Parti du progrès et du socialisme – Maroc
● Tunisia Forward – Tunisie
● Union of Democratic Socialists Congo – RD Congo
● Communist Party Marxist Kenya – Kenya.
◇ Amérique latine.
● Sandinista National Liberation Front – Nicaragua
● Authentic Socialist Party Argentina – Argentine
● Communist Party of Argentina – Argentine
◇ Asie et Amérique du Nord
● American Communist Party – États-Unis d’Amérique
● Vatan Party – Turquie.
Remarque:
La liste complète dépasse largement ces formations : le forum a accueilli plus de 100 organisations, mais seules certaines sont identifiées comme membres structurants ou co-initiateurs.
L’intervention de Saïd Bekkali, représentant du Parti du progrès et du socialisme (Maroc), a apporté un éclairage décisif. Il a souligné que le défi majeur n’est plus seulement organisationnel, mais d’abord intellectuel et stratégique :
● repenser la gauche à l’ère des mutations globales,
● renforcer les convergences internationales
● et privilégier les solutions politiques aux conflits.
Le PPS face à la recomposition.
Pour le parti du livre, cette participation ne relève pas du simple symbole. Elle s’inscrit dans une interrogation plus large sur le rôle et l’avenir des forces progressistes. Affaiblie dans les urnes et confrontée à de nouveaux rapports de force, la gauche marocaine cherche à redéfinir son positionnement. Le Sovintern apparaît alors comme une opportunité… mais aussi comme un banc d’essai.
Entre ambition et contraintes.
Le principal défi du Sovintern tient au contexte de sa naissance. Dans un monde marqué par une forte polarisation, toute initiative internationale est aussitôt lue à travers le prisme géopolitique. Peut-elle réellement incarner une alternative indépendante ? Ou risque-t-elle d’être perçue comme la vitrine d’un camp ? À cela s’ajoute la fragmentation interne de la gauche, désormais éclatée entre plusieurs sensibilités parfois difficilement conciliables.
Les conditions de la crédibilité.
Pour s’imposer durablement, le Sovintern devra :
– élaborer un projet cohérent et mobilisateur ;
– préserver une indépendance stratégique ;
– démontrer une capacité d’influence concrète.
Conclusion.
Le Sovintern est à la fois une promesse et une épreuve. Pour la gauche mondiale, il pose une question essentielle : celle de sa capacité à redevenir une force de transformation. Pour le PPS, l’enjeu est tout aussi crucial : faire de cette ouverture internationale un levier de renouveau interne. Car au fond, il ne suffit plus d’unir la gauche à l’echelle internationale. Encore faut-il lui redonner à l’échelon national, aux yeux des citoyens, une raison d’être crédible.








