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Maroc–Russie : derrière les mots, une stratégie africaine assumée

Par: Marco BARATTO

 

 

Par: Marco BARATTO

Les déclarations de l’ambassadeur russe au Maroc ne relèvent pas d’un simple exercice diplomatique. Elles s’inscrivent dans une dynamique géopolitique plus large où la Russie cherche à consolider des partenariats stables en Afrique, dans un contexte international marqué par des recompositions profondes. L’accent mis sur le « respect mutuel » et la « non-ingérence » n’est pas anodin : il constitue aujourd’hui l’un des piliers du discours russe à destination du Sud global.

L’évolution du partenariat stratégique entre Rabat et Moscou, formalisé en 2002 puis renforcé en 2016, prend une signification particulière à la lumière de l’abstention russe lors de la résolution 2797/2025 au Conseil de sécurité de l’ONU. Ce positionnement, loin d’être neutre, traduit une volonté de ne pas compromettre ses relations avec des partenaires africains clés, dont le Maroc.

En effet, la Russie se trouve aujourd’hui dans une situation où elle doit concilier plusieurs impératifs : maintenir son influence internationale, contourner les pressions occidentales et, surtout, sécuriser des alliances durables dans des régions stratégiques comme l’Afrique. Dans ce cadre, le Maroc apparaît comme un partenaire privilégié, à la fois stable politiquement, influent régionalement et ouvert à des coopérations diversifiées.

Le choix de l’abstention à l’ONU peut être interprété comme un signal de prudence diplomatique. Plutôt que de prendre une position tranchée susceptible de heurter ses partenaires africains, Moscou privilégie une approche flexible, qui lui permet de préserver ses marges de manœuvre. Cette posture reflète une stratégie plus large visant à construire un réseau d’alliances basé sur des intérêts convergents plutôt que sur des alignements idéologiques rigides.

Dans ce contexte, les propos de l’ambassadeur Baibakov prennent tout leur sens. En insistant sur la profondeur et la continuité du partenariat maroco-russe, il cherche à rassurer sur la solidité de cette relation, tout en ouvrant la voie à de nouvelles formes de coopération. Les secteurs évoqués – agriculture, énergie, infrastructures, numérique – correspondent précisément aux priorités de développement du continent africain.

La participation du Maroc aux sommets Russie-Afrique, ainsi que l’organisation du Forum arabo-russe à Marrakech, illustrent cette volonté de structurer un dialogue politique Sud-Sud. Pour la Russie, il ne s’agit pas seulement de multiplier les accords bilatéraux, mais de s’inscrire dans une logique de partenariat global avec l’Afrique, en s’appuyant sur des acteurs régionaux crédibles.

Le Maroc joue ici un rôle charnière. En tant que puissance africaine émergente et investisseur majeur sur le continent, il offre à la Russie une porte d’entrée vers des marchés et des réseaux économiques plus larges. Cette complémentarité est au cœur de la stratégie russe, qui cherche à transformer ses relations africaines en véritables partenariats de co-développement.

Par ailleurs, la coopération sécuritaire, notamment dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, constitue un autre axe central. Dans une région marquée par l’instabilité, la Russie entend se positionner comme un acteur capable d’apporter des solutions concrètes, en coordination avec des partenaires locaux. Là encore, le Maroc apparaît comme un allié de poids, disposant d’une expertise reconnue.

Mais au-delà des aspects économiques et sécuritaires, c’est aussi une bataille d’influence qui se joue. En mettant en avant des principes comme la souveraineté et le respect des spécificités nationales, la Russie cherche à se différencier des approches occidentales, souvent perçues comme intrusives. Ce discours trouve un écho favorable dans de nombreux pays africains.

Ainsi, le partenariat maroco-russe ne peut être compris isolément. Il s’inscrit dans une stratégie globale où Moscou cherche à redéfinir sa place sur la scène internationale en s’appuyant sur des alliances diversifiées et pragmatiques. L’Afrique, et en particulier des pays comme le Maroc, devient un terrain clé de cette recomposition.

En définitive, les déclarations de l’ambassadeur Baibakov révèlent une réalité plus profonde : la Russie a besoin de partenaires fiables en Afrique, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour renforcer sa légitimité internationale. Dans ce jeu complexe, le Maroc apparaît comme un allié stratégique, capable de contribuer à cette ambition.

L’abstention à la résolution 2797/2025 n’est donc pas un simple détail diplomatique. Elle s’inscrit dans une logique cohérente, où chaque geste, chaque mot, participe à la construction d’un équilibre subtil entre intérêts nationaux et ambitions globales.

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