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Adhésion au Conseil de Paix : ce que le Maroc va gagner

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

 

 

Par: Mohamed KHOUKHCHANI

L’adhésion du Maroc en tant que membre fondateur au « Conseil de Paix » constitue une séquence diplomatique à forte portée stratégique, dans un contexte international marqué par la multiplication des crises et l’essoufflement des mécanismes classiques de règlement des conflits, notamment sur le dossier palestinien.

Depuis l’annonce officielle, le débat interne s’est structuré autour de deux lectures : l’une y voit un positionnement intelligent au sein de nouveaux cercles décisionnels ; l’autre redoute une initiative susceptible d’être politiquement instrumentalisée. Une analyse dépassionnée impose toutefois de replacer cette décision dans la perspective des intérêts supérieurs de l’État.

Ce que le Maroc a gagné:

Le premier gain est celui du positionnement institutionnel.

La diplomatie contemporaine ne s’exerce pas en marge des structures internationales, mais en leur sein. En devenant membre fondateur, le Maroc acquiert la capacité d’influencer les orientations plutôt que de s’y adapter a posteriori.

Le second gain concerne le dossier palestinien. Le Royaume préside le Comité Al-Qods et supervise l’Agence Bayt Mal Al-Qods Acharif, qui mène des actions concrètes à Jérusalem. Cette légitimité historique et institutionnelle confère au Maroc une crédibilité particulière pour défendre la solution à deux États et veiller à ce que toute dynamique de paix demeure ancrée dans la légalité internationale.

Le troisième gain relève de la consolidation du partenariat stratégique avec les États-Unis. Une initiative soutenue par Washington s’inscrit nécessairement dans un jeu d’équilibres plus large. Pour un pays comme le Maroc, maintenir un capital de confiance élevé avec une puissance majeure constitue un atout diplomatique, sécuritaire et économique déterminant.

Enfin, cette adhésion renforce l’image du Maroc en tant qu’acteur modéré, engagé en faveur des solutions pacifiques et de la lutte contre l’extrémisme et les discours de haine dans un cadre multilatéral.

Ce que le Maroc aurait pu perdre en refusant.

En politique internationale, le vide est toujours comblé.

Refuser d’adhérer aurait signifié renoncer à un rôle fondateur au sein d’une nouvelle plateforme diplomatique, laissant d’autres acteurs en orienter les priorités.

Un tel refus aurait également pu être interprété comme une prise de distance à l’égard d’une initiative soutenue par une grande puissance, avec des répercussions potentielles sur le climat de confiance dans d’autres dossiers stratégiques.

La diplomatie fonctionne en réseaux interconnectés : l’engagement dans un dossier peut renforcer la position dans d’autres négociations.

Le débat interne et ses limites.

Les critiques formulées par Abdelilah Benkirane ont ravivé la question de l’unité de la politique étrangère.
Dans l’architecture institutionnelle marocaine, la diplomatie relève d’une compétence souveraine pilotée par l’institution monarchique, tout en laissant place au débat politique interne.

La discussion est légitime. Toutefois, confondre positionnement idéologique et intérêt stratégique de l’État risque d’aboutir à une lecture réductrice.

L’alternative serait-elle le retrait des initiatives internationales ?

L’isolement renforce-t-il la crédibilité d’un pays ou en limite-t-il l’influence ?

Les enjeux de l’après-signature.

Le véritable test ne réside pas dans l’acte de signature, mais dans sa traduction concrète.
Le Conseil de Paix sera jugé sur sa capacité à :
● Consolider les cessez-le-feu ;
● Accompagner les efforts de reconstruction ;
● Offrir des garanties politiques crédibles.

Le Maroc, pour sa part, sera évalué sur sa capacité à utiliser ce cadre pour promouvoir une paix juste et durable, fondée sur la légalité internationale et la préservation des droits légitimes du peuple palestinien.

La diplomatie n’est ni un exercice de surenchère morale, ni un alignement émotionnel.
Elle est l’art de gérer des équilibres complexes dans un environnement incertain.

Le Maroc a choisi la logique de l’influence de l’intérieur plutôt que celle de la contestation de l’extérieur.
Au final, ce sont les résultats, et non les postures, qui trancheront.

 

 

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